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Mais…

15/12/2020|Gisèle Kayata Eid, Montréal

Une de mes amies, lectrice assidue, m’a envoyé un message : « Ça va ? tout le monde va bien ? Je ne te lis plus et je me suis inquiétée ».

Je l’ai appelée et je lui ai ouvert mon cœur : Je n’ai plus le goût, ni le courage, ni l’indécence d’écrire d’ici pour les gens de là-bas. Ils en ont assez. Ils sont assourdis de paroles, d’invectives, de synthèses, de conseils, d’épanchements stériles et de paraphraser le vide. 

Puis, je n’ai plus envie de jouer au Bon Samaritain qui relève le moral de ses troupes. Je ne veux plus ajouter mes mots et mes lettres à ce déferlement d’injures, de « Tfeh », de constatations éplorées sur le marasme ambiant. Je ne veux plus rien savoir de cette dynamique. Je ne veux plus savoir qui a donné combien et à qui. Je suis profondément abattue, lessivée, révoltée et mon courroux ne servirait à rien.

Je ne veux plus ajouter encore des phrases aux beaux discours, aux belles conférences, aux belles rencontres, aux belles interviews qui étalent, détaillent, analysent, décortiquent ce que nous savons tous. 

Il me faut du concret pour redémarrer. Mon inspiration carbure à l’action. Les propos creux de ceux que nous savons être menteurs, voleurs, violeurs de toute une nation me font rager. Pourtant je lis et j’écoute encore tant de monde qui rapportent leurs balivernes, les pèsent, les soupèsent… en un mot les considèrent et leur consacrent de l’attention.

Je suis en furie contre ce peuple qui magouille pour survivre, trop habitué à être berné, à tromper pour « trouver sa place au soleil ». Je ne l’ai jamais excusé et quand je grognais, on me disait : tu vis loin, tu ne sais pas ce que c’est, nous n’avons pas besoin de tes critiques. 

Alors voilà. Je la boucle. 

Mon amie qui me connaît bien me répond : « Oui, c’est vrai, de loin nous ne pouvons pas faire grand-chose et nos avis sont superflus. Mais… »

J’ai raccroché et des 15 minutes de conversation, n’est resté que ce « Mais… » inachevé. Comme un foyer qu’on quitte en gardant sa clé sur soi. 

Mais… Il y a ce Beirut Chants, avec Abdel Rahman Bacha, Amin Maalouf; il y a les Musicales de Baabdate et quatre concerts live; il y a ce mois de festivités bondé à Mar Mikhaël; il y a ce Souk el Tayeb ré-ouvert généreusement; il y a ce BAFF et ses films exceptionnels sur l’art et les artistes; il y a l’Agenda culturel qui s’est débrouillé pour ressortir sa version papier et qui insuffle de l’espoir et du courage à chaque page; il y a cet immense arbre de noël et cette façade traditionnelle chérie qui s’y love… Il y a les cœurs qui battent toujours, qui ne lâchent pas, il y a des hommes, des femmes qui, à l’abri et en silence, s’épaulent, pansent leurs blessures en se donnant aux plus démunis…   

N’est-ce pas l’image vibrante que j’ai de mon pays et de ses gens ? Alors ? 

Alors, à tous ceux qui gardent vivante cette image, je dédie ces quelques couplets (quelque peu réadaptés) de Jacques Brel qui chante « Les vieux amants ». 

 

Bien sûr, nous eûmes des orages

(une vie) d'amour, c'est l'amour fou

Mille fois (j’ai) pris (mon) bagage

Mille fois je pris mon envol…

Moi, je sais tous tes sortilèges
Tu sais tous mes envoûtements…
Tu m'as gardé(e) de pièges en pièges
Je t'ai perdu de temps en temps

 

Mais mon amour, (Mon Liban)
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime.

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