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BEYROUTH BY DAY: Hôpital Orthodoxe

Livre

Beyrouth by day
30/12/2020|Tania Hadjithomas Mehanna

Dans le jardin des Jésuites une mosaïque témoigne et les escaliers du quartier s’élèvent vers le ciel

 

Textes de Tania Hadjithomas Mehanna

Photos de Ghadi Smat

Tirés du livre Beyrouth by Day, en vente dans les librairies Stephan, Antoine et Antoine Online

Les bénéfices de la vente du livre seront reversés aux ONG locales. 

Curieusement, la bibliothèque de Geitawi se situe en fait dans le quartier de l’Hôpital orthodoxe. Mais il faut dire que, dans la région, les ruelles, les axes et les habitudes sont tellement imbriqués que le nom des quartiers s’emmêlent et les riverains nomment ce quartier Geitawi ou Rmeil ou encore Mar Mikhaël. Qu’importe la géographie quand l’esprit est là et que l’Histoire est omniprésente même là où on ne l’attend pas. Dans les 4000 mètres carrés qui restent du Jardin des Jésuites qui entourait jadis la maison de campagne où les pères enseignants prenaient leur retraite, les vestiges d’une vieille église et des mosaïques de l’époque byzantine amenées là de Zahrani se laissent admirer par des hommes et des femmes qui se retrouvent sous le soleil sur des bancs amicaux.

 

Josiane Badra s’occupe de la bibliothèque publique attenante au jardin. Ce lieu chaleureux qui relève de la Municipalité de Beyrouth est dirigé par l’association Assabil. Josiane ouvre tous les jours les portes de la culture à des centaines d’habitués qui viennent lire le journal, emprunter des livres, se connecter à Internet ou tout simplement bavarder et se réchauffer. « Je travaille ici depuis deux ans. J’ai fait des études de documentaliste et j’aime beaucoup mon métier. Il existe trois bibliothèques publiques à Beyrouth, une à Bachoura qui a été inaugurée en 2001, celle-ci depuis 2004 et une à Monnot depuis 2007. Sans oublier Bibliobus, la bibliothèque itinérante. Il y a des livres en anglais, arabe, français, espagnol et arménien, des revues, des DVD et six cents abonnés. Nous accueillons tout le monde et même parfois des SDF comme celui de la rue Monnot qui est muet et qui venait régulièrement lire L’Orient-Le Jour. Mais cela fait longtemps qu’on ne l’a pas vu. » Le Conseil régional d’Ile-de-France est le principal donateur pour les bibliothèques de Geitawi, Bachoura et Monnot.

 

L’hôpital qui a donné son nom au quartier est juché sur la colline depuis 1912. Mais l’histoire de cette institution hospitalière nous renvoie à 1860 lorsque la communauté grecque-orthodoxe de Beyrouth construit, rue du Fleuve, et grâce à des dons russes, un petit hôpital formé de six pièces et d’un jardin. Premier hôpital de la ville, il sera connu sous le nom de Moustachfa el Moskovi, l’hôpital moscovite. Il sera réhabilité et agrandi en 1886 avant d’être transféré dans les nouveaux locaux que l’on connaît aujourd’hui. Deux étages d’une capacité de 70 lits sont construits ainsi qu’un asile de vieillards et une église. Les anciens locaux rue du Fleuve sont cédés à l’école des Trois Docteurs qui avait été créée en 1835. Aujourd’hui, l’hôpital est devenu une cité hospitalière universitaire avec plusieurs bâtiments modernes encadrant les anciennes bâtisses aux tuiles rouges. 

 

L’escalier Geara sépare les quartiers Geitawi et Hôpital orthodoxe. Sur les premières marches des 142 qui rythment les allées et venues des riverains, les grilles du cinéma Vendôme sont rouillées par les oublis du temps. À mi-chemin, une école et une église dispensent leur enseignement. Et, plus haut, un propriétaire peu scrupuleux a cru bon de détruire les dernières marches, de couler le béton pour hausser le prix de son terrain. Les aficionados de l’escalier, ceux qui y habitent, ceux qui y ont des commerces, ceux qui y étudient, ceux qui l’empruntent, ne se sont pas encore remis de l’outrage infligé à “leur” escalier. Nawal Habr est de ceux-là. Cela fait vingt-sept ans qu’elle vit là sur les marches et y tient un petit commerce niché dans un petit coin. « Nous, les habitants de ce quartier, on tient beaucoup à nos cinq escaliers. Cela rend le quartier très convivial. On est bien ici. J’ai ouvert ma petite boutique il y a quatre ans, j’y vends de tout. De la papeterie, des confiseries, des gadgets. Les affaires marchent bien. Katter kheir allah. Il y a beaucoup de passage. L’escalier est très emprunté. Et surtout, ne partez pas sans aller voir la grotte miraculeuse. »

 

La grotte qui a changé la vie de tout le quartier se situe là, dans une petite impasse à l’angle d’un autre escalier. Le voile de la Vierge se serait inscrit dans une des parois rocheuses et une icône miraculeuse représentant Marie en train d’allaiter Jésus aurait, paraît-il, permis plusieurs guérisons. Les femmes en mal d’enfant, les malades, les croyants, viennent de tout le Liban allumer des cierges et prier dans cette minuscule grotte tapie sous une maison et encadrée d’énormes buissons fleuris. Des responsables religieux ont tenté de déplacer l’icône mais, nous disent les habitants du quartier, Saydat el Bzaz, - la Vierge aux seins - n’a rien voulu savoir. C’est dans cette grotte qu’elle veut rester et c’est là où on peut la voir. Une inscription précise que l’aménagement du mazar - lieu de culte - est un don fait en 1946 par Marie Khalil Geryes Comair, veuve de François Laurent. Sur la porte de la grotte on peut lire Si celui qui pénètre dans cette grotte se révèle être un serviteur dévoué à la Vierge, il ne connaîtra pas le malheur.

 

 

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