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Rencontre avec Georgia Makhlouf

30/12/2019|Zeina Saleh Kayali

Comment avez-vous rencontré Najla Jraissaty Khoury et comment a débuté cette collaboration ?

Nous nous connaissons depuis longtemps avec Najla, mais nous n'avions jamais eu l'occasion de travailler ensemble. Ça a été le cas dans le cadre d'un prix de littérature jeunesse en langue arabe, décerné par l'association Assabil en collaboration avec la Fondation Boghossian. Nous étions membres du jury et avons appris à mieux nous connaître. Quand Najla m'a parlé de son travail de collecte et de la parution prochaine d'un recueil de contes traduits de l'arabe en anglais, j'ai lancé comme une boutade: "il faudrait faire pareil en français". Et le projet est parti de là, puis tout s'est enchaîné très vite: l'accord d'Actes Sud, mes essais de traduction qui ont été concluants et qui m'ont apporté un très grand plaisir, puis la publication et la parution en octobre. Najla a été très présente et la traduction a été l'occasion de nombreux échanges passionnants. Donc oui, on peut vraiment parler de collaboration.

 

L'écriture de ces contes est de facture très poétique. Comment avez-vous abordé cette difficulté supplémentaire dans votre processus de traduction?

Le genre du conte obéit à des règles précises que la traduction doit respecter autant que possible: une langue orale mais qui pour certains passages, se fait très littéraire, comme c'est aussi le cas dans les 1001 Nuits par exemple; un recours fréquent à des refrains, des comptines, des parties rimées, qui peuvent être parfois assez énigmatiques; une construction souvent répétitive avec une épreuve qu'on passe trois fois par exemple, ou trois personnages qui refont le même parcours, etc. Et enfin une histoire qui s'adresse à un auditoire à la composition variable, enfantin, mixte, féminin, selon les cas et qui donc peut être racontée avec des variantes. Je me suis attelée à ce travail avec le désir de respecter ces spécificités mais également de recourir à une langue agréable à écouter à l'oreille d'un lecteur français, malgré quelques "bizarreries", mais qu'il pourrait accepter si elles étaient portées par une langue poétique. Les débats ont été fréquents avec Najla car elle avait conscience de transmettre un corpus dont la valeur était à ses yeux patrimoniale avant tout et elle voulait que la traduction respecte le texte de départ le plus possible. Je partageais ce souci mais y introduisait des inflexions dans le but de conférer au texte une valeur littéraire également. Quant aux parties rimées dans le texte d'origine, il était impossible de les traduire textuellement; il s'agissait de leur trouver des équivalents, rimés eux aussi. 


Les 30 contes du recueil (dont certains sont très cruels) sont racontés par des femmes s'adressant à des femmes. Y'a-t'il une démarche militante de la part de l'auteur et de vous-même dans ce choix ? 

L'éditeur a décidé de publier les même trente contes déjà traduits en anglais, et qui avaient été choisis par Najla Jraissaty et sa traductrice dans un souci de cohérence. Elles avaient décidé de privilégier des contes de femmes : ceux que le plus souvent les femmes racontent quand elles sont entre elles, que les hommes sont au café et les enfants couchés. C'est donc l'occasion pour elles de se "venger" des hommes qu'elle dépeignent comme faibles, indécis, irrésolus, idiots... C'est aussi l'occasion d'aborder des questions qui ont trait à la sexualité et qu'il est impossible de traiter de façon directe. Le conte offre ainsi un terrain d'échange entre femmes, à l'abri du regard des enfants et du jugements des maris. Un espace de divertissement aussi, où l'humour est très présent. Pour ma part, ce corpus m'a séduite, par son inventivité et sa liberté de ton à laquelle je ne m'attendais pas.

 

Ces contes sont issus d'un corpus plus large. Y'a-t'il un projet de les publier également ?

Lorsque Najla Jrassaity et sa troupe itinérante "Sandouk el Ferjé" ont mis fin à vingt ans de spectacles d'ombres et de marionnettes, elle s'est trouvée avec dans ses tiroirs des heures d'enregistrement et des dizaines de transcriptions de contes, recueillis au fil des ans pour les besoins de la troupe qui voulait travailler à partir de ce patrimoine. Elle a donc décidé que ce serait une sorte de devoir moral pour elle de partager ce corpus et 100 contes -dont elle a comparé les variantes afin de parvenir à la version la plus complète- ont été publiés en arabe chez Dar el Adab. C'est ce corpus qui a servi de base pour le choix des trente contes, traduits d'abord en anglais puis en français. Il n'y a pas pour le moment de projet de 2e volume mais qui sait? En tout cas, ils sont disponibles en arabe dans les bonnes librairies. 

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