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La mère patrie de Tom Young serait-elle le Liban?

23/11/2022

D’origine britannique, Tom Young a choisi de s’établir à Beyrouth depuis 2009. Architecte de formation, il puise dans la mémoire de notre ville pour y dépicter son histoire et son passé. C’est à travers ces espaces publics, parfois délabrés ou pleins d’émotions vives, qu’il trouve des réponses à toutes ces questions insensées sur le moment présent et les conflits actuels. Il expose d’ailleurs souvent son art dans des sites spécifiques, préalablement abandonnés ou endommagés, pour y faire revivre un souffle de vie nouveau.

 

Ses projets uniques en leurs genres ont vu le jour dans des espaces mythiques comme la Villa Paradiso (2013-2017), La Maison Rose (2014-2015), Dar al-Aytam (2016 -2017), Beit Boustani (2017-2018), Le Grand Hôtel de Sofar (2018-2019), la Rayak Train Factory (2019) et l’exposition en cours au Hammam al-Jadeed à Saïda (2020-2022).

 

C’est à Beit Beirut et dans le cadre de la fête de l’indépendance qu’il inaugure sa nouvelle exposition en solo de 84 toiles, intitulée Motherland, en collaboration avec le syndicat des guides touristiques. Il y met en peinture une série de différents moments récents de l’histoire du Liban.

Ce n’est pas nécessairement une chronologie historique, mais une déclaration dramatique qui met en scène un contraste entre une vision idéaliste du pays, les circonstances chaotiques par lesquelles le Liban est passé durant le XXe siècle, et les multiples crises actuelles. Ce qui saute aux yeux dans cette exposition est le contraste entre le négatif et le positif. C’est en effet un paradoxe d’oppositions qui rend le Liban si particulier. Le cèdre, symbole mythique du Liban, et les montagnes enneigées (dont le nom Mont Liban provient), transcendent les défis du citoyen qui continue à avoir la foi et l’espoir en de jours meilleurs.

On commence le parcours avec les peintures qui mettent en relief les difficultés survenues en 1943 pour atteindre l’état d’indépendance, ces troubles sollicités par la colonisation et l’influence de la France et du Royaume-Uni. Young a travaillé durant plusieurs mois dans la résidence qui fut celle du général Spears, à Zarif, Beyrouth. Ceci l’a aidé émotionnellement dans sa progression artistique personnelle. Il y a trouvé également une connexion familiale: son cousin le colonel Isham fut le conseiller militaire du général Spears durant les moments forts de la crise de l’indépendance à Beyrouth en 1943. Une série de peintures en noir et blanc, d’une technique rare, comme des photographies d’époque, relate cette période.

Durant ses recherches, Tom Young a été inspiré par le rôle des femmes, particulièrement celui de Lady Spears, poète, peintre, infirmière et activiste pour les droits de la femme, ou encore celui de Zalfa Chamoun qui a été la cheftaine de la marche de trois jours des femmes, à travers Beyrouth, demandant la liberté et l’indépendance. Un mur de portraits de figures de notables, ayant joué un rôle dans l’indépendance, y sont exposés. La touche de pinceau de Tom Young y dépose une marque personnelle et émotionnelle. Ces portraits prennent vie.

Par rapport aux multiples crises actuelles, l’artiste, qui est résident à Beyrouth depuis treize ans, a vécu tous les drames, dont la crise économique et l’explosion du port qui a gravement endommagé son atelier et sa maison. Il s’est complètement investi à la reconstruction en y mettant sa passion pour l’art et le Liban. La mort soudaine de sa mère alors qu’il n’avait que dix ans est pour lui une identification personnelle avec ce pays qui a expérimenté tant de souffrances et de pertes.

 

 

Dans une seconde étape de l’exposition, on admire des toiles illustrant nos crises actuelles, dont la révolution de 2019, la démolition de la ville de Beyrouth et le travail de tous les jeunes qui ont œuvré pour le nettoyage de la ville après l’explosion. Des effets de clair-obscur, de flou où la semi-abstraction est valorisée par l’utilisation de la spatule, donnent un rendu qui suggère une ambiance lourde, celle des crises et des troubles. On peut y voir également les traces de cicatrices sur les murs démolis et un semblant de survie dans les rues de Gemmayzé. D’où l’espoir et la reconstruction avec des éclats lumineux.

La troisième partie de l’exposition est une illustration de la crise économique qui frappe le pays, à travers de faux billets de banque réalisés par l’artiste: les lollars. Il y peint les files interminables devant les stations d’essence, les poubelles éventrées dans les rues de Beyrouth, la chaleur des nuits obscures passées à la lueur des bougies. Le billet de 100 lollars est par exemple une peinture de l’explosion du port. La production de cette série de billets, peints initialement sur de petites toiles, a été faite en collaboration avec Léo Burnett pour la Lebanese Transparency Association.

C’est dans un retour vers la nature et la beauté de nos montagnes libanaises que le parcours de l’exposition prend fin. Une série de cèdres du Liban y est exposée, dont un, de taille gigantesque, trônant au centre des palettes de l’artiste. Beaucoup de couleurs et de lumière, beaucoup d’espoir et de beauté dans ces toiles. C’est inéluctablement une manière de ressentir cet amour pour le pays, comme rares pourraient le faire.

Tom Young, qui combine la peinture avec le cinéma, l’architecture, la recherche des archives et la thérapie artistique pour les enfants, a peint et exposé son art à travers l’Europe, l’Amérique, l’Afrique et l’Asie. C’est par ailleurs au Liban qu’il demeure. Et c’est cet amour patriotique et passionnel qu’il dispense à travers son art qui fait de lui un artiste hors du commun. Il est plus libanais que les Libanais. Tom Young est notre fierté nationale.

 

Motherland de Tom Young
à Beit Beirut jusqu’au 30 novembre 2022

 

Par Zeina Nader 

Cet article a été originalement publié sur le site de Ici Beyrouth

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