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« Randa Chante Aznavour », 5ème album du jazz savoureux de Randa Ghossoub

27/06/2023|Gisèle Kayata Eid, Montréal

Randa. Un prénom qui recèle une artiste dans toute l’acceptation du terme, un personnage hors du commun.  Elle déniche les beaux coins, les belles images ou les capsules insolites mais bougrement esthétiques. Elle s’invente des chapeaux, des lunettes, des tenues tout en couleurs. Ses coups de cœur visuels sont tous magnifiques. Chez Randa l’esthétique suinte de partout et son univers est nimbé d’art... 

Artiste dans sa vie quotidienne, Randa, pour ceux encore qui ne la connaissent pas, a surtout un talent qu’elle partage pour le plus grand bonheur des mélomanes. Elle chante, et du jazz, encore mieux. Ce genre difficile à apprivoiser. Sa voix suave, délicate ou enjouée, mélodieuse ou langoureuse, qu’elle module à souhait a essaimé, entre autres, aux Etats-Unis, en France, à Montréal et bien sûr au Liban. Avec l’accent français, arabe, anglais ou même espagnol selon ses envies, elle interprète un peu partout, dans les festivals, concerts, clubs de jazz, les tubes des plus grands : Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Miles Davis... 

Après quatre albums, « Pillow Talk » (2002), « I Belong » (2007), « Moon Breeze » (2012), « Subbtle Thrills » (2015), aujourd’hui « Randa chante Aznavour ». Reprendre une légende de la musique et faire sienne ses chansons sur tout un album n’est-ce pas trop de défis ? « Tout est adaptable en musique, tant qu’il y a de la création » ...

Il me fallait en savoir plus. Conversation à bâtons rompus avec une pro pour qui chanter est un bonheur. 

Randa porte un chapeau confectionné par elle-même à l’évènement « Chapeaux du Mont-Royal »

Question basique : Pourquoi Aznavour ? 

Parce qu’il a accompagné ma jeunesse et ravit mes oreilles depuis ma plus tendre enfance. Je l’ai eu au biberon, avant même de m’intéresser au jazz, à l’adolescence. Il m’a été comme imposé à la maison. Ma mère écoutait en boucle sa douzaine de 33 tours. Puis quand durant la guerre au Liban, nous nous sommes réfugiés en France, il passait à l’Olympia. Le bonheur. J’aime sa poésie. Ses textes sont magnifiques... Et nous allons bientôt (en 2024) fêter son centenaire.

 

Mais la concurrence est forte, Aznavour a été très repris...

Je fais la musique parce que c’est une source de bonheur pour moi. Après où cela arrive, je ne sais pas. C’est toujours gratifiant de réussir mais là n’est pas le but ultime.

 

Un album avec sept morceaux en français, deux en anglais, un en espagnol, avec des artistes de renom, qui ne sont pas tous sur place à Montréal... C’est toute une épopée. 

J’ai travaillé avec des musiciens qui m’ont déjà accompagnée, à l’occasion de concerts. Pour cet album, c’était difficile. Il fallait amener des gens du jazz et leur faire une immersion dans la musique francophone d’Aznavour. Le travail a été long. Pendant la pandémie j’avais chargé Éric Lagacé, le contrebassiste, de faire la transcription de la musique, mais nous ne sommes pas arrivés à un travail concluant. La musique était trop proche de celle interprétée par Aznavour. J’ai contacté alors le pianiste japonais Art Hirahara. C’était au temps du Covid et on communiquait par courriel. J’écoutais des versions, faisais mes commentaires, proposais mes chansons, il me renvoyait de nouvelles versions... À un moment donné la frustration était énorme. Travailler ainsi de la musique à longue distance, était très fastidieux. Je lui ai proposé alors de venir à Montréal. Il nous a fallu trois longs jours consécutifs pour décider de la structure de chaque chanson et où je voulais la prendre, en boléro ? en bossa nova ?...  C’était devenu plus facile après cette rencontre d’écrire une orchestration que nous avons pu peaufiner par la suite. 

 

En choisissant une chanson, vous aviez donc une orchestration en tête ?

