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Le patrimoine au Liban

14/05/2024|Jocelyne Dagher Hayek

Doté d’une histoire riche et mouvementée, d’un environnement exceptionnel, le Liban possède une richesse patrimoniale remarquable que nombre de nations lui envient. Pays méditerranéen avec une culture plurielle, il souffre cependant de l’absence d’une action politique responsable et pérenne ainsi que d’une vision globale pour inventorier, entretenir, conserver et valoriser son patrimoine culturel.  En effet, depuis son indépendance, les autorités locales ont surtout travaillé à la promotion de ses sites archéologiques et historiques en se limitant à des actions ponctuelles et restreintes souvent initiées par une société civile sensible aux richesses incontestées du pays.

Les raisons traditionnellement évoquées pour justifier ces manquements sont la primauté d’autres voies de développement économique et social, les guerres subies, les divergences religieuses, idéologiques et culturelles entre les communautés, la situation politique, structurelle et fonctionnelle d’un pays qui n’arrive toujours pas à se constituer en un état digne de ce nom.

Maitre Charbel Nassar, éminent chercheur dans le domaine du patrimoine culturel, constatait amèrement : « Il est impossible de se mettre d’accord sur une Histoire unique et commune à toutes les communautés puisque chacune souhaite écrire l’Histoire selon son propre point de vue ». Il ajoutait cependant : « Sans nier les divergences qui existent au niveau culturel et social entre les communautés en présence au Liban, on s’aperçoit que, loin d’empêcher la construction d’un patrimoine culturel libanais cohérent, ces divergences s’accompagnent aussi de convergences qui sont beaucoup plus importantes et qui donnent à ce pays une identité unique ».

Ce « patchwork » de communautés religieuses, culturelles et politiques forme en définitive une œuvre particulière où chaque élément a son poids unique et irremplaçable dans le rendu final et l’élaboration d’une entité nationale.

La dabké, le zajal, les proverbes, les traditions liées aux mariages, aux funérailles, à la fabrication de l’huile d’olive, du savon, de l’arak, des produits laitiers, sont autant d’éléments qui unissent les différentes communautés et traduisent l’existence d’un patrimoine commun authentique.

Photo : @livelovelebanon_961


Le Liban a ratifié en 2007 la Convention Internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adoptée par l’Unesco en 2003.  


 L’état libanais a encore beaucoup à faire dans l’inventaire, la sauvegarde, l’entretien et la mise en valeur de son patrimoine culturel. La promotion touristique de ses sites archéologiques et naturels remarquables ne suffit pas. Elle peut même constituer une menace si elle est menée sans discernement dans l’unique but de la rentabilité financière. La surexploitation est nocive.


La société civile libanaise fait preuve, quant à elle, d’une grande sensibilité aux richesses incontestées du pays du cèdre et à leur mise à mal par des comportements inconsidérés et irresponsables. Consciente de l’indifférence des responsables et de l’ignorance ou l’incapacité de la population, dans diverses régions, de mener à bien des actions productives, elle multiplie les initiatives de formation des habitants et de mise en valeur du patrimoine naturel du Liban en parallèle avec ses sites archéologiques, ses traditions et son savoir-faire artisanal. Cela constitue une source de développement économique pour diverses régions, essentiellement rurales, couplée à la réactivation du vivre ensemble et à l’ouverture à l’autre sans délaisser pour autant son village ou sa terre. La population devient l’acteur de son propre développement.


Le Liban présente, sur un espace restreint, une très grande diversité culturelle. Il y va de la responsabilité conjointe du gouvernement, des entreprises, des travailleurs et des consommateurs de sauvegarder et fructifier ce potentiel et favoriser un développement durable bénéfique aux générations présentes et futures.


Photo : @livelovelebanon_961



Pour qu’il y ait processus de patrimonialisation, plusieurs dynamiques doivent fonctionner de concert par l’action de divers médiateurs dont le principal est l’état :

_ La communication : elle a pour fonction de faire connaître l’objet patrimonial. Celui-ci prend sa dimension patrimoniale dès lors qu’il y a eu prise de conscience de sa valeur culturelle ou naturelle.

_ La scientificité : Un objet, par sa dimension patrimoniale, revêt un caractère scientifique pour ce qu’il représente comme valeurs dans une société, notamment lorsqu’il s’agit de biens représentatifs uniques, voire irremplaçables.

_ L’économie : L’objet patrimonialisé peut alors revêtir une valeur économique. Sa disparition constituerait alors une perte économique pour la collectivité.

Xavier Greffe (Professeur d’économie)

 

Le Liban est un pays où la leçon du passé est si ancienne et si forte qu’on peut la prendre pour règle. Sous des apparences différentes, les Libanais d’aujourd’hui sont fait, à la ressemblance des Libanais de toujours ; et le cours des évènements pourrait bien être le même si nous ne nous obstinons pas à surmonter les périls par un acte renouvelé de volonté, de courage et de foi.



Photo : @livelovelebanon_961


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