ArticlesEvénements
Aujourd'huiCette semaineCe weekend

Pour ne rien manquer de l'actualité culturelle, abonnez-vous à notre newsletter

Retour

Partager sur

single_article

L'ascenseur

MAG

30/08/2025|Ramzi Salman

Je suis debout devant un ascenseur.

Au 14ème étage d’un hôtel deluxe à 3000 kms de chez moi. Le décor est élaboré, bouclé, et exécuté jusqu’à la dernière virgule d’un cahier de charges détaillé au millimètre.

Le seul problème dans ce décor c’est que tout est de mauvais goût. À part cela, tout est parfait.

Rien de ce qui m’entoure n’est beau.

Les lignes, les matériaux, l’ambiance.

Pas joli.

L’air du hall est glacial. On se sent dans un frigo.

Impatient de quitter cet endroit et de retourner à mon univers, je tiens la poignée de ma mini Samsonite, celle des voyages éclairs. Comme un poisson hors de son eau.

Au-dessus de ma tête pend un luminaire avec des bulles de verre qui prétend offrir de la grandeur au lieu.

La grandeur, c’est la maladie de nos jours.

Ceux qui ont les moyens, construisent des choses affreuses qui se veulent grandioses. Et le plus souvent c’est du faux, de l’artificiel, des apparences, et une décevante mise en scène.

Un tableau accroché au mur qui n’exprime rien est judicieusement placé dans l’axe du hall, pour agrémenter l’espace. Mais le résultat est plat et sans vie.

La toile est en harmonie avec le lieu. Des fleurs artificielles sur une table en résine noir brillant. Une nappe d’un tissu de qualité suspecte. Le tout, un ensemble bien tissé de n’importe quoi.

Le problème avec le mauvais goût, c’est qu’il se propage et envahit. L’empreinte de son auteur se faufile partout. Car il se sent obligés de tout embellir. Et de ce fait il enlaidit tout...

L’ascenseur arrive.

Je rentre.

Un homme en flip flops, short et T-shirt me regarde sans me saluer. Probablement un Slovaque ou un Ukrainien venu chercher fortune.

Un autre gars se trouve dans l’ascenseur, celui-ci un jeune, grassement nourri, vêtu d’amples habits noirs, frappés au nom d’une grande marque en grosses lettres blanches.

Le dodu a les yeux rivés sur son téléphone. Il joue.

On s’arrête au 7ême étage.

Deux femmes voilées rentrent.

L’une porte de grosses espadrilles blanches.

Mais l’autre, élégante, porte des escarpins. On peut apercevoir ses beaux yeux maquillés. Un soupçon de beauté quand même dans cet ascenseur ! Les deux femmes murmurent à voix basse, feignant de nous ignorer.

L’ambiance commence à peser.

Dans l'ascenseur, tout le monde s’ignore.

Des personnes parallèles désintéressées les unes des autres.

Chacune recluse dans un monde.

Mais l’ascenseur, lui, ne cesse de bavarder.

À chaque arrêt il nous annonce en deux langues, que nous sommes arrivés à l’étage. Que les portes vont s’ouvrir. Qu’elles vont se refermer. À chaque arrêt, en deux langues, c’est le signe du progrès ...

La descente se termine. L’ascenseur nous apprend que nous sommes enfin arrivés au rez-de-chaussée.

Les portes s’ouvrent . On sort.

Le hall d’entrée de l’hôtel, fait au moins 15 mètres de haut.

Le lustre, 10 fois plus précieux que celui de l’étage.

Les boules sont plus grandes

On caille encore.

J’aperçois mon collègue assis à m’attendre dans un canapé des mille et une nuits.

Je lui demande « La voiture est là ? ».

« Oui » me dit-il.

Nous sortons par la porte tourniquet.

Pour être accueillis par la fournaise après le froid polaire.

Je me sens soudain comme un poulet en rôtisserie.

J’arrive à la bagnole.

Avant de m’y engouffrer, je regarde le bâtiment de l’hôtel.

Une façade aussi ‘pas jolie’ que tout le reste.

Quelques bolides aux couleurs criardes sont garés dans l’entrée.

Direction l’aéroport, illico ...

Je me dis que l’enfer, ca doit être le mauvais goût !

thumbnail-0
thumbnail-0
0

Depuis 1994, l’Agenda Culturel est la source d’information culturelle au Liban.

© 2025 Agenda Culturel. Tous droits réservés.

Conçu et développé parN IDEA

robert matta logo