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‘Haytham, une jeunesse syrienne’*, la BD de Nicolas Hénin qui véhicule un message d’espoir…

06/04/2019|Bélinda Ibrahim

 

Ancien journaliste et otage de Daech, Nicolas Hénin, n’en est pas moins sorti grandi par son épreuve. Il est actuellement consultant et formateur en contre-terrorisme et radicalisation. Quelques mois après sa libération, son ouvrage ‘Jihad Academy’, publié par Fayard a fait la une des ventes et a été traduit en plusieurs langues. Il y raconte, avec une rare lucidité, la grande force de propagande qu’est cet agglomérat idéologique. Très concerné par la tragédie du peuple syrien, il a publié dernièrement une BD chez Dargaud qui raconte la vie d’un jeune homme syrien, et à travers lui, les débuts de ce printemps syrien qui s’est mué en un hiver sanglant. Entretien.


Vous aviez écrit un livre pour (vos) enfants dont la perspective vous avait aidé à mieux supporter votre enlèvement et votre détention de juin 2013 jusqu’en avril 2014 par Daech avant d’être relâché, avec trois autres otages français. Pourquoi avoir choisi une BD cette fois-ci ? Et à quel public vous adressez-vous ?
En matière de livre, j’apprécie l’éclectisme. C’est la continuation de l’immense liberté dont je jouissais lorsque j’étais journaliste indépendant, travaillant pour plusieurs médias. J’ai varié les supports : presse écrite, radio, télévision- mais aussi les formats : depuis le « papier » très bref pour la matinale de France info, où l’on doit donner l’information essentielle en 40 secondes, jusqu’au documentaire en deux épisodes pour Arte Thema, en passant par la presse quotidienne ou magazine, c’est toujours une immense satisfaction que de pouvoir varier les formes. Il en est de même en édition : ne pas s’enfermer dans un format. Varier les supports. Pour Haytham, le format BD m’a tout de suite convaincu, d’abord parce qu’il donne à voir. Cela permet une grosse économie de mots et permet d’épargner au lecteur de longues descriptions pour se concentrer sur l’essentiel. La BD est aussi particulièrement accessible. Elle permet de toucher un public qui ne lit pas forcément beaucoup parce que le livre traditionnel, tout épais et plein de mots, peut effrayer au premier abord. Un jeune enfant comme quelqu’un qui ne lirait pas très bien (ou ne lirait pas très bien le français) peut se plonger dans cet album et en saisir le message. Cette accessibilité est primordiale. Mais elle ne se fait pas aux dépens de la qualité et de la rigueur du contenu.

Quel message souhaitez-vous véhiculer à travers ‘Haytham, une jeunesse syrienne’ ?
Il y en a principalement deux. D’une part, rappeler les origines pacifiques et spontanées de la révolution. Il ne s’agit pas de nier son évolution ultérieure qui a été extrêmement violente ni les différentes interférences extérieures qui sont venues contaminer cette révolution et la diviser, mais on assiste à un flux de désinformation, au sujet de cette révolution et sur ses origines, qui vise à la disqualifier. Ceci est insupportable et doit être contré par du récit historique, en l’occurrence un témoignage, comme celui de ce récit. L’autre message, c’est de montrer qu’il y a des histoires de migrants qui finissent bien. Trop souvent, le réfugié est dénigré, nié dans son humanité ou la sincérité de sa démarche. Encore une fois, il ne s’agit pas d’idéaliser la réalité, mais de montrer avec un cas réel comment un réfugié arrive en France, doit certes se battre pour y faire sa place, est bien sûr confronté à du racisme et des préjugés, mais va aussi bénéficier de mains tendues qui, s’il sait les attraper, lui permettront de réussir.

Pourquoi avoir choisi l’illustrateur Kyungeun Park pour illustrer votre récit ? 
Parce qu’il connaît en partie le parcours de Haytham. Kyungeun vient de Corée du Sud et il est venu en France à 18 ans. Il sait ce que sait que de découvrir la France, et de « devenir Français », alors que l’on a été élevé dans une autre culture. Il est beaucoup plus francophile que beaucoup de patriotes de cartons aigris et racistes ! Kyungeun sait aussi ce que c’est que d’avoir son pays représenté par des illustrateurs négligents, qui vont faire un mélange de paysages chinois et japonais pour recréer une Corée fantasmée. Il voulait qu’un Syrien ne se sente pas trahi, mais reconnaisse chacun de ses dessins, quand bien même Kyungeun n’a travaillé que sur document et n’a jamais mis les pieds en Syrie. Il fallait qu’un habitant de Deraa reconnaisse l’endroit précis qui est représenté. Il a fait un vrai travail de documentaire pour renforcer la puissance du récit. C’est aussi la raison du noir et blanc, qui renvoie aux racines de la photo de reportage. C’est la couleur du documentaire.

L’histoire de Haytham connaît un 'happy ending' qui est loin d’être le cas de la majorité de la jeunesse syrienne. Pourquoi avoir choisi cette histoire qui finit bien ?
(Rires) Cette fin, ce n’est pas moi qui l’a choisie, mais Haytham qui l’a réussie ! Bien sûr qu’il y a un parti pris. J’aurais pu choisir un héros terroriste qui finit par se faire sauter à Paris. Mais ce n’est pas tordre la réalité que de faire le choix, tout en montrant dans le livre de réelles difficultés ou de vrais problèmes, que d’opter pour une histoire positive Les journaux sont pleins d’informations tragiques ou inquiétantes. On peut aussi les aborder tout en montrant que toutes les histoires ne finissent pas mal.

Avez-vous un nouveau projet de BD en cours ? Si oui, quel en serait le thème ?
Je n’ai pas de projet en cours, mais j’aimerais beaucoup trouver un revenant du djihad en Syrie qui accepterait de raconter son parcours, ce qui l’a poussé à partir, sa vie sur place puis son retour, son emprisonnement et son désengagement. Cela aurait un impact pédagogique essentiel.

* Illustré par Kyungeun Park


 

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