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GILBERT HAGE, THE EARTH IS LIKE A CHILD THAT KNOWS POEMS BY HEART

Art

EXPOEVENTSEVENTS IN LEBANONART
19/01/2023 à 18:00
Jusqu'au 28/02/2023

    Contexte de production : Chatine, Tannourine, Liban. Confinement 2020. Résidence secondaire d’été de Gilbert Hage (photographe). VERSUS. Effort de survie des bulbes de tulipe ensevelis à 1450-1600 mètres d’altitude sous la terre (modèle et muse du photographe).

     

    Si Gilbert Hage photographie les tulipes qui ont germé de leur bulbe et fleuri, ce n’est pas l’instant t du fleurissement et de l’éclosion qui est saisi par l’œil photographique de l’artiste, c’est toute la temporalité invisible et insaisissable du long processus de survie des bulbes sous le sol libanais gelé. Qu’est-ce que photographier ? Que photographie-t-on quand on photographie ? Photographier, est-ce « se cogner dans le réel » insoutenable (Jacques Lacan) ? Photographier, est-ce un « ça a été » (Roland Barthes) ? Ou est-ce une mise en scène, un « ça a été joué » (François Soulages) ? Mieux : photographier, est-ce raconter ? Quelle histoire, quelle fable d’artiste nous raconte Gilbert Hage en photographiant les tulipes ? La photographie, est-ce un art de l’imphotographiable et de l’insaisissable qui évoque bien plus qu’il ne donne à voir ? La photographie n’est pas plus « pencil of nature » (Henri Fox Talbot), qu’elle n’est copie ou enregistrement ou preuve du réel. Elle est bien plus.

     

    Et pourtant, Gilbert Hage nous fournit bien une preuve : la preuve que chaque année, les tulipes – le peuple libanais ? – continuent de résister. Hage évoque cette « ténacité de la même fleur qui revient chaque année ». Fleurs fragiles, dont le bulbe se préserve sous la neige, les tulipes survivent, car elles refleurissent et renaissent, chaque année, au printemps. Moment de floraison idéale, aussitôt que les températures encore fraiches redeviennent positives et que les terres sont humides du dégel, les bulbes des tulipes, bien conservés, génèrent une plante nouvelle, grâce à l’accumulation de réserves stockées rétroactivement au printemps d’avant. Après avoir ainsi fleuri et produit des graines, les parties aériennes de la plante disparaîtront durant l’été – moment où Gilbert Hage parvient à saisir les tulipes à Chatine, avant qu’elles ne fanent –, l’automne et l’hiver, tandis que le bulbe hiberne sous terre en attendant patiemment de refleurir au printemps suivant. De la même manière, chaque année au Liban n’est-elle pas une année passée dans l’attente d’un futur meilleur ?

     

    C’est véritablement un hommage que Gilbert Hage livre ici aux tulipes, fleurs de la Résistance, edelweiss libanais. Hage dit vouloir « Rendre hommage à cette fleur, cette renaissance, cette joie », dont les photographies réalisées avec un smartphone, furent faites en juin-juillet ; un moment d’avènement, au sortir du  premier confinement, qui plongea le monde dans l’inconnu, « à une époque aussi bénie grâce à internet », dit Hage, les couvre-feu après 18h, pas de travail, pas d’objectif, pas d’échéances, « une parenthèse exceptionnellement belle dans ma vie », nous confie Hage : « Le téléphone du travail qui ne sonne plus. Tous les jours devenaient dimanche ». Hage dit encore : « Le Covid est l’un des rares événements communs vécu par tout le monde. Je savais qu’on était en train de vivre un moment exceptionnel. ».

     

    Or, ce que nous dit l’imphotographiable caractéristique de la photographicité, c’est que c’est à tout le peuple libanais résistant que Gilbert Hage rend hommage, qui titre sa série des tulipes The earth is like a child that knows poems by heart, tirée d’un poème de l’écrivain autrichien Rainer Maria Rilke. Célébration de la vie : photographier les tulipes devient un acte de résistance, car depuis l’aube du deuxième millénaire – ou depuis 1975, ou devrions-nous dire, depuis toujours ? –, le Liban et le peuple libanais traversent crise après crise, pour toujours se relever, comme ces tulipes qui chaque année déploient leur corolle et leurs pétales gracieusement en une transe, en une danse purificatrice, de la même manière que Gilbert Hage déploie les tulipes en série et à l’unité, mais aussi en un format qu’il affectionne, le Leporello, suite de supports rattachés en accordéon, traîne, voile de la mariée, qui s’adapte merveilleusement au format de la série des tulipes auxquelles le Leporello redonne mouvement et vie, en les faisant danser dans le déploiement chorégraphique d’un ballet nuptial. Célébration nuptiale d’un blanc immaculé sur fond noir sur papier ULTRA SMOOTH 100 % coton lisse et non texturé. Gilbert Hage, peintre visuel, parvient à saisir de façon sculpturale, le modelé de la fleur, les nervures fines des pétales rendus diaphanes sous le masque du noir et blanc. Gilbert Hage travaille donc (et non pour la première fois) avec des fleurs. Car oui, Gilbert Hage travaille bien « avec ».

    Avec et pour les fleurs, métaphore des autres qui lie Hage au monde et scelle définitivement son art et son regard sur le monde dans le face à face d’un acte militant. L’acte photographique devient geste d’étreinte, de communion avec le monde. L’engagement des poètes. Gilbert Hage : une photographie du temps et de l’existence. Une photographie de la résistance.

     

    Sophie Armache Jamoussi, Paris, décembre 2022

     

    Le vernissage aura lieu le jeudi, 19 janvier 2023 de 18h à 21h en présence de l’artiste.

    Lancement et signature de la publication Toufican Zombies? de Gilbert Hage et Jalal Toufic lors du vernissage.

    L’exposition est visible jusqu’au mardi, 28 février, 2023.

     

    Lieu

    Galerie Tanit

    Adresse

    Gemmayzé, rue Mar Mikhael

    PRIX

    gratuit

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