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Le festival du film libanais au Canada : une huitième réussite

04/06/2024|Gisèle Kayata Eid, Montréal

C’est tout un événement qui marque le retour des beaux jours. Projections de films, concours de documentaires, cocktail en présence de stars de la scène, discussions avec des producteurs, débats en visio-conférence avec des réalisateurs, interviews avec des acteurs, activités théâtrales pour enfants, partenariats avec les instituts cinématographiques et audio-visuels … L’effervescence est sensible et l’ambiance joyeuse à Montréal en ce début de juin.

 

Tout le gratin cinématographique était réuni à l’Université Concordia pour le lancement de la 8ème édition du FFLC. Acteurs dans l’industrie cinématographique ou tout simplement acteurs dans la vie trinquent à l’occasion de ce Tapis rouge qui les regroupe. Ils sont nombreux à se prendre en photo avec l’invitée d’honneur, cette année, la jeune et talentueuse actrice Rita Hayek qui se prête au jeu avec beaucoup de grâce. Elle avoue en aparté « Ça faisait quelques années qu’on m’invite au Festival, depuis que « L’insulte » de Ziad Doueiri a été nominé aux Oscars du meilleur film étranger en 2018. Mais chaque fois, un concours de circonstance m’en empêchait.  Cela me fait chaud au cœur, de savoir que des Libanais au Canada apprécient et respectent des artistes Libanais ». Habituée aux honneurs (plusieurs prix de la meilleure actrice libanaise), la jeune femme de 36 ans qui vient de tourner à Paimpont en Bretagne, un film de et avec Julie Delpy, « Les barbares », avec notamment Sandrine Kiberlain, ne cache pas sa joie de recevoir ce trophée de reconnaissance. « C’est un grand honneur pour moi ».  

 

Rita Hayek


Autre invité de marque qui a soulevé une salve d’applaudissements du parterre (où on pouvait reconnaître au premier rang le consul du Liban, M. Antoine Eid) : Badih Abou Chacra. « L’ambassadeur" en quelque sorte du Festival, n’a pas la recette miracle pour son immense succès et avoue en interview : « Ce n’est pas parce que je suis acteur que je dois changer ma personnalité. Le milieu exerce beaucoup de pression et souvent exige de souscrire à certaines tendances. L’artiste doit affronter la vague qui lui impose de vivre de telle ou telle façon. Il doit rester lui-même. »


Le grand adulé des planches, du petit et du grand écran libanais est un grand ami du festival et l’accompagne en coulisses depuis plusieurs années. Libano-Canadien il sillonne le monde, notamment avec les troupes de théâtre expérimental et d’improvisation desquelles il fait partie au Canada : « Le théâtre est un plaisir ici, en grande partie à cause de la grande liberté qui y règne, sans restriction et sans devoir arrondir les angles pour faire plaisir à celui-ci ou ne pas froisser cet autre, ou demander la permission à un troisième »…Ce qui le rebute au Liban. Et le récipiendaire du Murex d’or de 2001, 2010 et 2017 pour le meilleur acteur libanais d’ajouter : « Et quand on obtient des subventions de l’État ou de l’aide des collectivités locales, on sent que jouer est véritablement une expérience pour exprimer son art et pas seulement dans un but commercial, pour voir du monde dans la salle. »  

 

Badih Abou Chacra


À la tête de cette grande fête du cinéma, une femme énergique, présidente de la société événementielle « Nouvelle dimension de l’univers », qui a un but bien clair : « Vivre ensemble à travers le 7ème art ». La présidente des cinq éditions annuelles du FFLC  : Montréal, Ottawa, Toronto, Vancouver et Halifax, Hay-Love Hadchiti a pour objectif de faire rayonner le cinéma libanais dans toutes ses composantes, mais aussi d’établir des ponts avec la société d’accueil. « C’est dans ce but que nous avons cette année, comme invitée spéciale Maxim Roy, une actrice canadienne, très réputée dans les séries télévisées et à la tête d’affiche de très grands longs métrages québécois ». 


Hay-Love Hadchiti

 

Sa mission philanthropique réside à rappeler et faire aimer le Liban, refléter son histoire, son esprit, sa culture à travers le cinéma. C’est ainsi qu’au début de chaque projection durant toute cette semaine chargée, un film à thème est projeté, « Cette année c’est la Réserve de la biosphère du Chouf qui a été choisie. Il y a là beaucoup à montrer sur la beauté de notre pays. À notre documentaire sur cette réserve naturelle des cèdres est venu s’ajouter celui de ses responsables. Nous y voyons toutes les activités pédestres pour découvrir cette richesse naturelle, mais aussi les nombreuses initiatives pour la préservation de la faune, du reboisement de la forêt ou pour réensemencer des espèces de plantes ou fleurs menacées ». 

 

L’implication des jeunes et des universités est aussi un autre volet de la mission que cette battante (présente personnellement à toutes les activités) s’est donnée avec son équipe (notamment Me Patricia Chamoun) : « Outre la participation de la NDU et la LAU, cette année, nous avons une nouvelle collaboration avec l’USJ et plus particulièrement l’IESAV. L’alumni de l’USJ à Montréal, présidé par Jean Ghanoum, projettera cinq documentaires réalisés par de jeunes étudiants. L’USEK aussi participe activement cette année au Festival par le biais de son programme AJIAL. »

 

Pour parler de cette nouvelle initiative, signe du succès croissant de ce festival, Jad Fayad mêle à son enthousiasme, la prolifération de ses idées : « Nous sommes basés à l’USEK, AJIAL a pour but d’enseigner aux jeunes de la diaspora le patrimoine et les coutumes libanaises à travers le jeu (comme par exemple, construire une maison traditionnelle avec arcade). Ce n’est pas un cours de géographie ou d’histoire mais la transmission de nos habitudes et coutumes, comme celle de visiter nos grands-parents au village, etc. Nous sillonnons le monde. Au Canada, en tournée dans plusieurs villes, j’enseigne le développement personnel aux enfants par le jeu : comment fortifier son leadership au sein du groupe, se poser des questions pour acquérir la capacité de réaliser des choses, de persévérer malgré les échecs, développer la créativité, etc.  Au Festival du film, durant une journée, les enfants ont fait des jeux de rôles, ont simulé des situations, ont raconté des histoires, autant d’activités pour favoriser la confiance en soi chez les enfants à travers le cinéma. »


Sam Lahoud

 

Le maître d’œuvre de tout cet ensemble de manifestations artistiques autour du 7ème art est bien entendu, Sam Lahoud, fondateur du Festival et directeur de sa programmation. Le président de Beirut Film Society qui cumule les fonctions de scénariste, réalisateur, producteur, consultant en scénario et maître de conférences en cinéma, théâtre et médias. Actif depuis 1994, c’est une figure incontournable du cinéma libanais (Cf notre article du 19 avril 2024)

Au Festival du film libanais au Canada, il présente systématiquement toutes les projections, anime tous les débats qui suivent et, discrètement, veille au grain pour que le contenu de cette grande célébration soit représentatif de toute la vigueur du cinéma libanais, secteur en expansion, dans un pays qui pourtant va à la dérive.

 


Programmation et dates sur : lffcanada.com

 

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