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Le nouvel après-guerre de la ZICO HOUSE

17/06/2021|Julia Mokdad

Dans la grande maison jaune qui surplombe la rue Spears où Zico nous accueille, la plupart des salles sont vides, comme en suspens, et les murs blancs dégagent une odeur de peinture encore fraîche, de renouveau. Dans le salon lumineux qui baigne à l’ombre bleutée des vitraux, seuls les bruits de la rue occupent l’espace et pourtant, on devine dans l’échancrure des portes une présence bien installée. C’est celle de tout le petit monde qui investit tour à tour la maison depuis 1995, dans une danse effrénée. Particuliers dont Marwan Rechmaoui ou encore Lamia Joreige, collectifs d’artistes, associations pour la démocratisation des élections, nombreux sont les esprits qui ont vu naître ici-même leurs idées avant de les concrétiser dans une des salles auparavant vides que Zico leur a alloué. 

 

Car si elle est aujourd’hui un lieu de création et de rencontres artistiques et culturelles qui s’apparente à une institution, la ZICO house est avant tout cette somptueuse et vaste bâtisse construite en 1935 qui compte trop de chambre et un surplus d’espace, que le propriétaire veut combler humainement. « Au début, quelques évènements ont commencé à prendre place dans la maison, de manière assez succincte, des fêtes, des représentations… et peu à peu, j’ai eu envie de faire de ce lieu un théâtre, une galerie, un cinéma, un tout culturel qui sortirait du cadre conventionnel qui obture parfois l’imagination de ces endroits-là » raconte Moustapha Yamouth, l’homme derrière le grand Z. 

 

 

Reconstruire les liens humains

Au début des années 90, lorsque la guerre plie bagage, Zico descelle les portes et tire les rideaux, il faut que la maison respire. La reconstruction est alors en marche dans le pays et Zico imagine un espace à l’intersection entre conception et présentation, loin des sentiers ravagés par l’esprit communautaire. Pour lui, la culture est une entreprise qui appelle plusieurs cerveaux à œuvrer ensemble le jour, comme la nuit, ce pourquoi les collectifs et organisations, pluriels, déchargent peu à peu leurs mallettes sur les différents étages pour devenir aussitôt des entités à part entière. « Au premier étage, il y a ardi ardak, une initiative qui combat la précarité alimentaire. Sur le palier du deuxième étage, vous retrouverez la cuisine centrale de Food Heritage, au troisième étage l’association Madad s’est installée et sur le toit, juste à côté du potager, les studios Laban travaillent leur performances théâtrales ». 

 

Cette gestion parcellaire, c’est ce qui a permis à la maison - habitée à l’époque des collectifs Kahraba et Mansion - de « travailler seule » durant ces trois dernières années, quand Zico a décidé de se retirer. « Je n’étais plus certain de saisir l’utilité de mon travail, et étant dans le milieu depuis 25 ans, je me sentais humilié de devoir mendier des aides financières au-même titre que ces jeunes artistes. C’était une course à l’argent où nous nous faisions face sans le vouloir, alors que nos existences mutuelles dépendaient de la survie de chacun » explique le directeur artistique, perplexe. Mais les multiples chamboulements qui bousculent le pays l’ont poussé à se remettre en selle. Avec l’aide d’une bourse de vingt mille dollars alloués par l’AFAC (Arab Funds For Arts and Culture) et el Mawred, l’ancien marionnettiste, commence tout juste la rénovation de ce lieu de 1000 m2 esquinté de n’être pas entretenu. Donner ces coups de pinceaux et démêler l’écheveau de la création en temps de crise, c’est redonner aussi à la villa son cachet, et l’espoir féroce qu’elle arborait en 1999 quand Beyrouth fut proclamée capitale culturelle du monde arabe. Pour reconstruire l’avenir, sans les murs. 

 

Des points pour recoller un pays en morceaux 

Si la grande porte d’entrée en fer est toujours ouverte, c’est aussi pour que les projets des artistes, tels que Mawsam ou encore Beirut Street Festival, puissent sortir et battre la campagne libanaise. « Nous avons l’humilité de savoir qu’il faut aller vers les autres, et la maison n’a pas la prétention de penser qu’elle est la plaque tournante de la scène culturelle » confesse celui qui a planté ses points d’ancrage un peu partout dans le pays, effrayant parfois ceux qui avisent la culture au détour d’un village et la prennent pour une arme. « La culture fait peur, car elle est insoumise et symbole d’ouverture. Mais jusqu’à preuve du contraire, tout le Liban est encore à moi » affirme Zico. « Et si un groupe ou un parti en réclame un jour un morceau, qu’il ramène alors la preuve légale de sa possession, mais pour l’instant, nous continuerons à arpenter les quartiers de notre pays avec nos artistes, nos musiciens et nos troupes de théâtre de rue ». De quoi répandre l’utopie de la rue Spears jusqu’aux sillons anonymes du Liban. 

 

 

 

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