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Oxia Palus, une promesse d’avenir pour les vestiges du passé

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22/04/2021|Julia Mokdad

Redonner aux artistes le mérite dont on les a dépouillé, et apporter à l’histoire culturelle, ses couleurs d’antan. Ce défi, qui convoque l’avenir pour consigner le passé, le Libanais Anthony Bourached et l’Anglais George Cann l’ont relevé. Paysage d’une archéologie contemporaine. 

À l’orée du XXème siècle, les artistes incompris ont souvent du mal à faire de leur passion un gagne-pain. Pour ne pas taire ses idées, le peintre espagnol Pablo Picasso opte pour une politique personnelle qui lui permet de créer à l’infini : il réutilise les toiles déjà griffées de ses propres mains. Mais aussi du carpe d’autres artistes. C’est ainsi qu’il créé en 1902, la fameuse « Miséreuse accroupie », inspiré par les lignes dominantes d’un paysage bientôt tu. 

                                                                                                                  

2018. La peinture se craquelle, interpellant le Musée des Beaux-Arts de l’Ontario, au Canada, où le tableau est exposé. Entre les infimes fissures fendant cette femme assoupie recroquevillée sur elle-même, des couleurs atypiques émergent, et une couche sous-jacente, empaillée depuis plus d’un siècle se met à éclore. Imperceptiblement. Revendiquant ses courbes, et légitimant son existence.

 

L’intelligence artificielle, radar des oeuvres perdues

Projetés sur l’oeuvre, les rayons de l’imagerie à fluorescence X - une technique non invasive - dévoilent l’existence cachée des oeuvres sacrifiées. Ils permettent alors d’en profiler les contours afin de les délimiter et de les extraire de l’oeuvre secondaire. Cachée derrière un des premiers portraits de la période bleue de Picasso, c’est un paysage aux couleurs printanières du jardin Laberint d’Horta à Barcelone qui se dessine timidement, les traits encore enchevêtrés rappelant la touche subjective du célèbre Rusinol, peintre paysagiste catalan. 

 

Le duo de l’Université de Londres, qui s’était déjà essayé à cette pratique au travers d’une vingtaine de reconstitutions, y a cette fois lié les apports de l’impression 3D - permettant ainsi une reproduction artistique fidèle aux coups de pinceaux initiaux de l’artiste moderniste. "C'est quelque chose qui n'a jamais été fait auparavant et qui est en fait une approche en instance de brevet pour nous", a déclaré Bourached à Artnet News. "La superposition de cette peinture et de cette encre sur une toile repousse les limites de la technologie d'impression 3D. »

 

Une perquisition fructueuse

Derrières ces fouilles euristiques, un projet aux accents cosmiques et deux neuroscientifiques désireux de déjouer les dimensions. Pour George Cann, spécialisé dans la recherche de la planète rouge, l’analogie avec son travail artistique est confirmée : « Oxia Palus est une région de Mars qui présente un intérêt remarquable pour la recherche d’indices de vie extra-terrestre, notamment au niveau de sa couche sous-jacente » confie-t-il à Artnet News. « En explorant la sphère artistique à la recherche d’un souffle de vie, nous faisons pratiquement la même chose, mais cette fois-ci, sous la surface du tableau ».

 

À la rencontre des passions, le projet semble viable, puisque, éco-responsable ou économique, cette stratégie n’était pas l’exclusivité de l’auteur des Demoiselles d’Avignon. Un constat qui pourrait aujourd’hui amener les deux collègues à penser leur projet sur le long terme. Dans son interview accordée à ArtNet News, Cann se veut optimiste : « Il y a encore potentiellement des milliers de pièces à découvrir dans les années à venir » affirme-t-il à la plateforme internationale. 

 

Pour l’instant, ce sont Anthony et George qui mènent cette danse, avec la manière. Baptisée « Neomaster », le chef-d’oeuvre dupliqué de ses entrailles est enfin sorti du cadre dans une édition spéciale de 100 exemplaires, vendus à la Gallery d’art MORF pour une somme de $11,111.11 l’unité. Chacune liée à un code NFT, elles justifient ce montant par leur lien à la technologie de la blockchain, qui fait flamber les prix du marché de l’art. Mais c’est aussi le chiffre symbolique du prix à payer, pour arracher au temps sa lourde cape en noir et blanc. 

 

Vous pouvez également suivre le projet de George Cann et Anthony Bourached sur les réseaux sociaux : 

https://www.instagram.com/oxia_palus/

https://twitter.com/oxiapalus

 

La miséreuse accroupie, 1902. Crédits: Oxia Palus
Restauration d’une oeuvre perdue par Imagerie à fluorescence X. Crédits : Oxia Palus
 
L'Impression en 3D, utilisée pour le projet Oxia Palus, permet la reproduction fidèle du style d’un artiste. Crédits : Oxia Palus

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