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Eructer les mots pour libérer les voies

Scènes

21/07/2021|Julia Mokdad

Quand rien ne va plus, que nos ressources sont épuisées, il faut improviser. Il faut improviser aussi, pour rester fidèles, aux autres et à soi-même. Pour commémorer la funeste explosion de Beyrouth dans une logique de spectacle participatif, l’artiste Alaa Minawi a conçu une performance « That breath we held ». Le concept consiste à envoyer aux personnes, ayant réservé une place pour la performance, un mail leur demandant de conter leur expérience du 4 août. C’est ensuite avec la confiance et les confessions du public que le directeur entouré du pianiste Vladimir Kurumilian et du designer Ahmed Amer, produiront, du 22 au 25 juillet 2021 au théâtre Monnot, une performance riche en émotions, musique et illustrations. Focus sur une initiative à redonner le souffle. 

Il y aura trois personnes sur scène, une centaine dans le public. Mais ce jour-là, au théâtre Monnot, le quatrième mur - cette limite virtuelle et invisible qui sépare les professionnels de l’audience - sera brisé. La salle, retenant son souffle, ne formera plus qu’une entité humaine où la parole se libère, dans une emprise circulaire. Émanant du public, elle migrera jusqu’à Alaa Minawi, directeur artistique du projet, subira moult transformations, sur le bout des doigts d’Ahmed et de Vladimir, avant d’être relancée à ses émetteurs, à coup d’émotions. L’entreprise de Alaa ne se veut pas thérapie psychique, plutôt remède à un trouble physiologique, survenu il y a près d’un an aujourd’hui, aux alentours de 18h08. Un blocage au niveau des voies respiratoire, selon Minawi. Gonfler ses poumons à bloc, entraver la sortie de l’air comme si Beyrouth tentait une dernière manœuvre pour nous asphyxier: réaction collégiale. « C’est comme si le temps était passé, mais que personne n’était parvenu à libérer ce souffle prisonnier de nos poitrines » affirme l’artiste visuel basé à Amsterdam. Ce n’est pas pour proférer des théories salvatrices que le trio montera demain sur la vaste estrade du théâtre Monnot, mais plutôt pour élucider ces dernières, encore méconnues. « Rassemblés le temps d’une performance, il sera temps pour tous de se demander comment recommencer à respirer. Pour le public, comme pour nous, professionnels. Car la double explosion a laissé en chacun une douleur commune et singulière à la fois ». 

 

Pour dénouer l’écheveau du traumatisme, le pianiste, le designer et le scénographe entameront sur quatre soirées une conversation mystique avec les émotions. Une discussion directe et improvisée dont les répliques, susurrées par le piano, ne seront autre que la sublimation des confessions faites par le public.

 

 

Refaire le monde, dans un langage universel

Tintement de la boite mail. La confirmation de réservation pour le spectacle, gratuit, interpelle. Presque personnifié, le message n’invite pas seulement le spectateur à prendre place dans un des multiples fauteuils rouges, mais il lui demande aussi - un peu audacieusement - de parler. De se confesser, cadenassé par les parois d’un écran, lançant à bout portant des propos destinés à un interlocuteur inavoué. Pas de question précise, mais un mouvement à suivre, celui qui remonte à la source des souvenirs et se rejette inlassablement dans le présent, abyssal. « C’est déjà un énorme pas que d’accorder sa confiance à un inconnu, d’accepter de lui décharger ses bagages et de le laisser les emporter où bon lui semble » explique Alaa Minawi. Une fois les mails en main, le directeur du projet en sélectionnera une dizaine qu’il chuchotera le soir même, sous le regard attentif du public, aux oreilles de ses coéquipiers, eux-même en charge de leur transformation.  « La transformation est le concept clé de cette performance qui durera entre 55 et 60 minutes. Mais nous ne prétendons pas vouloir tirer du beau de cette douleur commune que nous avons. Nous cherchons seulement à faire le point sur nos positions, un an plus tard. Ou en sommes-nous dans notre course pour la vérité ? Et pour la justice, qui en découle ? » 

 

Ce n’est pas un hasard si la troupe se serre aujourd’hui les coudes pour revendiquer ensemble leur droit à une politique respectueuse de leurs droits, à travers la musique. Choisir Vladimir - avec qui il avait déjà eu l’opportunité de travailler en 2012 pour « A piano in my pillow »  - était pour Alaa une évidence, du fait de son parcours dans l'improvisation et de sa sensibilité dans la retranscription des émotions. Choisir Ahmed, c’était un gage de citoyenneté.

 

Pour cette performance hors du commun, pas de répétition donc, mais une préparation à accepter et recevoir les témoignages, parfois difficiles. Le trio, qui affirme avoir la capacité de travailler sur un large spectre d’émotions, s’autorisera néanmoins à interrompre une improvisation en cours si la charge émotionnelle venait à n’être pas conductible. Si sa plainte ne rencontrait, dans sa singularité, aucune note de musique.

 

www.alaaminawi.com I alaaminawi@gmail.com

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