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La révolution pacifique d’Azza Abo Rebieh

09/09/2022|Randa Sadaka

Diplômée en gravure de l’Institut des Beaux-arts à l’Université de Damas, Azza Abo Rebieh connaît ses premiers succès ; son projet de fin d’études est primé au concours de gravure du Musée Ostrobothnien en Finlande. Le British Museum acquiert trois de ses ouvrages: «The Boot», «Accused of Homosexuality» et «Still Singing». L’avenir prometteur s’assombrit progressivement avec le violent développement politique touchant son pays. Il n’épargnera aucun pan de la société. 

 

En quoi le créateur constitue-t-il donc une menace à l’ordre public ? Il est légitime de se poser par la question puisque le travail de notre interlocutrice se distingue par un langage esthétique et un discours argumentatif implicite. Les intégristes ont hélas le vent en poupe, la récente tentative d’assassinat de Salman Rushdie sur le sol américain l’illustre bien tristement. 

 

Concrètement, la jeune femme emploie les plaques encrées sur divers supports. Il s’agit d’imaginer un relief en insistant plus ou moins dessus. La gravure, également appelée eau-forte, nécessite de s’exercer sur des socles différents tels que le bois et le métal. Utilisée à l’origine par les orfèvres du Moyen Âge, cette technique sert pour l’impression sur papier depuis le XVe siècle. Il s’agit d’éditer une image par un procédé de taille indirecte réalisé par la morsure de l’acide sur le métal. L’aquafortiste dessine avec une pointe. Son geste creuse et dégage les traits. Immergé dans le bain, le support est attaqué par l’élément mordant. Cette étape libère le métal du vernis qui l’enrobe, permettant ainsi l’encrage et l’impression. Les estampes majoritairement monochromes livrent des interdits. Les graffitis signés Azza Abo Rebieh le sont tout autant. Le pinceau de l’activiste devient vite son instrument de prédilection, le bras armé à partir duquel elle peint, grave, dessine, s’exprime et dit le monde, malgré la censure.

 

Militante contre le pouvoir syrien, sa clandestinité ne la protège pas. Emprisonnée en 2015 en raison de sa production qualifiée de dissidente, l’activiste sculpte des poupées tirées des fils de couvertures et croque ses codétenues sur le papier dès qu’elle obtient un crayon. Sacrifiée comme nombre de ses collègues durant la violente répression des «Printemps arabes» persécutant spécifiquement les acteurs culturels, Azza incarne plus qu’un symbole de déracinement. Elle est l’exemple du courage de se réinventer ailleurs, autrement, dans un Proche-Orient sans bouclier démocratique. Il faut certainement de remarquables aptitudes d’adaptation afin de constituer les conditions d’un nouvel environnement sécurisé. 

 

Vivant à Beyrouth depuis 2017, elle développe sa création loin des services de renseignements et du régime syrien tout en poursuivant son témoignage de l’oppression au fil de ses nombreuses expositions. Ses résidences d’artistes se multiplient à l’étranger. Sa dernière manifestation individuelle se tient au Liban en juillet 2022 sous le titre ‘Yearning’ à la galerie Saleh Barakat. L’accrochage converse avec l’installation de son alter ego Nelsy Massoud présentant ‘Metamorphosis’ et explore précisément la thématique jumelle : le papillon. Les aquarelles y côtoient les estampes et les croquiscomposant l’univers imaginaire de la créatrice. La technique du tulle se dévoile en exclusivité dans vingt-deux formats uniques et féeriques. Après trois années intenses de pratique, la plasticienne joue sur la transparence et la couleur du matériau grâce à l’addition de dégradés. Ne cherchez pas le crayon, ici le fil esquisse le trait, dessine les contours et le profil recherché dans un jeu de textures et de superposition des couches tendant vers le rendu souhaité. Le textile fin devient art. L’effet général reflète sans aucun doute une époque de grands bouleversements régionaux. L’esthétique de l’artiste entre l’ici et l’ailleurs, le visible et l’invisible, prouve si besoin était qu’elle voit au-delà des murs. Azza Abou Rebieh est un être autonome et doux dont l’intelligence nargue admirablement les frontières.

 

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