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‘Naufrage’ par Raphael Toriel

29/03/2022

Alexandre Glière ne se supporte plus vieux. Il refuse sa décrépitude présente et appréhende le naufrage qu’il perçoit proche. Un article scientifi que sur le rajeunissement l’interpelle, lui laissant percevoir une lueur d’espoir. Il décide donc de tenter de participer aux expériences en cours que poursuit une jeune chercheuse, Neige Bonvin qui vit à l’écart du monde avec sa fi lle, son intendant, Ernest, ses souris et un bonobo. Cette quête l’entraîne dans une aventure physique, psychologique et amoureuse où les bonheurs côtoient les déceptions. « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait », devient, un temps, un idéal réalisé...

 

Raphael Toriel est un auteur Franco/Libanais qui a passé sa jeunesse entre L’Égypte et le Liban. Depuis 1970, il vit à Annecy où il a écrit pas mal de saynètes, ainsi qu’une quinzaine de pièces de théâtre, presque toutes jouées avant de se consacrer au roman. « Naufrage » est son sixième roman.

 

Extrait
… Il double-clique donc sur l’icône de Mozilla pour consulter ses mails. Une quantité de messages publicitaires sans intérêts s’ajoutent aux propositions de voyages, offres d’abonnements et incitations à pétitions. Il efface les premiers sans les lire, ouvre ceux contenant des messages avant de les supprimer et conserve les autres pour les parcourir à tête reposée. Le tout est extrêmement chronophage. Il a renoncé depuis longtemps aux magazines littéraires et autres « critiques » de tous poils, devenus avec la disparition progressive de leurs fondateurs, des promoteurs-suiveurs plutôt que des guides-bergers. Par contre, il ne manque pas de consulter les entrefilets scientifiques qui lui sont offerts par Internet et demeure, depuis sa jeunesse, fidèlement abonné à Science et vie, histoire de ne pas perdre le fil des progrès de la science. C’est une lecture essentielle, destinée, avec de courts essais et quelques romans, à agrémenter ses passages aux toilettes.

 

Là, sur son écran, un article scientifique attire son attention. Article qu’il déplace dans un onglet qu’il a ouvert à cet effet, « à lire ! ». Le titre accrocheur de l’article, Rajeunissement, enfin des résultats, lui donne envie de s’y mettre tout de suite, mais il constate que du temps est passé, plus vite que prévu. Il est l’heure de se préparer à la marche imposée par la faculté. Il se lève donc lourdement pour rejoindre la salle de bains. Des publicités alléchantes, lui parlant d’aides d’état, l’incitent constamment à remplacer sa baignoire par un bac à douche, mais l’enjamber n’est pas encore un problème et il aime s’y tremper longuement en y maintenant une température élevée grâce à l’écoulement d’un filet d’eau très chaude qu’il ouvre et referme à l’aide du gros orteil. Il s’agit pour lui du luxe ultime, d’une sorte de pied de nez à la planète et aux écolos qui prétendent la défendre, un ultime lien à l’enfance, un autoprésent offert à son corps, un sas entre la tendresse de la nuit et la réalité du jour. « Pourvou » que ça « doure » se dit-il en pensant à Letizia, la mère de Napoléon. Prudent, il a fixé des barres qui lui permettent d’assurer son équilibre et dans la baignoire, il trempe simplement. Il ne procède plus comme dans sa jeunesse, inutile de tenter de frotter, ce sera pour après quand il se retrouvera debout, car sont apparues au fur et à mesure du temps les difficultés à atteindre les extrémités. Il attend donc de se relever pour se laver vraiment, mais même là, rien n’est aisé. Atteindre un mollet est une épreuve, les doigts de pieds, une virtuosité, le dos, lui, exige un outil de chanvre tressé, terminé aux extrémités par deux anses, pratique, mais périlleux, le cordage tournant sur lui-même à chaque mouvement transversal, au risque de transformer l’exercice en déchirure musculaire. Il en va de même de l’opération séchage, ainsi que de la sortie de baignoire, toujours délicate. Pas question de tomber, il sait que là, ce serait le début de la fin. Pendant des décennies, se laver procédait d’un automatisme quasi inconscient. Là, il doit penser chacun de ses gestes et remercier le ciel ou l’enfer de pouvoir encore les exécuter sans aide. Il a été malade, hospitalisé et sait ce qu’est la dépendance, même provisoire. Il la hait ! …

 

A propos
Né en 1946, je ne suis plus exactement un perdreau de l’année. D’abord attiré par l’écriture théâtrale, je me suis tourné depuis douze ans vers le roman. Naufrage, mon dernier né, est ma sixième fiction romanesque. Le rajeunissement, moteur de ce livre ne pouvait que concerner fortement. Quand on dit qu’après soixante ans, si l’on se réveille sans douleur, c’est qu’on est mort, je connais. Comme le héros de mon livre, le hasard de lectures éclectiques m’ont amené à découvrir des articles relatant des expériences réelles sur le sujet. Une vidéo, disponible sur la toile, montrant deux souris jumelles, l’une rajeunie et vivace, l’autre toujours vieille et prostrée a complété d’éveiller mon intérêt pour le sujet. Je me suis vite aperçu que plusieurs équipes travaillaient le sujet un peu partout sur la planète. Et que L’un de ces centres de recherche, parmi les plus avancés, m’était géographique proche, il s’agit de l’EPFL, L’École polytechnique de Lausanne. Je n’y connaissais personne et de toutes les façons je n’aurais pas osé présenter ma candidature à ces éminents chercheurs, d’autant qu’il serait logique, qu’au stade actuel et pour des raisons d’éthique, il ne soit pas question de les étendre à l’homme.

 

Il ne me restait plus qu’une chose à faire, fantasmer. Après tout, n’est-ce pas ma fonction première ? La curiosité scientifique seule ne pourrait-elle pas bousculer les choses ? Un chercheur ayant réussi à rajeunir des souris ne serait-il pas tenté de prolonger l’expérience sur le singe, puis sur l’homme ? De rêveries en spéculations j’y ai vu une faille dans laquelle je n’ai pas tardé de m’engouffrer. Je me suis dit qu’il serait passionnant de faire rajeunir un homme qui avait sa vie derrière lui. Que se passerait-il s’il retrouvait sa force, sa santé, ses désirs, son allant d’antan ? Et le roman a pris forme tout naturellement, dans ma tête, d’abord, puis sur le papier. Je me suis fait un canevas sur lequel j’ai commencé à broder. Puis, subrepticement, sans se faire remarquer, mon personnage m’a échappé. C’est parfois ce qui arrive au romancier. Alexandre a fait place à Sacha. Je n’y pouvais rien, il était amoureux ! Et puis, il y avait Neige, Ani, Aïda, Ernest, Muba et les autres. Il y avait la tendresse, l’amitié et l’amour naissant. La réflexion s’efface devant le trop-plein de bonheur. Sacha m’a pris par la main pour m’indiquer le chemin qu’il voulait prendre. Je n’avais plus qu’à laisser le livre s’écrire et l’aventure se dérouler, simplement, sans entrave. Je lui ai juste prêté mon clavier, mes doigts et, souvent, mon correcteur orthographique. J’espère que le lecteur ressentira la même nostalgie en refermant son livre que moi en y apposant le mot fin.


A savoir

Code barre : 9791031011981
ISBN : 979-10-310-1198-1
Editeur : Les Presses Littéraires
Collection : Détours romanesques 

Disponible à la librairie Antoine

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