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Les trois ouvrages d'Amine Issa sur la violence

23/01/2024|Zeina Saleh Kayali

Comment vous est venue l’idée d’écrire ces ouvrages ?

Vivant au Liban, j’ai toujours été confronté à une violence multiforme, parfois extrême. Ayant moi-même au cours de la guerre participé à des actes violents, je ne pouvais rester indifférent à ce phénomène. J’ai voulu en comprendre les mécanismes ici et ailleurs et modestement proposer des suggestions pour le circonscrire.

 

Vous examinez les causes de la violence à travers le monde avec une grande érudition historique et philosophique. La philosophie peut-elle être à remède contre la violence ? 

Certainement, la philosophie analyse le fonctionnement du monde et tente de proposer des moyens pour le faire progresser paisiblement. Il n’est pas vrai que le philosophe vit dans sa tour d’ivoire. Il vit dans son siècle et réagit en conséquence. C’est pour cela que pour comprendre ses textes il faut également connaitre les conditions historiques dans lesquelles ils ont été écrits. 

Ceci étant dit, il y a des philosophes qui ont été à l’origine de comportements violents qui n’ont pas atteint leur but, d’une « meilleure société ». Je pense à l’anti-occidentalisme de Sartre, dénonçant son colonialisme, certes à juste titre. Il encourage les colonisés à prendre les armes, ce qui est juste, mais en des termes d’une extrême violence, il dit, « en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ». Cette violence sans limite a contribué à replonger les pays colonisés sous le joug de dictateurs sanglants. 

D’autres philosophes ont été volontairement ou pas, mal compris, tel Kant invoqué par Eichmann lors de son procès, pour justifier ses actes, ou bien une interprétation de « l’esprit du monde » de Hegel qui a pour des Occidentaux cautionné leurs supériorités civilisationnelles et justifié la colonisation.  

 

Vous dites que nous sommes « autant responsables de la violence religieuse que le sont les textes ». Comment ?

Les textes, particulièrement religieux, sont universels et pour tous les temps. Ils ont été écrits ou révélés à un moment de l’histoire et dans une société donnée. Ils ont été écrits dans un langage et proposent des normes qui devaient être comprises par les populations à qui elles s’adressaient. Plus encore, ces textes comportent une minorité de prescriptions normatives et sont surtout des récits, des paraboles, des descriptions de la nature de Dieu et ses rapports aux hommes. Ces textes restent donc ouverts à l’interprétation et il existe des centaines de milliers de livres qui le font, parfois de façon contradictoire. Ceux qui pratiquent la violence ont besoin de la justifier et quoi de mieux qu’un texte divin qu’ils interprètent dans ce sens.

Je vous donne des exemples : Dieu dans le Coran recommande aux croyants de combattre les mécréants et les hypocrites. Mais il dit également de les laisser tranquilles s’ils ne s’en prennent pas aux musulmans. Les islamistes violents n’ont retenu que la première partie. De plus il y a dans le Coran ce verset « Dieu, se prescrit à lui-même la miséricorde ». Ce verset est intemporel et structurel de l’esprit du Coran ; les islamistes violents l’ignorent. Dans l’évangile il y a un verset qui dit « Jésus veut que nous ayons un glaive et même deux », Saint Bernard va à partir de ce verset élaborer toute une théorie qui justifiera l’action politique de l’église et même sa possession d’une armée, alors que le Christ avait clairement dit « mon royaume n’est pas de ce monde ».

 

Vous dites également que « nous sommes capables d’altruisme ». Pourquoi alors le mal nous submerge-t-il ?

Je pense que l’altruisme est un penchant naturel. Dans la violence n’est pas une fatalité je le démontre. Mais aussi la violence fait partie de nos instincts. Pour que l’altruisme prenne le dessus, il faut le théoriser, renouveler son énonciation selon les changements sociétaux. Il faut surtout démontrer qu’il nous est inhérent en diffusant cet apriori par l’éducation et l’enseignement. C’est là où se situe le déficit qu’il faut combler. Dans ce même livre, je me permets ma propre théorie, celle de « la transcendance mobile de soi et de l’autre ».

 

Que faut-il vous souhaiter ? 

Si ces livres sont lus et qu’ils sont convaincants, j’aurais apporté ma pierre à la réduction de la violence. Je ne souhaite rien d’autre.

 

A savoir

Rencontre dédicace le mercredi 31 janvier de 18h à 20h

21 bis rue des Ecoles 75005 Paris 

 

 

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