Dessine-moi le Liban

La semaine dernière, la Beirut Design Week investissait tous les recoins de la ville à grands coups d'expositions, conférences et autres ateliers. Dans le foisonnement de projets, un atelier très spécial a retenu notre attention. Animé par Density Design, un laboratoire de recherche italien, et Sciences-po Paris, il a montré comment le design peut nous aider à comprendre le monde qui nous entoure.


La mondialisation a ses avantages. Premièrement, elle permet à n'importe quel expatrié de soigner son mal du pays avec une canette de Coca-Cola, et ce, à peu près n'importe où dans le monde. Deuxièmement, elle nous noie sous un flot d'informations qui nous empêchera à coup sûr d'ignorer que la planète va mal, même confortablement installés sur une plage déserte, le fameux Coca à la main. Qu'on ne se méprenne pas, il ne s'agit pas ici de faire le procès de la circulation sauvage des données et de l'Internet, mais de s'interroger sur notre capacité à faire bon usage de cette montagne d'informations à portée de clic. Accroupis devant cet Everest, l'air dubitatif, nous nous demandons comment ce savoir immense peut nous aider à comprendre le monde et à mieux y vivre.

L'esthétique des sacs plastiques
Vaste question existentielle, à laquelle une fine équipe d'Italiens nous propose de répondre avec des graphiques. Je m'explique : chacun de nous peut, dans la vie de tous les jours, constater que des choses on ne peut plus prosaïques empoisonnent notre quotidien, au sens propre comme au figuré. Les poubelles, par exemple. N'importe quel Libanais roulant fenêtres ouvertes près du quartier de la Quarantaine pourra en témoigner : même avec toute la bonne volonté du monde, il est impossible de faire abstraction du problème odorant des déchets. Oui mais que faire ? Remonter les vitres électriques et allumer la climatisation ? On l'a tous fait, avec un sentiment mêlé de soulagement et de culpabilité. Le centre Mena Design Research, organisateur de cette semaine du design, a tenté de proposer une solution alternative dans le cadre du projet Desmeem. D'abord, comprendre ce qui se passe exactement, ensuite, rendre les explications intelligibles au grand public. Première étape, collecter les données sur la question. Ensuite, réaliser un graphique qui permette d'avoir une vision globale de la situation sans avoir besoin de lire une thèse sur la gestion des poubelles dans le pays. Bon, le résultat n'est pas plus agréable que l'odeur desdites poubelles, mais au moins on sait à quoi s'en tenir.
Comme un voyage de mille pas commence par un pas, l'équipe a essayé de résoudre un petit bout du problème en s'attaquant à celui des sacs plastiques (ceux qu'on vous remettra diligemment dans n'importe quelle boutique, y compris pour envelopper un paquet de cigarettes). Bourj Hammoud a servi de laboratoire de recherche pour l'occasion. On y a placé des collecteurs de sacs plastique que la municipalité sera chargée de récupérer pour les redistribuer aux artisans qui s'en serviront pour créer des objets originaux. ’’C'est bon pour l'écologie et pour l'économie’’, assure-t-on dans le dossier de présentation, et l'initiative peut ’’être reproduite dans les autres quartiers de Beyrouth’’.

Encéphalogramme du pays
Indépendamment de ce projet, un atelier a été mis en place par le laboratoire Density Design et Sciences-Po Paris dans l’espace Laboratoire d'art à Gemmayzé. Cette fois, la vingtaine de participants était chargée de s'attaquer à une autre question : le traitement de l'actualité libanaise par la presse étrangère. L'exemple du Guardian, grand quotidien britannique, a été choisi. Le principe était de recenser tous les articles publiés entre 2005 et 2012 concernant de près ou de loin le Liban. Il a fallu ensuite faire une analyse de données, de mots-clefs et dégager plusieurs thèmes et problématiques. On arrive au final à un graphisme en trois partie.
La première ressemble à un encéphalogramme du pays, tout au long de la période étudiée. On peut voir sans difficultés que le cœur du Liban bat plus fort pendant la guerre de 2006, les affrontements de 2008, et plus récemment, pendant les révolutions arabes où le Liban est cité fréquemment.
La deuxième partie est plus géographique. Composée de cartes du monde disposées de manière chronologique, elle entreprend de mettre en lumière les pays et régions du monde en relation avec le pays du cèdre. On peut voir très clairement comment l'actualité libanaise se promène sur la carte en fonction de ce qui se passe effectivement sur le terrain. Une bonne manière d'appréhender les changements politiques de manière globale.
La troisième et dernière partie prend la forme d'un arbre, qui met en lumière les relations entre les différentes personnalités citées dans les articles au fil du temps, offrant un panorama intéressant pour qui se perd dans les alliances et mésententes des divers acteurs de la vie libanaise.

’’Quand on regarde le résultat, on s'aperçoit qu'on peut raconter des histoires avec un graphique’’, explique Giorgio Uboldi, membre du laboratoire Density Design.

Espérons que cette histoire-là ne soit que la première page d'un long livre qui nous permettra de lire entre les lignes.

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