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Stéphane Olivié Bisson seul en scène dans 'Les Carnets d’Albert Camus’ : une pièce inédite, captivante

06/02/2019|Nelly Helou

Seul sur les planches Stéphane Olivié Bisson fait revivre les Carnets d’Albert Camus qu’il a adapté, et mis en scène. ‘‘Fascinant, exceptionnel, touchant’’ relevait la critique suite à la présentation du spectacle durant un mois au festival d’Avignon de cet été, avec grand succès. Aujourd’hui, sous la houlette de Josyane Boulos et de 62 Events la pièce se joue à Beyrouth les 8, 9 et 10 février à 20h30 au Théâtre du Boulevard (Boulevard Camille Chamoun), et ne manquera pas de captiver les spectateurs. Nous avons rencontré Stéphane Olivié Bisson pour parler de la pièce et de son propre parcours théâtral.

‘Les carnets de Camus’ embrassent 24 ans de la vie de ce grand écrivain, de 1935 à 1959. Ils furent publiés à titre posthume entre 1962 et 1989 d’abord par sa femme Francine puis par sa fille Catherine. Comment avez-vous eu l'idée de les présenter en un ‘one man show’ ? 
L'idée de monter ce spectacle est née suite à mon travail de mise en scène sur Caligula avec Bruno Putzulu dans le rôle-titre et qui avait été monté au théâtre de l'Athénée à Paris puis jouée pendant quatre ans en France et dans le monde. Pour préparer la mise en scène de Caligula, j'ai lu tout Albert Camus et j’ai découvert les Carnets. Ils m'ont énormément impressionné car c'est un peu la chambre secrète de ce grand écrivain. Lui qui est quelqu'un d'incroyablement pudique, on le sent vibrant derrière chaque mot. C’est comme si on ouvrait une porte sur l'homme qu'il est, et découvrir à quels points il était seul, blessé, marginalisé, isolé par le milieu culturel et politique français, car il n’était pas né dans une certaine caste sociale et n’était pas du Sérail. Il en souffrait et s’en révoltait. Tout ceci n'apparaissait jamais en public. Il a des propos d'un tranchant incroyable, parfois d'un humour massacrant quand il parle de la vie culturelle parisienne. Il détestait Paris. Puis cette manière qu'il a de se mettre au pied des montagnes qu'on devrait affronter tous et avec lesquels on prend des raccourcis. Lui s’y confronte. Ce qu’il y a aussi de très émouvants dans les carnets sont les aveux, les confidences au plus près de ce que l'homme peut être. Il ne nomme personne sauf sa femme Francine et sur l’amour tel qu'il le vit. Il exprime le déchirement entre l'attachement raisonnable à la compagne de vie et le désir.

Comment avez-vous structuré la pièce ? 
Ces carnets sont constitués de 987 pages sur trois volumes, donc effectivement très difficile à adapter car il s'agit de notes, d’instantanés et sont à la fois un journal intime et un journal de travail. J’avoue que le montage était assez compliqué. Car si vous faites un montage chronologique les thèmes se répètent à l'infini, si le montage est thématique il n'y a pas de dramaturgie. J’ai alors parlé avec Catherine la fille de Camus, avec qui je me suis liée d’amitié depuis Caligula. Et elle a suggérée de structurer le spectacle à partir de la géographie, et des lieux ce qui permettait de progresser et de rassembler les thèmes. Et ce fut mon choix. Je démarre par l'Algérie puis Paris, les voyages : la Grèce, le Brésil, l'Italie qu'il adore, l'Espagne et on aboutit, dans sa maison à Lourmarin, village du Luberon dans le Vaucluse, qu’il avait achetée avec le chèque du Prix Nobel. Il retrouvait dans cette ancienne magnanerie la lumière et les couleurs de son Algérie natale. Mais je ne voulais surtout pas que ce soit un best off ou une espèce de florilège de belles phrases. J’ai demandé à Bruno Putzulu un grand acteur qui connaît bien les rouages du spectacle de me diriger. Je l'avais moi même dirigé dans Caligula. On a inversé les rôles. Le spectacle dure une heure vingt.

