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Les arts et la culture au Liban : Arts visuels

Initiatives culturelles

ART
28/03/2022|Emma Moschkowitz

L’Agenda Culturel a le plaisir de partager avec vous sa nouvelle publication “Les Arts et la Culture au Liban - Une radiographie de la situation culturelle de la thawra à février 2022”. 

Ce document a pour objectif premier de donner un aperçu de la vie culturelle au Liban à travers un prisme global, puis discipline par discipline. Il incarne une liste des difficultés et défis principaux que rencontre le secteur de la culture, afin d’attirer aussi bien l’attention des lecteurs, que des associations et organisations internationales, ou encore des bailleurs de fonds. 

La Culture, même si elle a été fortement et très directement impactée, reste bien présente et vivante, portée par ses infatigables acteurs. Veuillez trouver ci-dessous notre section Arts visuels, qui détaille les conditions de création, de production, de programmation et de diffusion du secteur, ainsi qu’une analyse de ses publics et modèles économiques sur les deux dernières années. 

Vous pouvez téléchargez ci-dessous la publication complète en français et en anglais
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CONDITIONS DE CRÉATION ET DE PRODUCTION

Les conditions de travail restent une préoccupation majeure pour tous les artistes visuels aujourd’hui au Liban. Ceux-ci sont rattrapés par des coûts trop importants, auxquels il faut ajouter des restrictions de travail, liés au manque d’électricité (et donc de lumière). La seule solution qui existe aujourd’hui pour ces artistes est de se réinventer, selon les moyens de chacun, dans leurs pratiques et leurs créations.

 

Toujours considéré comme un secteur “de niche”, la formation en arts visuels compte peu d’étudiants mais ce nombre ne semble pas avoir décru ces dernières années. Au contraire, la dévaluation de la livre libanaise ayant entraîné une baisse importante des frais de scolarité, le nombre d’étudiants en arts visuels semble avoir augmenté cette dernière année. Toutefois, les écoles ne possèdent pas jusqu’à ce jour d’ateliers équipés qui permettent à leurs étudiants de disposer de matériels en libre-service. Ceux-ci sont donc obligés de se procurer leurs outils et matériaux comme ils le peuvent. A l’Université Libanaise par exemple, les professeurs ont organisé une levée de fonds pour aider leurs étudiants à se procurer du matériel.

 

CONDITIONS DE PROGRAMMATION ET DE DIFFUSION

L’on dénombre au Liban 56 galeries, essentiellement à Beyrouth et dans sa proche banlieue. Certains galeristes sont arrivés à maintenir un niveau d’activité important jusqu’à aujourd’hui, même si le nombre d’expositions organisées au Liban a fortement décru ces dernières années : 139 en 2021 contre 450 en 2016. Au quotidien, les galeristes sont obligés de fonctionner selon des horaires réduites, car ils sont soumis aux restrictions d’électricité mais doivent continuer d’assurer aux œuvres une lumière et une température adaptée. Un accroissement du nombre de ventes aux enchères est toutefois à relever, parmi lesquelles beaucoup se font en ligne (notamment pour contrer les restrictions sanitaires ainsi que les frais d'électricité). La dévaluation des prix ayant fortement touché l’art, cette situation a provoqué un engouement de la part de la demande, qui voit en l’achat d’une œuvre une possibilité d’investir et de sortir ses liquidités des banques, en qui elle n’a plus confiance. Cette situation provoque toutefois une certaine dichotomie : face à la hausse des prix du matériel et de tous les frais attenants à la création, les prix des œuvres sont obligés d’être abaissés, pour rencontrer la demande.

 

Les jeunes artistes, une fois leur diplôme obtenu, doivent contacter des galeries ou des salons de vente, participer à des compétitions et des événements afin d’espérer être repérés. Si plusieurs galeries axaient leurs collections autour des œuvres de la nouvelle génération avant 2019, la crise économique a fait de ce parti pris un risque trop important pour être endossé par les galeristes. Toutefois, l’effondrement d’une partie du secteur, du fait de la crise économique ainsi que de l’explosion du 4 août 2020, a permis à la jeune génération de profiter d’un élan créatif et novateur sans nécessairement avoir besoin de l’aval d’une galerie. La thawra a également révélé beaucoup de nouveaux artistes et quelques initiatives sont ainsi entreprises, parfois dans des lieux non-conventionnels, afin de permettre aux jeunes d’exposer leur art.

 

Au niveau international, les crises économique et politique au Liban ont poussé les acteurs étrangers à se mobiliser en faveur de la création artistique libanaise. Après la double explosion du port du 4 août 2020, de nombreuses instances internationales ont proposé des cellules de soutien aux artistes libanais. Plusieurs résidences ont été mises en place en faveur de ces artistes, qui ont pu voyager pendant quelques temps afin de continuer à produire tout en rencontrant et en échangeant avec d’autres professionnels. Beaucoup d’expositions ont aussi été organisées afin de promouvoir les artistes libanais, et des aides financières leur ont également été accordées. Les galeries libanaises elles-mêmes s’affairent de plus en plus à se joindre à des foires internationales ou à promouvoir leurs artistes à des institutions ou des musées. Cette visibilité donnée à certains créateurs leur a été tout à fait bénéfique, d’autant plus que certains n’étaient jusqu’alors que très peu connus à l’international. A ce propos, l’importance des réseaux sociaux a aussi modifié les façons de communiquer des galeries et artistes, qui jouissent désormais de plateformes mondiales sur lesquelles montrer leur art. Toutefois, l’engouement sur le marché de l’art international reste modeste. Les artistes libanais intéressent principalement la diaspora libanaise, qui a à cœur de soutenir la création artistique du Liban. Rares sont les collectionneurs étrangers à investir dans de l’art libanais, le marché reste largement national, surtout lorsqu’il s’agit d’un artiste émergent.

