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’The Hour of the Wolf’ de Mounir Abou Debs à l’AUB

Le département d’arabe et de langues du Proche-Orient et le programme de littérature Anis Makdessi à l’AUB présentent ce week-end, avec le soutien du ministère de la Culture, deux représentations de la pièce ’The Hour of the Wolf’, suivies d’une rencontre-discussion avec le metteur en scène et les acteurs. Ce sera là l’occasion de retrouver – ou de découvrir, pour ceux qui ne le connaissent pas encore – le théâtre tel que le conçoit Mounir Abou Debs.

Nous avions rencontré Abou Debs l’été passé, lors de son passage au Liban pour participer au douzième Festival de Freykeh. Retour avec ce grand artiste sur toute une vie vouée à la création théâtrale.

Un chemin vers ’le silence et l’immobilité’
De retour au Liban pour quelques mois, Mounir Abou Debs, barbe blanche et yeux malicieux, nous ouvre la porte de sa maison de pierre. Avec la vivacité d’un lutin, il s’affaire autour de l’antique poêle afin d’amener un peu de chaleur dans l’immense salle typiquement libanaise, décorée comme pour un lever de rideau. Appuyé sur un bâton en bois, il scrute son interlocuteur avec une curiosité insatiable ; d’ailleurs, c’est lui qui pose les questions. Progressivement, on entre dans la pensée d’un homme aussi vieux et noueux que les oliviers de son jardin, et sans doute aussi sage.

Pour Mounir Abou Debs, le théâtre est l’exact opposé du divertissement consumériste pour lequel on le fait si souvent passer. Jouer, créer, représenter ne peuvent être que le fruit d’un long processus au cours duquel l’acteur doit apprendre à rester immobile dans sa concentration. Le geste doit être esquissé avec le plus de simplicité et de modestie possibles, le mot proféré sans signification et l’écoute omniprésente.

Mounir Abou Debs place son approche du théâtre au croisement du Nô japonais et des traditions corporelles soufies – zones qu’il a atteintes sur le chemin de son propre développement créatif. Il s’inspire également des voies suivies par Craig, Appia ou Artaud : l’idée de créer une identité théâtrale en-dehors du texte. Aussi ses mises en scène ont-elles toujours été placées sous le signe du sacré, voire même du mystique, en empruntant aux grands textes grecs ou élisabéthains.

Abou Debs est également un mélomane persuadé que la musique doit faire partie intégrante de ses mises en scène, de quelque manière que ce soit : chœurs antiques, musicalité de la langue, instruments… L’art du théâtre doit être un art total, un chemin vers ’le silence et l’immobilité’, en rupture avec l’agitation stérile du divertissement pur.

Les chemins de l’art total
Cette idée singulière, Mounir Abou Debs l’a emmenée avec lui de Beyrouth à Paris, et de Paris à La Rochelle, ville à laquelle il voue un amour particulier. À chaque nouvelle arrivée dans un endroit, ce passionné ne peut s’empêcher de créer un atelier. Il en a animé en France quinze années durant ; beaucoup de ses créations sont des improvisations nées dans le cadre de ces initiatives.

Pourtant, ses débuts ne le destinaient pas plus au théâtre qu’à la mise en scène. Arrivé à Paris au tout début des années 1950 après des études d’art, il fréquente les cercles dramatiques de la Sorbonne, ce qui le conduit progressivement à s’intéresser au théâtre, et spécialement aux tragédies grecques dont les réminiscences l’accompagnent jusqu’à présent. Il participe à l’élaboration de la première télévision française en jouant dans des dramatiques très suivies à l’époque, ce qui lui vaut d’être invité à reproduire cette expérience de pièces de théâtre retransmises à la télévision au Liban.

Le succès est au-delà de toutes les espérances, et Mounir Abou Debs est appelé à participer à la direction artistique du premier Festival de Baalbeck. Naît ensuite l’École du théâtre moderne, soutenu par le Festival de Baalbeck, qui forme des acteurs depuis 1961 et dont le cinquantenaire a été fêté au dernier Festival Shams.

Malgré le désamour en vogue pour un théâtre d’art tel que voulu par Mounir Abou Debs, la création sensible et la lenteur du processus sont toujours vivantes et plus que jamais nécessaires à une époque placée sous le signe de la consommation et de l’immédiateté.

Marie Abiven


’The Hour of the Wolf’, Mounir Abou Debs
AUB, West Hall, Bathish Auditorium
Les 26 et 27 novembre 2011 à 20h30
(04) 917502 ; (70) 604353

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