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Figures contemporaines : l'engagement artistique de Fares Cachoux

19/04/2024|Léa Samara

L'Institut du monde arabe à Tourcoing accueille une exposition d'envergure, consacrée à l'œuvre singulière de l'artiste franco-syrien Fares Cachoux. En tant qu'artiste visuel éminemment pluridisciplinaire, Cachoux déploie une palette de techniques et de thématiques variées, mêlant l'art numérique et un engagement politico-social marqué. Cette exposition, intitulée Figures contemporaines, propose une plongée immersive dans l'univers profondément réfléchi et engagé de cet artiste polyvalent.

 

Né en 1976 à Homs, à l’ouest de la Syrie, Fares Cachoux étudie l'ingénierie informatique à l'université d'Alep. C'est ensuite à Paris qu'il affine son art, obtenant un master et un doctorat en art numérique et communication visuelle. Son parcours atypique, oscillant entre monde académique et pratique artistique, imprègne son travail d'une diversité et d'une profondeur qui ne cessent de surprendre et d'interroger. “Francophonie et francophilie” sont des constantes dans sa famille, ce qui fait de sa décision de s’installer pour de bon à Paris une évidence. “Parler français, c’est pouvoir nourrir ma soif de culture, de ressources, de livres ; je me sens à ma place”, déclare-t-il.


La prégnance de l’engagement politique et social

 

L'une des caractéristiques les plus marquantes de l'œuvre de Fares Cachoux est son engagement profond envers les questions politiques et sociales de son temps. À travers ses peintures, il dépeint les conflits, les luttes sociales et les injustices avec une acuité et une sensibilité remarquables. Dans ses œuvres, il n'hésite pas à aborder des sujets sensibles tels que le combat féministe, la guerre en Syrie ou les luttes pour la liberté et la dignité humaine. Son regard incisif et son analyse pertinente font de lui un témoin essentiel de son époque, capable de saisir l'essence même des événements qui agitent le monde contemporain. Parallèlement à son engagement politique, Fares Cachoux explore également les thèmes de la nature et de l'environnement. À travers ses affiches, il interroge notre rapport à la nature et les conséquences de nos actions sur les écosystèmes.

 

La construction de séries thématiques

La série Queens est l'une des plus emblématiques de l'œuvre de l’artiste. Dans cette série, il célèbre à la fois la femme et la nature, les représentant dans une complémentarité parfaite où chaque reine est accompagnée d'un animal, soulignant ainsi la symbiose entre les deux. Cette série, aux allures de poème visuel, interroge l'urgence environnementale et invite à une réévaluation profonde de nos valeurs et priorités à travers le prisme de la résilience féminine.




La série Niqabs, moustaches et liberté offre une exploration captivante et subversive des enjeux de l'identité et de la liberté dans les sociétés contemporaines, notamment celles du Golfe et de la Péninsule arabique, où l’artiste a vécu quelques années. À travers ces portraits fascinants qui ne révèlent que les yeux des femmes, Cachoux soulève les questions de la condition féminine, eu égard à des normes sociales restrictives. Les moustaches ajoutées aux visages voilés évoquent ironie et subversion. Cette série invite ainsi à une réflexion profonde sur la signification de la liberté dans des sociétés marquées par des traditions et des normes rigides, et sur les hiérarchies sociales et les formes d'oppression qui limitent la pleine réalisation de soi.

Ces affiches semblent également titiller le débat entourant l'effacement du corps et de l'individualité par le niqab, propos étudié en profondeur par l’essayiste Elisabeth Badinter dans son ouvrage Le Conflit : La Femme et la Mère, très pertinent à feuilleter à la lumière des illustrations de Fares Cachoux, en ce qu’il met en lumière les tensions entre les exigences de la tradition et les aspirations à l'autonomie personnelle. Attention néanmoins à ne pas tomber dans le fantasme orientaliste, sous couvert d’un argumentaire féministe, qui nous amène à penser à la femme sous le niqab comme “une lionne qui veut à tout prix sortir de sa cage”, pour se languir comme la Zora de Pierre Louiys, mystifiée, animalisée, notamment montrée par Lou Genet dans son excellent film Curiosa (2019).

 



Un cas d’école du graphisme engagé

 

Le graphisme engagé revêt une importance capitale dans notre société contemporaine, où le journalisme citoyen et les réseaux sociaux jouent un rôle prépondérant dans l’information. In fine, ces supports graphiques de protestation ou d'hommage sont devenus des instruments incontournables de l'engagement citoyen. Des artistes renommés à travers le monde, tels qu'Ai Weiwei, les Guerrilla Girls dans le domaine de l'art, ou encore Shepard Fairey en politique, emploient le pouvoir de l'art visuel pour sensibiliser aux enjeux sociaux et politiques et mobiliser les communautés. Leurs œuvres percutantes et évocatrices constituent des appels à l'action, des cris de ralliement pour la justice sociale et la liberté d'expression. En utilisant des techniques graphiques variées, allant de l'affiche au graffiti en passant par les installations artistiques, ces artistes transforment l'espace public en un forum pour la discussion et la contestation. Pour Fares Cachoux, l’observation est la condition sine qua non à son art, car c’est elle qui permet une représentation juste et nuancée, “pour mettre en image, et surtout ne pas juger, ni les gens, ni la société, et inviter encore le spectateur à s’interroger avec moi”.

 

“Dépouiller” les images pour les essentialiser

 

Cette forme d'expression graphique entend transcender les frontières linguistiques et culturelles, offrant un langage universel pour exprimer les aspirations, les luttes et les espoirs de la société contemporaine. Pour atteindre ce concept de langage universel, il faut que l’image soit essentialisée, et en cela dépourvue d’éléments qui pourraient faire dévier le propos de son sens initial. Cachoux, lorsqu’il décrit son processus créatif, évoque le dépouillement comme idée centrale. Il a une idée, qui se matérialise en images mentales qui “apparaissent soudainement dans l’esprit”, comme des éclairs, puis il en fait un croquis en quelques lignes seulement, pour la fixer. Par la suite, il s’attelle à ce fameux processus d’épuration, des traits inutiles, des couleurs secondaires, des formes trop détaillées et superflues. Toute dimension possiblement anecdotique de l’image doit disparaître, pour laisser place à son essence, ce qui lui procure une forme d’intemporalité, chère à l’artiste. “La simplicité est toujours complexe” ajoute-t-il, évoquant un délai pouvant aller jusqu’à plusieurs mois pour cette phase de création.




La subtilité de cette forme de communication, et c’est particulièrement vrai dans l'œuvre de Fares Cachoux, c’est qu’elle laisse une place conséquente à l’interprétation individuelle. “L’idée, c’est de compter sur l’intelligence des spectateurs, ne pas prémâcher le travail, inviter à un processus de questionnement, de recherche et de découverte”. En plus d’être stimulant, ce processus est assez gratifiant pour le spectateur, qui construit sa vision après une phase de pseudo-décryptage.

En termes techniques, les œuvres de Fares Cachoux sont des images numériques, réalisées sur ordinateur et imprimées en digigraphie, technique d’impression de haute qualité, avec des encres pigmentaires projetées directement sur le papier, dont résulte un velouté très particulier.

 

 

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