Quid de la musique et de la lumière ? 
J'aime que la musique raconte des choses auxquelles on ne pourrait pas accéder sans les créations sonores, qu'elle illustre des moments d’émotions et nous amène ailleurs que ce qui est dit dans le texte. Qu’elle ne soit pas trop bavarde. Je travaille avec un incroyable jazzman napolitain, Éric Capone. 
La lumière elle, structure le temps par d’insensibles transitions qui font qu’on bascule par touches d'un temps à un autre d'un lieu à un autre, comme des réminiscences. Au centre de la scène il y a un grand rectangle de marbre blanc, qui avec le jeu de lumière représente différents lieux. Mon costume est celui de Marcelo Mastroianni dans le rôle de Meursault dans le film l'Etranger de Visconti. C'est le costume d'un employé de bureau à Alger des années quarante. Sur scène il y a quelques éléments : une chaise d'hôpital, car il va se rendre chez sa mère à l’hôpital, un fauteuil de cinéma, une chaise provinciale qui figure dans sa maison à Lourmarin. C’est là que se trouvaient tous ces carnets écrits sur des cahiers d'écolier. Pour les représentations à Beyrouth j’ai introduit une projection d'images sur une toile. Même si je ne suis pas pour les vidéos dans le théâtre, ces réminiscences visuelles peuvent aider le spectateur. 

La pièce passe-t-elle facilement ? Tout le monde n’est pas familier avec Albert Camus et encore moins avec ses Carnets
Ce fut la grande surprise cet été au Festival d’Avignon où j’ai joué cette pièce durant tout le mois d'août au théâtre du Chêne noir. C'est un Camus qu'on n'a jamais porté sur scène. Mais il ne s’agit pas d’un spectacle pour les spécialistes, les aficionados ou les Camusiens. Oui, ces textes sont peu connus mais c’est une rencontre avec l’homme et ce qu’il dit est incroyablement brulant. Il y a par exemple tout un passage sur les personnalités politiques que Camus ne nomme pas. Je suis heureux que ça puisse être dit aussi au Liban. Je pense que les gens y prendront plaisir. D’ailleurs Beyrouth est la deuxième étape après Avignon de la présentation de cette pièce. 
Toutes les questions que Camus évoque dans son carnet et qui se posent à lui ne sont pas des questions d’écrivain mais d'homme dans son siècle et qui occupent tout être humain. C'est pour cela que Camus est universel et son œuvre d’un grand impact. Il formule des choses et des questions qui nous écrasent et qu'on n'arrive pas nécessairement à dire. Lui, les dit clairement. 

Vous êtes tour à tour acteur et metteur en scène Avez-vous des préférences entre le jeu et la mise en scène ? 
Non aucune, c'est vraiment deux choses différentes mais qui en revanche se nourrissent incroyablement l'une de l'autre. Plus on articule les deux régulièrement plus cela profite au metteur en scène comme à l'acteur. Je n'aime pas confondre les deux. 

Et le ‘one man show’ ? 
Dans un ‘one man show’ il y a un vertige. Si le mot ne vient pas vous êtes mort, c'est terrifiant. Mais par ailleurs on rentre dans sa propre nuit et l’on a aussi le temps de faire émerger d'autres émotions qui vous sont plus personnelles. 

Vos projets d’avenir ? 
Après Beyrouth, ‘Les Carnets d’Albert Camus’ seront joués au Lucernaire à Paris puis en tournée en France et à l’étranger. Je m’apprête à mettre en scène ‘L’Amant’ de Pinter avec Manon Kneusé et Clément Vieu, pour le Festival d’Avignon 2019 et que Josiane Boulos co- produit. La pièce sera à Beyrouth en novembre. Je planifie la mise en scène de ‘La Mort Heureuse’ d’ Albert Camus avec l’acteur allemand Richard Sammel en collaboration avec le chorégraphe Thierry Thieu Niang, ainsi que mon texte ‘MAX’ avec l’acteur Jérémy Lopez de la Comédie Française. 

