Rencontre avec Ogarit Younan

Divers

13/01/2020

L’association CHAML a reçu le "Prix de la prévention des conflits et la Paix au Liban 2019" de la fondation Ghazal, récompensant chaque année une ONG. Cette récompense s’inscrit dans le cours de la  longue carrière de ses fondateurs, Ogarit Younan et Walid Slaiby. Pionniers de la non-violence au Liban et dans la région, initiateurs de la formation interactive au Liban, ils sont reconnus comme des figures de la société́ civile depuis plus de 30 ans. Ils ont à leur actif la création de plusieurs associations et surtout la fondation de l'Académie Universitaire pour la Non-violence et les Droits Humains – AUNOHR. 

A l'occasion de la remise du prix, Ogarit Younan répond aux questions de l'Agenda Culturel. 

Depuis combien de temps l'association Chaml existe- t- elle et quels en sont les buts ?

Je voudrais tout d’abord saluer la Fondation GHAZAL et son président fondateur Michel Ghazal, pour ce lien, actif plutôt que passif, qu’il noue avec son pays, en appuyant chaque année des actions concrètes de paix et de citoyenneté.

CHAML("شمل"، "شباب مواطنون لاعنفيون لاطائفيون"), a été créee au cœur des bouleversements de 2005 qui ont profondément divisé le pays en rassemblant 260 jeunes, à travers des activités dans toutes les mohafazats du pays. Les membres du groupe fondateur viennent de différents horizons mais sans être à la manière ‘confessionnelle folklorique’ car ce n’est absolument pas la philosophie de CHAML. 

En 2008, CHAML obtient le statut officiel d’une association civile conformément à la loi libanaise (Avis No 1040/ Date 10 Septembre 2008). 

 

Les membres du comité de coordination et d’administration de CHAML est composé de professionnels dans l’action civile, de formateurs et formatrices qui sont parmi les senior trainer au Liban. Ils possèdent une qualification spéciale et sont, les premiers au Liban, à détenir un Master en Droits de l’Homme et Non-violence. 

 

De par ses objectifs, CHAML œuvre principalement à contribuer dans les domaines suivants :

  1. Sensibiliser les jeunes étudiants, notamment les adolescents des classes secondaires par un programme annuel dans des écoles publiques et privées dans toutes les régions du pays.
  2. Entreprendre des initiatives de paix et de citoyenneté destinées à résoudre des conflits et des ‘blessures’ profondes dans la société libanaise.
  3. Lutter pour le changement du système confessionnel et des lois injustes.
  4. Appuyer, de par ses expertises, d’autres organisations civiles, au niveau national et régional, dans des projets pour les jeunes, les femmes, l’éducation et les réfugiés.

Lire ICI les exemples d’activités de CHAML. 

 

La révolution du 17 octobre se veut un soulèvement pacifique. Vous attendiez-vous à un tel soulèvement d'une population que l'on croyait “dans le coma” ?

Evidemment, on s’attendait à quelque chose qui dit «ça suffit », mais c’était sans commune mesure avec ce NON massif. D’ailleurs, ce soulèvement est le résultat d’une accumulation de petits ‘non’ graduels. Plutôt qu’un ‘coma’, je préfère dire ‘une colère’ latente longtemps silencieuse, s’exprimant à maintes reprises au travers d’actions, des fois réussies et la plupart des fois non réussie. Le plus important à présent c’est que ‘l’esprit de la révolution’ bâtisse une stratégie professionnelle et bien organisée qui manque toujours mais qui se développe. 

 

Lors de ce soulèvement et à votre avis, quels effets ont eu les formations que vous avez dispensées durant ces dernières années ?

Nous avons vu partout et dans toutes les régions les personnes que nous avons formées ces 30 dernières années. Elles participaient dans l’organisation des groupes, la formation aux moyens d’action non-violentes, l’animation des tentes sur des places publiques, l’élaboration d’alternatives, la coordination entre les groupes, les manifestations courageuses face au rappel à la guerre civile et au ‘style confessionnel des milices’ et là je pourrais notamment citer la manifestation des « mères non-violentes » à Chiyah-Ayn Remmaneh organisée par des activistes de CHAML et des étudiantes d’AUNOHR.  

 

La non-violence peut-elle avoir le dernier mot ?

La non-violence est la seule issue. A travers mes rencontres et discussions sur des places publiques à Beyrouth et Tripoli, même les personnes affirmant qu’il n’y a de révolution « que par le sang » ont changé d’avis, quand ils ont découvert que la non-violence est courage, force et solutions efficaces, contrairement à ce qu’ils ont appris. Cela nous mène à mettre fin à la glorification de la violence, à cultiver l’esprit de la non-violence et diffuser ses exemples concrets.     

 

Concernant votre université, à qui sont ouvertes les portes d’AUNOHR ? 

L’Académie Universitaire pour la Non-violence et les Droits Humains – AUNOHR, unique en son genre au Liban et pionnière au niveau mondial a été fondée officiellement en 2014 et les cours ont débuté en 2015-2016. 

 

AUNOHR fut conçue suivant une philosophie qui traite de l’éducation plutôt que de l’enseignement, où la formation au sein de l’université est une vie en soi, et selon les termes de Comenius « des ateliers Humanistes professionnels ».

 

Nous offrons 9 domaines de spécialisations de niveau Master et Diplôme Universitaire (DU) s’appuyant sur tous les domaines académiques et professionnels, et créant de nouvelles opportunités de travail qualifiées internationalement comme étant « les jobs de ce présent en transition et du futur ». 

 

Les étudiants viennent du Liban et de tous les pays arabes; les trois premières promotions sont de six pays: Syrie, Palestine, Irak y compris Kurdistan, Egypte, Jordanie et Liban.

Les participants ont de 21 à 67 ans, femmes et hommes. 

Comme il s’agit de nouvelles spécialisations dans l’enseignement supérieur, les étudiants-es sont de divers horizons académiques et professionnels: enseignants, directeurs d’écoles, journalistes, avocats, profs d’université, activistes, fondateurs d’associations, médecins, élus municipaux, cadres dans le secteur public, employés de banques, religieux, coordinateurs de campagnes civiles et acteurs politiques, artistes, etc. 

 

En même temps, des dizaines de participants se sont joint à des cours ‘individuels’ à horaires flexibles, et ont reçu des certificats officiels (chaque cours: 3 crédits).

   

Comment tout un chacun peut participer à diffuser des messages de non-violence autour d’eux ?

Le meilleur message ne pourrait être que celui des personnes formées avec nous, et je vous invite à écouter les témoignages des étudiants et qui se sont exprimés à l’unanimité que ce fut un « tournant » dans leur vie personnelle et professionnelle. 

 

https://www.youtube.com/playlist?list=PLBHZJH-zJeEm-mPjNWbJ9DiVTRc9Yon_7

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