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Arlette Khayata : Le “Sound healing” pour mieux déconnecter

21/09/2021|Gisèle Kayata Eid

Il fait bon chez elle. Un sofa confortable, un coussin dans lequel ma tête s’enfonce. Je m’installe bien à l’aise face à une table jonchée d’instruments de musique, de bols de différentes tailles et d’autres que je ne reconnais pas. Elle me propose de fermer les yeux si je le désire. 

Sa voix est calme, réconfortante. En contrôle de son petit bazar, elle prend une flûte et en joue quelques notes. Pas une mélodie, mais des notes qui claironnent doucement… Et puis, ce sont des bruits, des sons, des vibrations qui se succèdent, s’enchevêtrent, autant de perles de cristal, d’échappées en douceur, de rêveries en liberté…

Je rentre dans un état de bien-être comme portée par la musique. Je me love dans son sein et même que je me serai endormie quelques minutes. 

J’ouvre les yeux. Je suis profondément paisible. Comme allégée d’un poids que je ne sentais pas, mais bien là. Je lui souris. Elle aussi. Quelques minutes s’écoulent. Je ne veux pas rompre le charme, mais il faut bien que je tire mon crayon et que je comprenne ce qui s’est passé, que je décortique le mécanisme de ce « bain sonore » si récupérateur.

 

Entre musicothérapie, musicologie, dans quel registre se situe le sound healing ?

Le bain sonore est un volet de la musicothérapie dans laquelle on emploie la voix, le mouvement, la créativité, le texte, le dessin et l’écoute musicale. Tous ces procédés aident le musicothérapeute à observer, repérer et rapporter ces données à un psychologue qui traitera les déséquilibres. 

 

Quel est le but du bain sonore ?

Ce qu’on appelle « sound healing » est un moment de bien-être à l’écoute des vibrations. Il tend à rééquilibrer les forces intérieures en les libérant des vibrations négatives et des nuisances du quotidien. Comme le bain de mer nous porte et nous soulage, le bain sonore nous débarrasse des ondes négatives accumulées pour ne libérer que des ondes pures, bienfaitrices. C’est comme si on jette sa carcasse de stress pour en ressortir comme neuf, lavés et frais. Le bain sonore libère les tensions, rééquilibre nos émotions. C’est le moyen le plus efficace pour se vider la tête.Parfois on a des déséquilibres importants qui nous empêchent de voir clair, on n’arrive pas à les gérer, à les libérer. Cela peut être des décisions importantes à prendre et qu’on est incapable d’affronter parce qu’on a trop de pression. Après des séances de bain sonore, les idées deviennent plus précises et nos décisions plus saines. 

 

Comment se déroule la séance ? 

Je commence en général par un instrument à vent.  Il est brut. Il emporte. Ensuite je fais une déconnexion par des sons incongrus, on se demande ce que c’est, cela aide à « débrancher », comme par exemple le bâton de pluie. Ce sont des sons qui déferlent comme de la pluie. Je peux employer des cloches, le xylophone, des sons cristallins, qui transportent, etc. Pas de sons habituels de la vie quotidienne, mais ceux qui préparent aux bols tibétains, le clou de la séance.

 

Quelle est l’importance des bols tibétains ?

Ils exploitent les fréquences et émettent des vibrations. Or tout dans l’univers est vibration. Le bol tibétain lui a une vibration élaborée, recherchée, comme une spirale qui nous prendrait de plus en plus intensément et qui nous emporte ailleurs. Il y en a qui ont des sons aigus, d’autres plus graves. Ils peuvent être plus gros, plus épais, en cristal ou au contraire très lourds; ou être composés d’un de ces sept métaux : l’argent, le cuivre, l’étain, le fer, le mercure, l’or, le plomb.  La technique consiste à faire durer leur résonnance qui devient imposante et qui remplit l’espace. C’est comme le « Om… », que les adeptes du yoga connaissent, qu’on essaye de maintenir le plus longtemps possible.  Il est considéré comme le son de la création.

