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Excurio présente à Montréal un voyage quasi-réel dans l’Égypte des Pharaons

28/05/2024|Gisèle Kayata Eid, Montréal

On a tous un rêve, c’est d’être ailleurs. Un endroit auquel on ne peut accéder, car trop loin ou qu’il est trop tard, parce que c’est trop chimérique ou qu’on n’a pas les moyens ou pour des raisons tout simplement physiques. On ne peut pas voler ni remonter dans le temps !

À moins de faire des expéditions immersives dans des mondes révolus, impossibles à atteindre, mais magiquement recréés par la réalité virtuelle. C’est le cas de « Excurio : L’Horizon de Khéops », qui s’est arrêtée à Montréal, lors de sa tournée mondiale (dont l’Institut du Monde arabe à Paris en 2022).

 

Tout commence par un très gros casque qu’on ajuste sur les yeux et autour du crâne. Une fois équipé, on voit son propre avatar dans un monde bleuté, sur une surface plane qui ne semble pas avoir de frontières, un peu comme si on marcherait sur la lune. Puis une voix nous demande d’avancer vers un obélisque blanc en suivant des pas dessinés sur le sol. On ne regarde pas ses pieds mais on avance guidé par des flèches… Et soudain nous sommes aux pieds de la pyramide de Khéops en Égypte.

 

Un guide ou plutôt son avatar nous reçoit et commence avec nous ce qu’aucun visiteur n’est habilité à faire : rentrer au cœur de la pyramide où est enterré le Pharaon éponyme. Notre guide nous demande de baisser la tête pour accéder, par un tunnel étroit, à un monde jusque là emprisonné dans des images figées dans un livre. Nous nous exécutons, arcboutés. Nous y croyons.

 

Nous découvrons au détour des dédales les parois bâties avec de très grosses pierres dont certaines étaient sur place, les sarcophages, les salles funéraires, les secrets de la momification… Avant qu’un énorme chat, Bastet, la fille de Rê, le dieu Soleil créateur, la déesse égyptienne de la joie, de la douceur, de la protection (qui aurait détenu un pouvoir magique capable de stimuler l’énergie sexuelle), ce chat sacré nous propose d’aller voir ce qui semblerait être inaccessible : la plaine de Gizeh et le Caire vues du haut de la pyramide.

 

Wow ! C’est comme si on contemplait la Terre entière vue du ciel. On frôle les deux autres pyramides, légèrement plus petites, d’en haut, on discerne le Sphinx tout en bas, le Nil qui coule. Nous nous déplaçons quasiment dans les airs, sur les flancs de la pyramide pour comprendre les secrets de sa construction et tout le génie architectural des Égyptiens de l’époque. Une œuvre monumentale.  Un trésor archéologique. Une des sept merveilles du monde. De quoi vraiment nous donner le vertige. 

 

Une barque sacrée s’approche alors et nous propose de faire la traversée des ténèbres pour rejoindre les âmes des défunts et qui a pour mission de les transporter dans le ciel sur les traces du dieu Soleil. Nous embarquons et, paisiblement, nous avançons sur les eaux du Nil bordé de terres vierges et de palmiers. Ainsi chaloupés nous nous dirigeons là où les cérémonies funéraires ont lieu pour immortaliser les Dieux. Nous sommes à quelques mètres de Djédéreh, le fils de Khéops qui orchestre la cérémonie, notamment avec le Hénou, le geste funéraire qui consiste à lever les deux mains, suivi par les prêtres qui l’entourent.

Nous nous acheminons vers la fin de la promenade. Notre guide, toujours virtuel, nous dit au revoir, et peut-être à bientôt.

 

Ébahis, éblouis par ce voyage quasiment intersidéral, puisque nous avons vécu à une autre époque, il y a 4500 ans, et que nous avons vu ce qu’aucun œil ne peut voir, à moins d’être un aigle (un autre symbole égyptien). Nous venons d’ailleurs, du tombeau d’un Pharaon et la sensation est toute drôle. Nous avons besoin de quelques minutes pour nous replacer dans la réalité.

 

Et quand on doit remettre les casques de là où on nous avait demandé de les placer sur nos têtes, nous constatons que nous sommes au même endroit de départ. Quarante-cinq minutes étaient passées. Nous avons voyagé dans le temps et l’espace, en dedans d’un périmètre de quelques mètres carrés balisé par des formes géométriques en noir et blanc dessinées sur les murs, autant de repères pour les projections virtuelles !

 

Nous concevons alors le travail immense et pointu derrière ce « voyage » hors norme. En collaboration avec Peter Der Manuelian, célèbre égyptologue et professeur à l’Université Harvard, le projet a été construit à partir d’un tournage appelé « motion capture » qui consiste à filmer différents acteurs effectuant certains mouvements.  Ces images seront récupérées dans des fichiers, elles seront animées, « cleanées » en prenant garde à respecter la vérité historique, comme par exemple en ce qui concerne le mobilier funéraire qui aurait exigé beaucoup de recherche dans les ouvrages sur l’Égypte ancienne. Chaque étape devait être validée par des égyptologues de métier. Il fallait surtout rendre le tout cohérent : décors modélisés, différents éléments 3D et dialogues en parallèle. L’animation du chat aussi s’est avérée une bravoure. Il a fallu l’animer à la main, tout en lui laissant la dignité d’une déesse.    

 

Une expérience que le PHI, lieu polyvalent pour les arts numériques d'avant-garde du Vieux Port de Montréal propose jusqu’au 31 juillet.  




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