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BEYROUTH BY DAY: Minet el Hosn

Livre

Beyrouth by dayLIVRE
28/04/2021|Tania Hadjithomas Mehanna

Minet el Hosn : Quartier des plaisirs… de la nuit… de la fête mais aussi des pêcheurs et des bords de mer.

 

 

Textes de Tania Hadjithomas Mehanna

Photos de Ghadi Smat

Tirés du livre Beyrouth by Day, en vente dans les librairies Stephan, Antoine et Antoine Online

Les bénéfices de la vente du livre seront reversés aux ONG locales. 

C’est dans les petites piscines naturelles aux creux des rochers que les baigneurs venaient s’amuser dès le coucher du soleil dans ce qui n’était alors qu’un village à la périphérie de la ville. À la porte du Bayrut al Qadima, Minet el Hosn, le « port de la forteresse », tient son nom du port en amont qu’elle abritait et qui servait de refuge aux pêcheurs les jours de tempête. Afin de parer à d’éventuelles attaques contre la ville de Beyrouth, les habitants avaient construit des tours de garde, les bourj. Près de la rue de Phénicie, se dressait donc Bourj al Hosn qui s’est gentiment alliée au port pour donner son nom à ce joli coin de ville qu’on a aussi appelé quartier des grands hôtels, haut lieu des noctambules et, toujours avec un clin d’œil un peu coquin et certainement nostalgique, Zeitouné !

 

Épiclub, La licorne, Club 70… si ces noms évoquent pour beaucoup les nuits beyrouthines d’avant-guerre, ce sont aujourd’hui des night-clubs très fréquentés. Les “touristes” n’ont pas le souci du détail des nostalgiques du Beyrouth de papa et trouvent la rue de Phénicie très à leur goût. Il faut dire que les propriétaires des clubs branchés ont fait preuve d’imagination. Tel lieu propose des spectacles forts en couleurs, tel autre a la particularité d’ouvrir de l’aube à 11 heures du matin. Il faut penser à ceux qui veulent finir leur longue nuit quelque part et ne sont pas pressés de voir le matin arriver. Les filles sont aguichantes, les « videurs » gouailleurs et les passants amusés. La relève est en quelque sorte assurée donc pour cette rue des plaisirs même si les clients ont changé, que la voix de Joséphine Baker est loin et que seuls quelques-uns se souviennent qu’en janvier 1964, un décret ministériel avait interdit le striptease dans les cabarets. 

 

Dans une des rues de Minet el Hosn qui monte vers Joumblat, l’immeuble Kanaan aux bords arrondis épouse parfaitement le coin de la rue. C’est l’œuvre de Bahjat Abdelnour qui, en 1939, a fait preuve d’un avant-gardisme surprenant. Le décor fait partie du décor si l’on ose le dire et l’harmonie domine avec un demi-étage par palier et un pont antisismique. Dans l’un des appartements tout en rondeurs, Sélim Kanaan, antiquaire, caresse du regard tous les objets magnifiques qu’il a amassés patiemment. « Dès que la situation nous l’a permis, on est vite revenu dans notre immeuble. Tout était saccagé et tous les objets avaient été volés. Mais c’est notre quartier et je me sens bien ici surtout dans cette maison qui sert magnifiquement d’écrin à toutes mes collections. »

 

Sobhi a la larme à l’œil quand il évoque le bord de mer « avant » les tours et les hôtels. « La mer arrivait là et là et là aussi. Chaque fois qu’ils creusent, il y a la mer qui monte. » Mais cela n’a pas empêché les grands hôtels de venir faire de cette côte l’un des plus beaux coins de Beyrouth. Si le Saint-Georges et le Holiday Inn portent en eux les stigmates d’une longue blessure, le Phoenicia et le Monroe n’ont rien à envier aux grands noms internationaux de l’hôtellerie. 

 

À proximité du port où les premières locandas répondent aux besoins des voyageurs du XIXe siècle, les hôtels se succèdent et revêtent des noms mythiques comme l’hôtel de l’Europe, l’hôtel Bassoul, le Khédivial, le Grand Hôtel d’Orient mais c’est l’hôtel Saint-Georges, inauguré en 1934, qui va consacrer définitivement la région. Totalement novateur dans son architecture, il allie un excellent service à une exposition privilégiée et s’attire tout de suite une clientèle fidèle qui, dans son bar, ses restaurants ou sa plage, échangera plaisanteries libanaises, contrats juteux, poignées de main prometteuses et discussions politiques. Ceux qui s’en rappellent n’oublieront pas les folles nuits dans la salle des fêtes, le Yacht Club et ses heures de gloire, les belles skieuses dans la baie et M. Aletti. Les autres verront dans sa façade criblée toute la violence de la bataille des hôtels et la lenteur d’une justice qui n’arrive pas à trancher le litige qui empêche cet hôtel de renouer avec sa splendeur. 

 

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