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“Zyara” 12 grands artistes pour rendre hommage à Beyrouth

31/05/2024

Pour sa 8ème saison, la série documentaire Zyara, diffusée sur YouTube, rend cette fois hommage à Beyrouth à travers le regard de 12 artistes. La première a eu lieu le jeudi 30 mai sur la place des Martyrs, dans le cadre de l'inauguration du festival du printemps de Beyrouth.

 

Les 12 artistes font partie des incontournables du monde culturel : de la danse, du théâtre, de la télévision et de la musique pour ces épisodes de cinq minutes : Georgette Gebara, Roger Assaf, Rifaat Tarbay, Randa Kaady, Faek Homaissi, Ziad El Ahmadie, Mireille Maalouf, Takla Chamoun, Harout Fazlian, Oumayma El Khalil, Nicolas Daniel et Randa Asmar

 

Pour la productrice Denise Jabbour, la huitième édition est dédiée à la ville de Beyrouth, parce que Beyrouth « nous a donné la beauté, l'amour, la laideur, le chagrin, la guerre et la destruction, mais la plus belle chose qu'elle nous ait accordée est la signification de la liberté, celle de créer des choses en lesquelles nous croyons et de réaliser nos rêves ». C’est en ce sens que le choix de la Première sur la place des Martyrs a tout son sens pour Jabbour puisqu’il est « dû au symbolisme de cette place, qui porte des messages importants, issus de différentes révolutions et idées, et nous nous sentons tristes lorsque nous voyons ses lumières éteintes et vide, comme si nous nous trouvions dans une ville fantôme ». Il s’agit donc pour elle « d’honorer la ville de Beyrouth, et ramener à la vie cette place, ne serait-ce que pour une nuit, afin que les voix des artistes participants puissent résonner dans toute la ville de Beyrouth ».

 

Les 12 épisodes ont été tournés avec 12 protagonistes, six femmes et six hommes, de grands artistes, dont certains ont contribué à la création du théâtre libanais et participé à la renaissance culturelle et artistique du pays. Ils racontent leur relation avec cette ville, qui était un grand espace de liberté, de beauté, d'art et de culture, et comment elle s'est transformée avec la guerre, la crise économique, l'explosion du 4 août et toutes les guerres et les conflits qu'elle a connus. Elle a été « certes détruite et défigurée, mais il y a toujours de l'espoir, comme ils le voient, pour que l'homme vive, aime et crée », pense Jabbour.


Les héros de la série

Dans cette saison de Zyara, rendue possible grâce au soutien du Fonds Beryt de l'UNESCO et réalisée et filmée par Muriel Aboulrouss, les artistes héros apportent dans chaque épisode chacun sa vision intime et singulière de Beyrouth, parfois sombre et nostalgique, parfois pleine d’espoir. 

 

Georgette Gebara raconte comment, « en pleine guerre, alors que les bateaux transportaient les immigrants libanais », elle construisait « brique par brique » son école de danse à Zouk et comment elle créait des spectacles primés « sous les bombes ».

 

Roger Assaf a rappelle que « Beyrouth était une plateforme pour toutes les idées et toutes les religions (...) et une leçon de liberté pour la société ». Il regrette que « Beyrouth ait été détruite, enlevée et déracinée, ses monuments, ses gens, ses bâtiments et son atmosphère ». Il décrit les années qui ont suivi 2019 comme « la phase la plus difficile » de sa vie « car la révolution s'est éteinte et tout s'est éteint. C'est une mort lente ».

 

Mireille Maalouf compare Beyrouth à Broadway, les célèbres théâtres de New York, notant que la capitale libanaise était « un lieu de rencontre pour les poètes, les écrivains et les artistes ». Elle raconte que « dans les années 1980, nous étions attachés à la vie, mais aujourd'hui l'atmosphère est déprimante (...) et nous vivons une époque de destruction massive ».

 

Rifaat Tarbay souligne que « Beyrouth était la capitale des libertés dans le monde arabe. Nous avons couronné notre chère Beyrouth de l'aura du théâtre, et le théâtre est la mesure de la civilisation d'un peuple (…) Ils l'ont ruinée ». 

 

Randa Kaady confie que  la guerre a ruiné son enfance et tué ses rêves : « Beyrouth a été déchirée et mon cœur aussi (…) Je suis en colère contre ce pays. Le pays est une mère, mais quelle mère ne prend pas ses enfants dans ses bras ? Beyrouth est la mère des nouvelles expériences qu'elle accueille Elle m'a donné l'occasion de monter sur scène et d'être différent ».

 

Randa Asmar raconte que pendant la guerre, le théâtre était « un refuge et un remède pour oublier la réalité, les bombardements et la souffrance (…) Beyrouth avait un grand potentiel pour le théâtre, un grand potentiel de joie, d'élégance, de culture et d'art » et était une « ville libre », mais aujourd'hui « ce n'est plus la ville que je connais ».

