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‘C’est Beyrouth’ : Un regard contemporain sur la ville à travers ses habitants

29/03/2019|Valentine du Peloux

Du 28 mars au 28 juillet 2019, l’Institut des Cultures d’Islam à Paris propose ‘C’est Beyrouth’, une exposition de photographie curatée par Sabyl Ghoussoub. Entre l’exaltation et la fragilité de cette ville, l’exposition est un hommage à la diversité de ses habitants. Partant de l’été 2006, et la guerre des trente-trois jours, elle s’intéresse à ceux qui font vivre Beyrouth malgré le poids et la multiplication des crises internes : politiques, sociales, migratoires, environnementales ou sanitaires. Loin des clichés de la ville en ruines mais toujours ultra festive, les œuvres offrent un regard inédit sur les personnes qui y vivent. Le visiteur est amené à élargir sa perception de Beyrouth en découvrant des aspects dont on parle moins mais qui font sa réalité.  Son commissaire d’exposition nous en parle. 

Sabyl Ghoussoub, pour la première fois vous vous lancez dans la création d’une exposition. Comment en avez-vous eu l’idée ? 
L’idée de l’exposition est venue d’une obsession pour la ville de Beyrouth. J’ai fait des allers-retours multiples entre Paris et Beyrouth, puis je m’y suis installé, j’y ai vécu un temps. Là-bas, j’ai cumulé de nombreux textes et des photos. À mon retour à Paris, j’ai tout ressorti, et petit à petit, un projet s’est développé. Je l’ai envoyé à l’Institut des Cultures d’Islam, qui souhaitait depuis un moment consacrer une exposition à Beyrouth, et le projet était lancé ! 
L’envie de mieux comprendre Beyrouth aussi m’a poussé à mettre en place cette exposition. Je pense qu’à travers la photographie, l’artiste peut faire passer des messages, montrer des aspects de la vie, certaines réalités beyrouthines que le politique n’arrive pas exprimer. 

Comment s’est faite la sélection des 16 artistes et de leurs œuvres ? 
Au départ, le choix était vraiment esthétique sur des thématiques qui m’intéressaient. Je me suis alors rendu compte que les œuvres qui m’attiraient tournaient presque exclusivement autour des individus qui composent la ville de Beyrouth. 
Une fois alors que ce sujet est sorti, j’ai fait mes recherches pour trouver les photographes. J’ai souhaité qu’ils viennent d’univers différents pour obtenir une réelle confrontation de regards sur la ville. 
Parmi les 16 artistes certains sont libanais, d’autres étrangers. Issus de générations différentes, certains sont connus, d’autres sont des artistes jeunes et émergents, comme Myriam Boulos et Mohamad Abdouni, pour qui ‘C’est Beyrouth’ est la première exposition en France. 

Quels sont les thèmes abordés ? 
Une fois qu’on a eu les séries sur les habitants de Beyrouth, les thématiques sont apparues naturellement : la question du corps, du paraître, était présente. La religion ensuite était partout. La guerre en arrière plan. Enfin la communauté LGBT, les migrants, les travailleurs étrangers et les femmes domestiques sont venus compléter notre thématique des habitants. Ces communautés dont on parle peu et qui n’ont pas la parole au Liban, j’ai voulu les voir exposées et leur donner autant de place qu’aux autres dans cette exposition. 

Quel regard portez-vous, vous-même, sur Beyrouth ? 
J’étais très fâché avec Beyrouth avant et cette exposition m’a, d’une certaine manière, réconcilié avec elle. Comme beaucoup d’artistes, je considère que plein de choses sont à changer ici parce que j’ai surtout envie de voir Beyrouth aller mieux. Et je me pose tous les jours la question d’y retourner, même si à cela mes proches sur place me répondent que je suis fou ! 
Au fond, ce dont je suis certain c’est que je l’aime profondément. Je la trouve incroyable dans tous ses paradoxes. Quand on arrive à Beyrouth et qu’on pense voir quelque chose, elle nous surprend toujours et nous montre l’inverse de ce à quoi on s’attend. 

Comment avez-vous pensé le parcours de l’exposition ? 
L’exposition prend place dans les deux bâtiments qui composent l’Institut des Cultures d’Islam. Rue Léon d’abord, où sont abordés les thématiques de la guerre de juillet 2006, la religion et le corps. Dans le second bâtiment, rue de Stephenson, les minorités et des communautés marginalisées sont exposées. Nous avons également réinvesti, pour la première fois, le hammam de l’Institut avec une installation vidéo du duo Khalil Joreige & Joana Hadjithomas. Enfin, l’exposition se poursuit dans la rue avec l’accrochage d’une immense bâche, œuvre de Renda Mirza, au croisement des deux bâtiments. 

Vous êtes vous-même photographe. En quoi cela a influencé votre travail de commissaire ? 
D’abord, l’œil que je porte sur les photographies, leur sélection et leur accrochage, est différent. Ma relation avec les artistes également. J’étais prêt à entendre leurs attentes et comprendre certaines autres. Disons que j’étais très à l’écoute. L’empathie est plus forte. Je voulais respecter au mieux leurs envies. 
J’ai aimé être de l’autre côté pour une fois. J’ai compris maintenant ce que certains commissaires d’exposition me demandaient, comme par exemple pourquoi problématiser mes séries. 

Outre les photographies, la programmation de l’exposition est très riche. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ? 
En complément de l’exposition, le cycle de films documentaires intitulé “Beyrouth autrement” est à voir. Ces quatre séances, organisées au cinéma Le Lincoln, Paris 8è, sont essentielles pour comprendre la ville aujourd’hui. 
Par ailleurs, l’Institut des Cultures d’Islam prolonge effectivement l’immersion libanaise avec une grande programmation qui comprend des conférences, des spectacles, des concerts, des ateliers jeunes publics, des événements spéciaux pendant le mois du ramadan, etc. 

On vous connait également écrivain, vidéaste et directeur de festival de cinéma. Quels sont vos futurs projets ? 
Un second roman ! Puis un grand projet dont je ne peux pas encore dévoiler la thématique mais qui sera protéiforme, composé à la fois de film, livre et expo.
 

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