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11/06/2021|Gisèle Kayata Eid

« Quelqu’un s’est suicidé ».  À 500 m de moi. Il s’est jeté du pont par un jour de juin, en plein midi, sous un soleil éclatant, face à une des plus belles baies du monde. 

Profondément bouleversée,j’ai continué mon chemin, essayant de sortir du trafic monstre sur les deux voies de l’autoroute, sur les routes parallèles vers la montagne et sur toutes les ramifications vers le bord de mer, pour arriver enfin à destination. Là, à moncentre balnéaire habituel je découvre, avec plaisir,une nouvelle équipe qui tient le resto aux pieds dans l’eau. Des baffles, de la musique… des jeunes y organisent le setting de la beachparty du soir…

Et c’est ainsi depuis mon retour : un nœud à l’estomac et l’insouciance au cœur, je balance d’une extrême à l’autre. Seize mois d’absence et je retrouve un pays qui vit sur une corde raide, vacillant entre le désespoir et cette indélogeable joie de vivre, malgré tout et envers tous. 

La polarisation est partout. Des gens qui s’en foutent carrément. Qui ne veulent plus rien savoir, rien entendre. Qui contemplent l’abîme vers lequel ils sont précipités, la hargne en guise de réflexion. Ils ont perdu tout ce qui peut s’apparenter à un quelconque espoir. Alors que d’autres s’investissent corps et âmedans le social, en espérant noyer leurs angoisses en faisant de la solidarité leur arme de résistance. 

Polarisation extrême dans les modes de vie entre les « dollarisés » et les « lollarisés ». Les premiers, heureux d’avoir sauvé leur peau, font encore perdurer ce pays moribond alors que les seconds, délestés de leur passé et de leur avenir, constituent le peuple de ce pays qui ne veut pas mourir.

Mais malheureusement, là ne s’arrête pas les extrêmes. Revenus comme un cauchemar qui ne vous lâche pas, les vieux démons sont de nouveau à la table du partage… Des restes. Personne ne croit plus à ces élections législatives qui confèreraient pourtant une souveraineté constitutionnelle à ce que la souveraineté populaire n’a pas pu réaliser avec la « Thawra ».

Lâchés, bafoués, méprisés, volés, dépouillés jusqu’à la lie, jusqu’à même leur dignité, c’est comme s’il ne restait plus à ces citoyens, devenus monnaie d’échange, que leurs convictions pour exister. Difficile de leur faire entendre raison. Cette année fatidique de tous les malheurs (qui plutôt qu’un 20/20 a enregistré un moins l’infini) n’a pas suffi à les décider à se départir de leur indécrottable vassalité. À se demander parfois si nous ne méritons pas ce que nous endurons : l’indigence extrême, le bannissement du cercle des nations, la précarité généralisée (sanitaire, sociale, éducative, médicale…) et surtout la débâcle organisée par ceux qui précipitentdélibérément et à jamais leurs sujets dans une descente aux enfers épouvantable. 

 

Mais pourtant dans ce pays doré, baigné par la couleur céleste du repos et de la pureté, adossé à celle de l’espoir dans ces monts d’une beauté légendaire, pourtant ici, auprès des miens qui, comme moi ne laissent pas tomber cette terre bénie des Dieux, je garde mon bâton de pèlerin, prêchant et suppliant de ne pas rater notre chance unique de conserver un pays, ne serait-ce qu’en maintenant une minorité d’opposition, mais bien réelle, légale, respectée par les nations…

David contre Goliath… 

Mais n’est-ce pas David qui l’emporta ?

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