 

Nicolas Daniel remarque que Beyrouth « était la plus belle ville où vivre », car elle « grouillait de vie », mais qu'aujourd'hui « ses caractéristiques ont disparu » le laissant vivre « dans une aliénation mortelle » en ajoutant que « chaque fois que le pays se lève, il est frappé à la tête ».

 

Takla Chamoun qui a été déplacée deux fois pendant la guerre, affirme qu’elle a eu peur après le deuxième déplacement, en 1982, « nous avons donc choisi de vivre à Beyrouth, qui, malheureusement, était divisée (…) Je ne peux pas vivre en dehors du Liban ».

 

Ziad El-Ahmadie qui a grandit dans le Golf, trouve que « les Libanais savent très bien se débrouiller en toutes circonstances (…) C'est un peuple autonome.  De peu de choses, il peut réaliser beaucoup des choses ».

 

Oumayma El-Khalil décrit Beyrouth comme « une ville triste, vaincue et brisée, qui n'a rien de beau, mais qui est belle » Elle ignore « d'où vient cette magie ».

 

Harout Fazlian évoque les souvenirs des pièces des frères Rahbani auxquelles il assistait en tant que fils du metteur en scène Berg Fazlian. « Nous ne pouvons pas vivre sans art et sans musique. S'il n'y a pas d'amour et d'espoir, nous n'avons rien ».  

 

Un langage cinématographique basé sur l'intuition

Dans ses épisodes, Zyara cherche à présenter un portrait poétique de ses sujets, à travers lequel ils racontent leur histoire, comme l'ont fait les protagonistes de cette saison, et expriment leurs émotions et leurs sentiments, et chaque film est accompagné d'un profil de son protagoniste.

 

La réalisatrice et directrice de la photographie Muriel Aboulrouss explique que la philosophie de Ziyara était à l'origine basée sur « le désir de filmer des personnes qui sont des modèles pour nous tous et qui nous motivent à continuer d’avancer malgré toutes les difficultés ».

 

« Le langage cinématographique de Ziyara repose sur l'intuition dans le tournage, qui n'est pas basé sur une préparation ou une conception préalable ainsi qu’une empreinte et un brevet d’invention », précise-t-elle.

 

Comment Muriel Boulrouss tisse ses épisodes

Pour Aboulrouss l'épisode « est créé en fonction de la personne qui est au centre de l’épisode ».  Zyara est un « processus de cocréation. L'âme de la personne et la nôtre se mélangent et l'épisode naît » :

« À travers mon cœur et mes sentiments, je choisis les détails que je dépeins. J'aime beaucoup la poésie, même si je ne suis pas douée pour l'écrire, mais Ziyara m'a appris que j'avais un poète endormi en moi. C’est la poésie, la peinture et l'amour dans un langage visuel et auditif qui permet d'écouter et de sentir une personne avant de la découvrir, indépendamment de sa couleur, de sa religion et des différences qui existent entre nous. Cette série est l'amour, l'empathie, le respect, l'admiration et l'honneur des sentiments humains dans un langage poétique, visuel et expérimental qui n'a pas de limites. Tant que je briserai les frontières en moi, Zyara évoluera ».

 

Des héros, pas des victimes

Home of Cine-Jam, l’organisation artistique humanitaire fondée par Jabbour et Aboulrouss est à l'origine de l'initiative Zyara, qui vise à « inspirer et stimuler la guérison émotionnelle sociale par le biais de courts métrages ou de séries et à documenter les émotions humaines par le biais des arts audiovisuels ».

La productrice Denise Jabbour raconnte que la série a été lancée en 2014 « à partir de notre besoin de rencontrer des gens, d'écouter leurs histoires et de les transmettre au public. Comme le titre l'indique, il s'agit d'une visite courte et simple. Nous rendons visite à la personne, nous lui parlons et nous lui posons des questions sur sa vie, sur son expérience la plus difficile et sur la manière dont elle l’a surmontée ».

 

Elle a ajouté : « Nous avons abordé différentes questions humanitaires et sociales telles que la toxicomanie, le harcèlement, la perte d'un enfant, le viol, la guerre civile et les familles de disparus. Nous appelons les participants des héros parce qu'ils ont toujours été victorieux et non victimes de l'expérience qu'ils ont vécue, et qu'ils ont continué à vivre leur vie de manière positive ».

 

Une politique loin de la politique

Selon Jabbour « nous restons aussi loin que possible de la politique, de la religion et de tout ce qui pourrait diviser les gens, et nous ne racontons que des histoires humaines qui nous rassemblent et nous rappellent que l'être humain est la priorité qui nous unit, quelles que soient nos différences et nos origines ».


Photo :@Le Studio

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