Vous parlez de Camus avec émotion comme s’il y avait entre vous des liens invisibles ? 
C'est la première fois que j'ai une rencontre avec un auteur où j’ai l’impression de fréquenter un très grand ami invisible. J'ai développé à son égard une affection, une tendresse, il m'émeut profondément pour mille raisons. Je n'ai jamais connu un auteur à ce point présent, vibrant dans ses phrases et accessible. Il y a beaucoup d'auteurs qui se cachent qui portent des masques et qui même jouent à l'écrivain et se servent de l'écriture, alors que lui comme il le dit dans les carnets : “Il me faut écrire comme il me faut nager" j'écris parce que mon corps l'exige". Il a une croyance naïve presque enfantine dans les pouvoirs magiques de l'écriture. Et je trouve ça incroyablement émouvant. Tant d’autres éléments et des résonnances de ma propre vie ont créé ce lien invisible avec Camus.

Du Liban, vous en parlez toujours avec beaucoup d'émotions. D'où vient cet attachement ? 
Je suis déjà venu plusieurs fois au Liban. La première en 1998 pour présenter au Théâtre de Beyrouth la pièce de Jean Genet ‘Quatre heures à Chatila’. Je suis revenu donner cette pièce avec une excellente actrice libanaise Carole Abboud. J’aimerai un jour l'amener jouer en France. Je suis venu pour la pièce ‘Yalla bye’, qui a été joué à Monnot en 2016 produite par Josyane Boulos puis pour Anquetil. Aujourd’hui, je viens pour les Carnets de Camus et je reviendrai pour ‘l’Amant’ de Pinter.
Le Liban est l’un des rares pays où je me sens moi-même jusqu'au bout de moi-même jusqu'au bout de ma phrase. De tels endroits sont rares. C’est le cas de l’Italie, mais pas de l’Espagne pourtant je suis à moitié espagnol. 
Avec le Liban un lien étrange s’est créé que je ne m’explique pas. Durant toute mon enfance il y a eu une présence du Liban obsessionnelle à travers les reportages de la guerre, tous les soirs à la télé. Je voyais des scènes violentes mais il y avait toujours ce soleil incroyable. Et au milieu de tout cela une certaine beauté. Aujourd’hui ce lien avec le pays des Cèdres est fait d'amitiés réelles, de personnes auxquelles je suis attaché, de lieux et d'histoires que j'ai vécues. 

Qui est Stéphane Olivié Bisson
Il est né le 13 février 1969 à Neuilly-sur-Seine. Après des études de Droit et d’Histoire et de longs voyages à travers les Etats-Unis, en Angleterre et tout autour de la Méditerranée, il choisit de s’aventurer au théâtre tout d’abord comme auteur puis en passant le plus régulièrement possible de l’exercice de l’acteur à celui de la mise en scène ‘‘en m’efforçant souligne-t-il de tenter d’éclairer une pratique par l’autre’’.
‘‘Tout a commencé dit-il en 1995 à la Manufacture des Œillets à Ivry avec ma première mise en scène ‘Costa Dorada’ d’après Artaud et Jacques Prevel, puis ma pièce ‘Bedlam’, suivie de ‘Quatre Heures à Chatila’ ‘Sarcelles sur Mer’ de mon père Jean-Pierre Bisson, ‘La Pitié Dangereuse’ de Zweig, puis ‘Yalla Bye !’.
Comme acteur j’ai eu le bonheur et la chance de travailler avec des noms importants du Théâtre dont : Betty Berr pour ‘L’Exécution au Beffroi’ de Noureddine Aba, Magali Léris pour ‘LITTORAL’ de Wajdi Mouawad, Marc Lesage pour ‘Un bon Moment de solitude’ que j’avais écrit, Joel Dragutin pour ‘Grande Vacance’, Claudia Stavisky pour ‘Chatte sur un toit brûlant’ de Tennessee Williams et bien d’autres’’.

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