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Lara Tabet : Scènes de crimes à Beyrouth

26/01/2019|HUGO LAUTISSIER

Dans sa dernière exposition ‘Underbelly’, la photographe Lara Tabet imagine le parcours nocturne d'un serial killer à Beyrouth. A travers des photos-tableaux impressionnantes réalisées à la chambre photographique, elle questionne le lien entre la violence de la ville et celle faite aux femmes.


Votre dernière exposition s'inspire du livre de Roberto Bolano, ‘2666’, qui traite de l'assassinat en série de femmes, au Mexique. Comment avez-vous découvert l’œuvre de Bolano et qu'est-ce qui vous a donné envie de vous en inspirer dans un cadre photographique ?
J'ai découvert Bolano avec ‘Les détectives sauvages’. J'ai tout de suite accroché avec ce mélange de polar et de méta poésie. J'ai ensuite lu son livre le plus connu ‘2666’ et sa partie sur les meurtres de femmes à Santa Teresa au Mexique. Il y a une rencontre entre la science, l'investigation avec une accumulation de comptes rendus d'autopsie très froids, très systématiques et en même temps une approche mystique ainsi qu'un développement sur le mal inhérent à la cité. C'est ce qui m'a décidé.

Justement, en quoi la transposition de cette histoire à Beyrouth vous a t-elle semblé bienvenue ?
Bolano parle beaucoup des corps dans '2666', de la façon dont ils sont rejetés par la ville. J'avais envie de montrer Beyrouth sous cet angle, de photographier cette ville la nuit dans ses espaces qui hésitent entre le public et le privé comme les friches industrielles ou le port. Beyrouth est une ville qui bloque son accès à ses citoyens. C'est une ville de frontières, à l'expansion très rapide où ce qui est intra et extra muros n'est pas clairement défini.

D'ailleurs, vous avez eu des problèmes avec les autorités pendant vos séances de shooting...
Oui. Quand on est photographe au Liban, on sait qu'on risque de croiser régulièrement la police ou des membres de la sécurité privée. Moi j'accumulais les risques, je photographiais de nuit, dans des chantiers avec une chambre photographique imposante.

Le fait divers c'est un genre photographique en soi avec des grands noms comme Weegee aux Etats-Unis dans les années 20 ou Enrique Metinides plus récemment. Est-ce que ce sont des photographes qui vous parlent ou vous êtes allée chercher votre inspiration ailleurs ?
J'ai utilisé le même appareil photo dont se servait Weegee à l'époque, avec une approche complètement différente. Il faisait des photos sensationnalistes, piratait les fréquences radio de la police pour arriver sur les scènes de crime avant tout le monde. Je me suis plutôt inspirée de l'approche de Jeff Wall, de ses mises en scènes à la chambre photographique. Je voulais faire des photos-tableaux.

L'exposition juxtapose ces photos grands formats avec des reproductions de vues au microscope de fluides corporels. C'est votre côté médecin qui s'exprime ?
Oui sans doute, j'exerce toujours la médecine pathologique. Dans l'exposition il y a aussi des photos de forensic, qui sont les photographies d'indices prélevées sur les scènes de crime au flash utilisées dans la crimino-balistique. J'ai photographié ces détails de la ville qui n'ont pas de raison d'être dans une enquête mais qui sont un moyen de faire un lien entre la ville et le spectateur. Je me suis inspirée du livre ‘Evidence’ de Larry Sultan dans lequel il utilise des archives scientifiques et les décontextualise.

Le sujet d' ‘Underbelly’ c'est aussi les femmes. Est ce qu'il y a une dimension féministe au sens large dans cette exposition ?
Dans la plupart de mes séries il y a une vision féministe. Un refus de la binarité et un travail sur l'inversion des stéréotypes de genre, de réappropriation du regard avec une approche parfois subversive comme dans ma série ‘Les roseaux’ dans laquelle je photographie des espaces de rencontres masculins. La subversion repose sur le fait que c'est une femme derrière l'objectif. Avec Underbelly, c'est un peu la même idée : une représentation de la violence faite aux femmes photographiée par une femme. Ici, les corps ne sont pas là pour susciter le désir, ils sont le reflet d'une violence inhérente à la ville qui leur est hostile.
 


 

(Photo : ©Caroline Tabet)
 

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