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Pierre Geagea, un danseur hors du commun

07/09/2020

Pierre Geagea est un danseur sourd qui perçoit les sons notamment par les vibrations.

Il arrive à l’IRAP (Institut de Rééducation Audio Phonétique) à l’âge de 11 ans où il poursuit ses études jusqu’à la classe de 3ème.

Au cours d’une fête scolaire, on lui découvre des talents de danseur.

Il a été pris en charge par l’école et a suivi des cours à l’école de danse « Arabesque » où il a été formé.

L’IRAP l’a toujours soutenu dans son parcours.

A l’âge adulte, il s’est rendu en France, pour des stages de danse où il a développé son goût pour la danse contemporaine.

A son retour de France, l’IRAP lui a ouvert ses portes et ses locaux pour enseigner cet art.

Aujourd’hui, durant cette période si difficile que traverse le pays entre la révolution, la pandémie de Covid 19 et l’explosion du Port, Pierre qui a participé à une vidéo post 4 août (voir pièce jointe), souhaiterait que le public ne l’oublie pas.

Il nous raconte son parcours et ses projets.

 

Parlez-nous de votre parcours

J'avais 8 ans quand j'ai senti le sens de la musique et du rythme. A l’IRAP, j'ai commencé à apprendre la danse classique mais cela ne m’a pas permis de m’exprimer totalement.

J’ai ensuite poursuivi ma formation en France où j’ai découvert la danse contemporaine, ce qui m’a aidé à mieux m’exprimer par mon corps. C’était une très belle expérience et j’ai pu dépasser mon handicap et rentrer en communication, même en dialogue, avec le public.

A mon retour au Liban, j’ai présenté un show avec Cherif Sahnawi à l’Institut culturel français. C’était une démarche très importante dans mon parcours artistique.

 

Quelles sont vos plus grandes inspirations, vos techniques de création ?

En tant que sourd, je ne compte pas sur la technique mais sur mes sentiments et ma créativité. J’essaie de comprendre la musique, de la sentir et ainsi je peux la communiquer à mes élèves tout en leur apprenant le rythme.

Sur scène, malgré ma surdité, je rentre en communication avec le spectateur. J’arrive à m’exprimer différemment. Et c’est mon message pour les personnes sourdes : on a toujours un bon moyen de communiquer.

Je vais bientôt avoir 40 ans et je me dis qu’il faut que j’arrête mais quelque chose au-dedans de moi a besoin encore de sortir. Quoi ? Je ne sais pas. Quand je sens et que j’entends la musique, je m’envole.

 

Pensez-vous qu’au Liban il y a une méconnaissance de la langue des signes ?

Oui, il y a un grand manque d'utilisation de la langue des signes au Liban. Surtout que la langue des signes arabe n’est pas unifiée, bien que les spécialistes déploient de gigantesques efforts pour le faire, et la rendre accessible au plus grand nombre de personnes désirant l’apprendre.

 

Où peut-on apprendre la langue des signes ?

On peut bien sûr, apprendre la langue des signes à l’IRAP ; l’Institut organise des sessions de formation avec des personnes sourdes et des éducatrices spécialisées.

 

Quels sont vos objectifs et vos projets futurs ?

J'ai décidé de toujours être le lien entre le sourd et ceux qui entendent. Chaque nouvelle danse est toujours accompagnée par un nouveau message pour les sourds et en même temps pour les non-sourds.

 

Pour le futur, je travaille sur un ambitieux projet, un festival dans le très beau village de al Moukkadam près de mon village natal, dans la région de Deir el Ahmar. C’est un festival, que j’organise avec ma sœur et des amis, et qui fera revivre les belles traditions libanaises de nos villages. Et ceci en danse, musique et chansons. Nous sommes à la recherche de sponsors.

Je rêve aussi de pouvoir former une troupe de folklore moderne.

 

Enfin, je voudrais remercier l’IRAP et notamment Thérèse Zoghbi, qui nous a quittés il y a 2 ans. Elle est toujours dans mes pensées et mes prières.

 

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