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MA DECLARATION : ALEXANDRE NAJJAR

Actualités

RENCONTRE
11/09/2020

A l’occasion du 100ème anniversaire de la proclamation du Grand Liban et pendant tout le mois de septembre, l’Agenda Culturel va au-devant des acteurs culturels, économiques et du corps médical du pays pour leur demander de partager, un siècle plus tard et, surtout, un mois après l’impitoyable apocalypse qui s’est abattue sur Beyrouth, leur ressenti, leurs sentiments et clamer leur propre déclaration. 

Alexandre Najjar

Avocat et écrivain, responsable du supplément L'Orient littéraire. Il est l'auteur d'une trentaine de livres traduits dans douze langues, dont Le Dictionnaire amoureux du Liban, Le Roman de Beyrouth, Harry et Franz et La Couronne du diable, publiés chez Plon.

 

Quel regard portez-vous sur le centenaire du Liban ?

Nous aurions dû célébrer avec faste le centième anniversaire du Grand-Liban, nous interroger sur les espoirs et les déceptions des Libanais qui n'ont pas su appliquer, hélas, les deux conseils prodigués par le général Gouraud le 1er septembre 1920, à savoir "l'union" et "l'effacement de l'individualisme devant l'intérêt général", mais l'explosion du port de Beyrouth est venue "couronner" ce centenaire de manière dramatique...

 

Comment avez-vous vécu la catastrophe du 4 août ?

J'étais à mon cabinet d'avocat quand la première explosion a fait vibrer l'immeuble. C'était comme un tremblement de terre. Par réflexe, ayant connu des situations comparables pendant la guerre, j'ai bondi hors de mon siège pour m'accroupir dans le couloir. Quelques secondes plus tard, une autre déflagration, épouvantable, a tout détruit. Une baie vitrée s'est écrasée sur le siège où j'étais assis. J'ai failli être découpé en morceaux... Je suis né à Beyrouth, j'y ai passé mon enfance et mon adolescence, je travaille à Beyrouth et j'y vote... Je suis dévasté de voir ma ville natale dévastée, et de savoir que près de 200 concitoyens sont morts et plus de 6000 blessés...

 

Considérez-vous que le Liban peut devenir une véritable nation ?

L'accouchement du Liban a été difficile car il a fait cohabiter 18 communautés religieuses autour d'un même projet. Le voisinage avec la Syrie et les conflits avec Israël, de même que la question des réfugiés palestiniens puis syriens, ont compliqué la donne. Le problème majeur à mon avis est l'allégeance du Libanais à sa communauté religieuse qui prime son appartenance nationale et le rend tributaire d'un pays étranger qui, pour des raisons religieuses et/ou stratégiques, soutient sa communauté. C'est aussi l'hégémonie d'un parti armé qui fausse le jeu démocratique et met le pays au ban des nations arabes et de l'Occident. Dans ces conditions, et tant qu'on n'aura pas changé les mentalités pour construire une véritable citoyenneté, imposé un Etat laïc et désarmé les partis au profit de l'armée, le Liban ne pourra pas devenir une nation. 

 

Le Liban est-il votre patrie définitive ?

C'est ma terre natale, mon ADN. On ne choisit pas sa patrie, elle est en nous, fatalement et irrévocablement.

 

En ces jours historiques, quelle serait votre propre « Déclaration pour le Liban »  

Je revendique la liberté de mon pays, sans laquelle il perdrait sa raison d'être, son indépendance à l'égard de l'étranger, sa neutralité qui ne signifie pas son dédain des causes humaines justes ; je réclame le désarmement des partis, le départ immédiat de la classe politique corrompue qui l'a ruiné et conduit au désastre, et l'arrivée au pouvoir d'une génération capable, déterminée à bâtir un véritable Etat de droit; je désire une loi électorale équitable qui donnerait la parole aux jeunes (à partir de 18 ans) et ouvrirait la voie aux acteurs de la société civile ; j'exige que justice soit faite dans l'enquête sur l'explosion du port, abstraction faite de toute "raison d'Etat", car nous devons la vérité aux victimes, et que tout l'argent volé par nos dirigeants soit restitué de gré ou de force ; je souhaite la mise en place d'un nouveau "plan Marshall" pour redresser notre économie et nos finances ; je reste convaincu que notre culture est l'oxygène qui assure notre survie : la culture n'est pas un luxe, c'est une nécessité absolue.

 

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