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« L’Écrivain doit ouvrir les possibles et non réduire la pensée. »

13/10/2022|Madeleine Duhamel

A l’occasion du Festival Francophone du livre qui se tiendra à Beyrouth du 19 au 30 octobre 2022, de nombreux écrivains viendront présenter leurs œuvres. 

 

Parmi les écrivaines sur place, sera présente Geneviève Damas. Cette dernière est écrivaine, dramaturge, comédienne et metteur en scène, en Belgique comme en France. Également fondatrice de la Compagnie Albertine, elle œuvre pour la création et la promotion artistique. Geneviève Damas a reçu plusieurs prix artistiques tels que le Prix du Théâtre – Meilleur Auteur pour la pièce Molly à Vélo, les Prix Victor-Rossel et Prix des cinq continents de la Francophonie pour son premier roman Si tu passes la rivière ainsi que le Prix Rossel.
Elle signera trois de ces romans dont Jacky, Bluebird qui a reçu le Prix des Lycéens de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que Patricia, lors du Festival. Elle sera aussi ambassadrice du Parlement des écrivaines francophones. 

 

Geneviève Damas qui participera à l’Itinéraire Littéraire le 22 octobre et signera ses ouvrages dans la galerie Art disctrict de 16h à 18h30,  répond aux questions de L’Agenda Culturel. 

 

D’où vient cette fibre artistique qui vous habite ? 

J’imagine que l’art m’a permis de trouver un espace de liberté́ dans un monde rigide. Mes parents ont tous deux été marqués par la guerre et la mort précoce de leur père. Ils ont appris à restreindre leurs émotions : cacher la tristesse et ne pas s’abandonner à la joie. Ils m’ont transmis ce rapport au monde : rire et pleurer était à leurs yeux une forme de faiblesse. Pourtant dès l’enfance, j’ai été emmené au théâtre et au cinéma. Là, à leurs côtés, je les découvrais totalement autres. Ils riaient aux éclats et pleuraient à chaudes larmes. Ils me paraissaient tellement plus vivants. Et je me suis dit que l’art était un espace que je pouvais habiter, où l’on peut rire, pleurer, dire des choses dans la fiction sans que rien de terrible ne vous arrive dans le monde réel. 

 

Vous faites partie du Parlement des écrivaines francophones. Qu’est-ce que ce Parlement ? Quels objectifs poursuit-il ? 

Le Parlement des Écrivaines Francophones est un espace de liberté, de solidarité, de réflexion. Un Think Tank. La Parole des Femmes Écrivaines du monde francophone y circule librement. Il œuvre à plus d’inclusion, plus d’humanité, plus d’égalité. C’est fabuleux de nous retrouver entre femmes écrivaines, d’entendre les réalités de chacune, de dégager des causes communes et d’agir que ce soit pour dénoncer, soutenir, ou mettre en lumière. Chacune se fait relais du Parlement et de sa cause dans son pays auprès des autorités, du public et de la presse, bien sûr. Nous travaillons avec une arme que nous connaissons et que nous manions comme personne : les mots. Et, bien souvent, ils touchent leur cible. 

 

Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre ce Parlement ? 

Parce que, pour moi, un écrivain ne peut se détacher du monde dans lequel il vit. S’il en crée un autre avec ses mots, la prolongation de son œuvre est de se tenir debout dans la vie réelle. Chacun doit prendre sa part. Et s’il peut éclairer une cause par sa présence, il doit le faire sans hésitation. 

 

Lors du Festival Francophone du livre, vous présentez trois de vos romans. Pourquoi avez-vous décidé de diversifier vos activités artistiques en écrivant votre premier roman en 2011 ? 

Je n’imaginais pas publier un jour. Bien sûr, j’écris depuis mon plus jeune âge, mais je m’étais centrée sur la parole orale, via le théâtre. J’ai commencé à écrire des textes dramatiques parce que je ne trouvais pas les mots qui m’importaient dans les textes des autres. Et petit à petit, j’ai eu envie d’en écrire d’autres : ceux des gens tellement en marge qu’ils n’arrivent même pas à les dire oralement. J’ai voulu parler de ce qui est tu, secret, honteux, terrible. C’est ainsi que je suis arrivée au roman car il me semble que là peut se déployer au mieux la parole enfouie qu’on n’entendra jamais. 

 

Comment définiriez-vous votre style romanesque ? 

Je pense qu’il est réaliste, avec une grande dimension psychologique, d’analyse en quelque sorte. J’essaie de débusquer les ressorts de l’âme humaine. Qu’est-ce qui entraîne l’action ? qu’est-ce qui fait qu’un jour on bascule ? Bien sûr, j’aime travailler aussi la musique de la langue, mais cela arrive dans un second temps. J’aime que la langue soit au service du personnage — puisque la majorité de mes textes sont écrits à la première personne — qu’on entende un être avant de remarquer l’auteur. J’aime que l’écriture ne se voie pas, comme une couture invisible sur un vêtement. 

 

Dans le roman Jacky, un jeune lycéen marocain, fiché S, décide de consacrer son travail de fin de lycée à un juif des quartiers chics de Bruxelles. Dans Bluebird, vous mettez sur le devant de la scène le déni de grossesse. Et pour le roman Patricia, vous traitez de l’immigration et du naufrage. Pourquoi choisissez-vous d’écrire sur des sujets de société ? 

Parce qu’il me semble qu’en m’emparant de ces sujets, je parle de notre monde contemporain que l’histoire de la littérature n’a pas encore touché. J’aime faire entrer de nouveaux personnages dans l’univers de la fiction, pour que nous puissions comprendre et entendre nos contemporains. Il me semble que l’écrivain doit aider à la compréhension de la complexité du monde. Il doit ouvrir les possibles et non réduire la pensée. En touchant les sujets qui mobilisent ses semblables, il peut ouvrir un espace de réflexion et de plaisir, libre, puisqu’il ne dit pas au lecteur ce qu’il doit en penser. 

 

Vous considérez-vous comme écrivaine engagée ? 

Difficile de répondre sans se départir de l’ego. Dans mon pays, on me considère comme une écrivaine engagée. Moi, de l’intérieur, je pense que je peux faire plus. Je viens d’une famille où l’on m’a appris qu’il faut contribuer, ne pas rester centré sur soi et que si l’on peut aider quelqu’un, faire la différence, alors il faut plonger, sans hésiter. Cela ne s’arrête jamais. 

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