Oui totalement. Au début, je n’arrivais pas au résultat que j’imaginais. Il a fallu que le musicien soit là pour ajuster sa musique à mon interprétation. Les sons doivent s’accorder à la voix et vice-versa. Cela ne se transmet pas avec des mots. Le décalage ne se verbalise pas par une terminologie musicale, ce n’est pas suffisant quand on est en train de créer une orchestration. Quand on parle de l’interprétation d’un morceau classique, c’est faisable. On a une partition avec ses notes, ses silences, ses noires, ses blanches... C’est clair, c’est plus mécanique. Mais là nous sommes dans la création. On invente sa propre version. La musique est quelque chose de très organique, très difficile à distance. 

 

Comment se concrétise la création avec des titres déjà chantés, pourquoi par exemple « boléro » plutôt que « bossa nova » ? Pourquoi en anglais et pas en français ?

Chaque titre m’inspire une interprétation. Dans « Par gourmandise » par exemple, le texte est très coquin, très séducteur. Aznavour tournait autour de Raquel Welch assise sur un tabouret quand il la chantait. C’était un morceau de séduction, de féminité, d’attirance. Il y a beaucoup de sensualité autour. Pour « For me, formidable », j’ai introduit deux notes orientales.

Pour « Reste », j’avais envie d’un moment de calme et de plénitude avec juste du piano et un solo de batterie (de Lewis Nash). Avec « J’avais 20 ans » la chanson est touchante, chacun de nous fait une réminiscence de toute une vie. On repense à notre jeunesse. Je voulais ce moment de recueillement en anglais, les paroles sont très bien traduites. « Yesterday When I Was Young ». La différence linguistique impose le ton et l’interprétation change involontairement. Interpréter « Mourir d’amour » exige de la passion, quoi de mieux que l’espagnol pour « rugir » « Morir de Amor ».

 

Quelles sont les prochaines étapes pour « lancer » votre album ?

Avant on organisait une signature, mais aujourd’hui la copie physique ne fait plus l’objet d’un lancement. À l’ère du numérique, il se fait à travers un concert. En attendant, on place son produit sur les plateformes numériques, on travaille la communication sur les réseaux sociaux, sur les canaux traditionnels aussi, à qui on envoie toujours des communiqués de presse mais avec l’album numérique. Il faut solliciter certains journalistes, des recherchistes... C’est tout un travail. 

 

Pourquoi alors ne pas s’associer à un label qui se chargerait de votre promotion ?

Je chante pour mon plaisir et je veux mener ma carrière comme je l’entends. J’ai commencé à 17 ans. Puis j’ai arrêté, pour reprendre en 2000 après avoir travaillé dans le domaine du journalisme et de la communication. Mais je suis retournée à mes premières amours, la musique, en 2000. Cependant, sans le savoir, j’avais pris une décision avant-gardiste, celle de ne pas m’associer à un label, mais de le créer moi, d’être une artiste indépendante. Les « indies » sont la tendance actuelle. Par manque de budget, les artistes comptent sur eux-mêmes... Et là on peut se casser la gueule si on ne sait pas gérer sa carrière. Moi j’ai un peu d’avance. C’est mon 5ème album. Je connais les rouages. Je sais où me positionner. 

 

Les jeunes plus adaptés à la technologie moderne, ont-ils une longueur d’avance sur l’ancienne génération ?

Les jeunes sont déjà sur internet, mais en même temps, ça prend de la guidance pour prendre de bonnes décisions. Ce ne sont pas des métiers faciles. Il y a beaucoup de programmes télévisés où des jeunes sont projetés dans la starification. Le truc n’est pas de sortir un tube, mais de durer. Pour durer il faut une bonne gestion de carrière, un bon plan, une bonne stratégie et surtout une discipline d’enfer. Dans ce métier, la réussite ne vous attend pas au tournant. 

 

Vous avez dit « discipline » ?

Oui, travailler sa voix, chanter et écouter beaucoup de musique. Je ne me cloitre pas dans un style. Ma discothèque est africaine, asiatique, classique et bien sûr beaucoup de jazz. 

 

Des projets pour venir chanter au Liban ?

Des projets pour le Liban, il y en a toujours. Mais pour le moment, l’album est sorti à Montréal où je l’ai enregistré et où je suis basée. En septembre, j’y donne un concert et .... Inchallah bientôt à Beyrouth. 

 

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