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Il y aura toujours en nous un peu de Bernard Pivot

17/05/2024|Noha BAZ

Photo prise le 12 octobre 2015/REUTERS/Robert Pratta

Nous avions pris date quartier de la monnaie, pas loin de la “Mazarine ” alors la plus grande bibliothèque de France.

 

Je venais de terminer son dictionnaire amoureux du vin, réédité en savoureuse version illustrée, qui avait naturellement trouvé sa place dans cette première édition du prix littéraire Ziryab établi en 2014.

 



Une complicité gourmande s’était établie le temps d’un café ce jour-là rue de Seine. Nous avions parlé du Liban, de Levant, de Mésopotamie, de passion et de gastronomie. Je lui avais cité avec espièglerie quelques phrases savoureuses de Jean -René Savernes et Antoine Dulac, ses pseudos littéraires qu’il utilisait en épicurien avéré pour ses critiques gastronomiques savoureuses dans le journal du dimanche.

 

Bernard Pivot était venu plusieurs fois à Beyrouth, avait enregistré une émission sur les marches de l’actuel musée Sursock et avait fait plusieurs dictées ”Dans la première, j'y évoquais les arbres de la liberté et les mâts de cocagne. ”…

Celle au grand sérail était restée mémorable soulevant l’enthousiasme de francophones chevronnés.

 

Il se souvenait avec bonheur de la ville parée d’or et de lumière lors du salon du livre de 2012 lors de sa dernière visite.

 

Nous avions évoqué cette grande messe du vendredi qu’était Apostrophes qui avait nourri une adolescence dans un pays embrasé par la guerre civile. Émission devenue pour nous école et référence en matière de belles pages, véritable phare dans les nuits de bombardements devant un poste de télévision prostatique et grésillant.

 

Simple et affable il souriait à toutes les personnes qui lui adressaient ce jour-là en passant un merci simplement chuchoté. Accessible et prévenant, avec la vraie modestie des plus grands il prenait le temps de trouver un mot pour chacun.

 

Il venait de recevoir le prix des écrivains gastronomes du centre méditerranéen de littérature lui qui n’aimait pas les distinctions et encore moins les décorations.

Nous avions parlé de son livre, de vin, de passion et de beaujolais. ”Qui n’a pas connu la passion ne peut faire la différence entre la fièvre, le vertige, l’ivresse et l’embrasement ”.

 

Nous avions parlé aussi des mots, ces amants qui vous emportent dans les replis de leurs possibles.

Il lui arrivait de lire trois livres par jour annotait et soulignait leurs phrases au crayon , ”à l’ancienne”, pour mieux les entourer .

“Comment voulez-vous croire à une déclaration d’amour envoyée par mail quand le o et le e ne s’enlacent pas ?”.

 

Bernard Pivot avait été le parrain de cette première édition du Ziryab et en fêtant cette année le dixième anniversaire du prix je repense avec émotion à cette petite parenthèse ponctuée de rires, cadeau inoubliable dans la course de la vie.

 

Je l’avais croisé il y a encore quelques mois rue de Sèvres près du Bon Marché où il aimait se promener. Sourire toujours aussi affable, marchant lentement avec une canne le regard toujours aussi pétillant il m’avait encore demandé des nouvelles de Beyrouth.

 

“Le champagne n’est pas fait pour les scrogneugneu”

Une école de vie !

Il y aura toujours en nous un peu de Bernard Pivot

 

 


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