 

Cela pourrait-il s’apparenter à l’hypnose ?

Non… Le bain sonore agit sur les ondes du cerveau qui, dans un état normal, émet des ondes bêta. En période de médiation ou de calme profond, il produit des ondes alpha. En demi-sommeil, ou d’endormissement, en méditation profonde, le cerveau produit alors des ondes tethâ qui ont un effet sur le cerveau. On est plongé alors dans un bain de fréquences méditatives…

 

Est-ce vrai qu’il y a des musiques qui induisent le sommeil ?

C’est vrai, il y a celle qui reproduit la fréquence méditative, la 528 Hz qui n’est pas seulement un mythe, mais bien une onde qui permet de déconnecter, d’être bien avec soi-même et donc de rentrer dans le sommeil.  Chaque note, chaque fréquence a une vibration et chaque vibration a un effet sur nous. Elle entre en osmose avec les vibrations de notre cœur et avec l’eau de notre corps qui vibre avec ces sons.  Dans ma vie de musicienne, j’ai toujours aimé le mi. Le son de la note mi, sans savoir pourquoi.  J’ai découvert, plus tard, que la note « mi » a une fréquence qui guérit. 

 

Ne pouvons-nous pas obtenir cette relaxation par exemple en jouant du piano ou en chantant ?

Cela détend. Mais dans un bain sonore, il y a une énergie qui passe entre le musicien et son « patient ». C’est comme un cadeau. Durant la séance, je sais à un moment donné si la personne se laisse aller ou non. Je varie alors mes exercices. Je laisse par exemple le bâton de pluie plus longtemps. J’observe la personne, je la sens, je vis un peu ce qu’elle vit. Je perçois de sa respiration si elle est détendue ou réfractaire. Je la porte. Je la repose avec des sons dont je sais la portée sur l’humeur, l’énergie, la relaxation… Je dois arriver à ce qu’elle se laisse aller. 

 

Est-ce qu’il y a des gens avec qui ça ne marche pas ? 

Ça arrive. Surtout avec les personnes trop cérébrales ou celles qui ont une vie très austère. J’ai reçu quelqu’un qui avait eu déjà une séance très agressive. On lui avait utilisé le gong et des sons violents. Il en est resté assez longtemps sur ses gardes.  J’en ai eu une autre qui a tellement bien vécu l’expérience, qui s’est tellement laissée aller, elle était si bien, qu’elle ne voulait plus retourner au travail. Elle ne voulait plus sortir de son état. 

 

Comment faire pour profiter de la séance ?

Quand on vient pour comprendre ce qui se passe, on résiste. Il ne faut pas avoir une attitude de rejet.  Il faut vivre l’expérience. Accepter de faire confiance à la personne qui vous prend en charge pour vous libérer. Par ailleurs, s’il y a une part de réceptivité, il y a aussi et surtout la façon de procéder. La sensibilité de celui qui opère. Avant un bain sonore, je me prépare moi-même, je rentre en moi-même… Et une fois que j’ai terminé, j’ai moi-même un sentiment de paix. 

 

Faut-il être musicien pour donner ces séances ?

Oui. Pour la sensibilité accrue, le ressenti plus fort, la créativité, un meilleur choix des sons… Avec un spécialiste de bains sonores on aboutit plus vite. Chaque séance fait découvrir une partie de soi, et rien que par le biais des sons. On en ressort en paix avec soi-même et avec les autres. C’est magique. 

 

Propos recueillis par Gisèle Kayata Eid

 

Professeur de musique à l'International College, Arlette Khayata est diplômée de l’atelier de musicothérapie de Bordeaux-Liban. Outre les séances de bain sonore, elle sa propre chorale, donne des cours privés de piano et de chant. Elle fait partie d’une association américaine AMIS (American Music International School) qui organise des festivals de chorale partout dans le monde et a suivi des formations à l’Université de Mozart à Salzbourg, à Paris et au Liban pour la technique Dacroze et Orf. 

Pour info, contacter 03-536158.

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