 

La plateforme digitale Correspondaences, soutenue par le Ministère de la Culture français, en partenariat avec l’Institut français et partie prenante de l’initiative “Li Beirut” de l’Unesco, lancée après la double explosion du port du 4 août 2020, est née de la volonté des acteurs de la scène artistique et culturelle libanaise de fomenter une communauté d’artistes capable de s’entraider au profit d’une production prolifique et qualitative au Liban. Face à l’incapacité étatique, la solution semble aujourd’hui se trouver dans la coopération entre artistes, curateurs et autres professionnels du secteur, que Correspondaences s’attache à mettre en relation.

 

PUBLICS

Le public libanais continue de montrer un engouement important vis-à-vis de la visite de galeries. Toutefois, ces visites sont contraintes par des déplacements qui restent complexifiés par le coût de l’essence et la crise du Covid qui continue d’apeurer. En ce qui concerne les acheteurs, la plupart des collectionneurs d’art libanais s’orientent vers des œuvres classiques et traditionnelles. Ainsi, la peinture et la sculpture restent les formes d’art les plus faciles à vendre, tandis qu’il existe des artistes qui font de l’art plus expérimental, comme de l’installation ou de la vidéo, mais peinent à trouver des acheteurs. Il est à noter que la vague des NFT déferle aussi sur le marché de l’art, les artistes libanais voulant s’inscrire dans la tendance crypto.

 

MODÈLES ÉCONOMIQUES

Un artiste plasticien se rémunère difficilement seulement grâce à son art aujourd’hui au Liban. Si la vente d’œuvres reste la source principale de revenu, il semble nécessaire pour ces artistes de s’assurer une rémunération autre car le prix des matières premières, de l’électricité ainsi que des potentiels artisans et assistants à embaucher est à payer en dollar, ce qui représente des frais considérables vis-à-vis du pouvoir d’achat actuel de la population libanaise. La question de la rémunération a toujours été une problématique importante pour les artistes et beaucoup se sont alors tournés vers l’enseignement, mais la baisse drastique des salaires remis par les universités ne leur permet plus de subvenir à leurs besoins. Pour contrer ce manque, les artistes essaient de prétendre à des prêts, des subventions ou des soutiens, qui viennent majoritairement de gros collectionneurs, d’institutions ou des galeries elles-mêmes, qui font parfois une avance sur production, afin d’assurer le renouvellement de l’œuvre de leurs artistes. Les galeries, quant à elles, et parce qu’elles sont considérées comme des entreprises commerciales, ne peuvent prétendre à aucune aide financière de la part de bailleurs de fonds ou d’institutions internationales. Face à la situation actuelle du pays, elles ne peuvent qu’espérer vendre assez pour couvrir leurs frais. Alors que les ventes au Liban se faisaient en “lollars”, c’est-à-dire au taux de 1 dollar équivaut à 8000 livres libanaises jusqu’à fin 2021, les galeries aujourd’hui n’acceptent plus de vendre qu’en dollars “fresh”. La vente d’œuvres à l’étranger, dans les foires internationales notamment, leur permet alors de s’assurer une rentrée d’argent.

 

CONCLUSION SECTORIELLE

Ainsi, et après étude de l’état des arts visuels au Liban, il est possible de déterminer les problématiques suivantes :

• l’acquisition de matériaux et les frais liés à l’électricité sont aujourd’hui trop importants pour être pris en charge par une grande majorité d’artistes, qui voient leurs possibilités de création réduites ;

• la dévaluation des prix et le paiement par chèque bancaire a entraîné une augmentation de la demande sur le marché de l’art entre 2019 et fin 2021, mais les œuvres d’art se négocient à nouveau en dollar ;

• sur le marché de l’art international, la demande en art libanais reste essentiellement libanaise, c’est-à-dire qu’il intéresse la diaspora uniquement ;

• les collectionneurs libanais restent prudents et traditionnels vis-à-vis de leurs acquisitions, les arts plus expérimentaux trouvent peu d’acheteurs au Liban ;

• la difficile situation économique du pays a poussé les artistes à chercher des subventions ou des opportunités à l’étranger. L’on observe un départ de nombreux artistes visuels libanais ;

• les écoles supérieures en arts plastiques ne disposent pas de locaux et de matériels adaptés pour aider leurs élèves à produire ;

• nombreux sont les jeunes artistes à entrer sur le marché de l’art, mais ceux-ci peinent à s’inscrire dans les réseaux de galeries et à rencontrer leur public.

 

En partenariat avec la Robert Matta Foundation


 


 

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