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Chaouki Chamoun expose à la galerie Mark Hachem

20/02/2024

Les couleurs et les formes éclatent-elles? Correspondent-elles à l’esprit d’un lancer de dé, à l’habileté d’une tension de main, à l’inconscience d’un pinceau, ou au rythme rebelle d’un soufi en déroute?

 

Deviennent-elles une peinture qui acquiesce et fait de l’œil à une foule, à des gens, à une révolte pour la liberté?

 

L’exposition solo de Chaouki Chamoun à la galerie Mark Hachem débutera le 22 février et se terminera le 9 mars 2024; la collection comprend 42 œuvres d’acrylique sur papier et une fresque (20 m × 60 cm). Il est indéniable que cette exposition captive le regard du spectateur, tous ses sens et ses interprétations savoureuses jusqu’à ce que l’imagination entre dans la danse. De plus, elle me libère, moi, le destinataire et le témoin, pour un dialogue sur un ton artistique avec une liberté d’expression qui égale, sinon dépasse, la liberté de ceux qui ont pris les rues, exprimant un désir sauvage pour un temps et un lieu qui mettent le Liban, ses jeunes générations et ses forces vives sur la route menant au pays de la création, de l’amour, de l’émancipation et de la liberté.

 

Ces couleurs et formes fleurissent, grandissent et se multiplient. Elles vont loin dans l’écrasement du prévisible et du commun tout en atteignant le point culminant de leur absurdité formelle.

 

Mais encore – et là est leur secret –, ces couleurs et formes, en raison de leur surréalisme et abstraction excessifs, s’accrochent fermement aux rênes de la construction technique et de ses directives, soumettant ces rênes d’une manière qui les transforme en ce qui est le plus semblable au réalisme magique dans un roman.

Ici, sur les surfaces de ces peintures, je vois les foules, tout comme je vois les nobles sentiments humains, les rêves qui refusent d’être apprivoisés et les désirs dans leur état le plus sauvage. Je vois également les corps se toucher, fraterniser et harmoniser, dans leurs étreintes, cris et mouvements débridés et sans inhibition, comme s’ils formaient un moment orchestral que nous écoutons avec tous nos sens, esprits et cœurs.

 

Je dirais même que nous écoutons à travers le langage du son, un son qui semble sur le point de jaillir de la profondeur des couleurs et des formes, nous appelant à rejoindre la célébration de la liberté.

 

Par ailleurs, le destinataire, tout en s’engageant dans cet état visuel, est capable de créer une ressemblance entre le pittoresque de la surface de la peinture et une sorte de vol dans le Cosmos Suprême parmi les météorites, étoiles, sphères et planètes.

 

Cette immense fragmentation optique sans fin est loin d’être artificielle ou fausse. C’est  d’un seul coup de pinceau qu’une "explosion" se produit, sanctifiée par sa coloration qui transporte l’un de l’état misérable de la planète Terre à un contre-état.

Me voici, me trouvant presque à dire, devant tant de luminosité créée par ce contre-état, que c’est une ivresse soufie au milieu des couleurs, formes, lignes et rythmes qui créent une texture harmonieuse composée d’une multitude de "contrastes" vitaux et positifs, sans discorde ni dissonance, pas même un peu, probablement parce qu’il s’agit d’une improvisation rapide, instantanée, non capturée, surréaliste, spontanée et inconsciente, conduite par l’esprit subliminal derrière toute capacité de conscience cognitive.

 

Celui qui pense que l’improvisation artistique est une tâche facile à être exécutée par n’importe quel artiste et par ceux qui sous-estiment la "séduction explosive" se trompe. C’est en effet une "séduction", mais elle contient autant de complications, fermentations et compétences imperceptibles qu’elle est spontanée, et aucun imposteur ne peut l’atteindre. Il semblerait que ce soit une "séduction" rusée et trompeuse, mais de l’intérieur, seul un connaisseur est capable de naviguer librement dans ses perceptions cachées.

 

C’est une "séduction" dont les éléments portent leur propre mort, annihilation et évanescence si le navigateur dans son cosmos n’est pas habile, dans son inconscience, à contrôler son contenu et sa logique orchestrale. C’est exactement ce qui rend les "risques" de Chaouki Chamoun dignes de toute cette acclamation. Cette exposition est en effet une célébration théâtrale et artistique visuelle. Elle offre au spectateur destinataire la capacité de défier par l’art la réalité fatale.

 

Avec cette célébration, il doit y avoir un couronnement qui se manifeste dans la danse de toutes les danses, où le corps de forme et de couleur s’élève, au pinacle de l’expression et à l’extase parfaite. En supposant que l’extase soit une condition humaine qui ne peut être atteinte qu’après avoir été libéré des restrictions de la réalité et de l’oppression imposée, l’extase dont il est question ici est l’extase de la couleur et de la forme et le départ des contraintes des limites vers l’illimité.

À mon avis, c’est exactement ce que ces peintures, ou, disons ces scènes, visent à faire, convertir l’acte de soulèvement en un moment éternel dans l’art.

 

Rédigé par Akl Awit

Cet article a été originalement publié sur le site Ici Beyrouth


 

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