Nancy Naous, 4120 kilomètres et un corps

Dans le cadre du festival DansFabrik de Brest, une dizaine d’artistes libanais ont été invités à se produire. Parmi eux, Nancy Naous. La chorégraphe installée entre la France et le Liban y présente sa nouvelle création : ‘These shoes are made for walking’. Une performance de danse contemporaine alliant mouvement, son, et musique, à travers une danseuse/comédienne et un danseur qui s’inspire des évènements qui se déroulent dans le monde arabe.

Les deux interprètes dansent aux rythmes de la dabké et de la musique orientale afin de nous parler des soubresauts du Moyen-Orient et de ses conséquences sur le corps.
L’occasion de mieux connaître Nancy Naous, danseuse, comédienne et chorégraphe, fondatrice de la compagnie 4120. corps.


Racontez-nous votre parcours et votre découverte de la danse
Dès mon plus jeune âge, j'ai pris des cours de danse classique durant plusieurs années puis de jazz, de dabké et de ballet moderne. Je me suis toujours intéressée au corps, mais comme il n'y a pas de formation diplômante en danse au Liban, j'ai décidé de faire du théâtre tout en continuant à suivre des cours de danse. Au cours de mes études universitaires je me suis penchée vers le théâtre physique avant de découvrir la danse théâtre puis la danse contemporaine à travers des ateliers, des stages et des vidéos de danse. Quand j'ai obtenu mon master en théâtre à la faculté des Beaux Arts au Liban, j'ai passé deux ans dans l'enseignement du théâtre et j'ai participé à plusieurs spectacles et pièces de théâtre. J'ai également été membre de la troupe libanaise de théâtre de mouvement ‘studio 11’ sous la direction de Roueida Al Ghali Horning, (les créations de cette troupe se basent sur les recherches personnelles de chacun de ses membres pour promouvoir une identité de jeunes artistes libanais de l’après-guerre). Ce collectif était peut-être le premier au Liban qui explorait la danse théâtre et la danse contemporaine sur scène et dans des espaces urbains.
Je me suis ensuite dirigée vers Paris où j'ai décroché un master en arts du spectacle et un diplôme d'études corporelles tout en suivant stages et ateliers de danse contemporaine en plus de ‘l'entraînement régulier du danseur’ que j'ai suivi pendant deux ans à Micadanses à Paris. Ce sont des cours de danse qui se font chaque matin avec, chaque semaine, un professeur ou un chorégraphe différent.

Pourquoi avoir créé une compagnie entre la France et le Liban ?
Quand je suis venue en France, je voulais y rester uniquement le temps de ma maîtrise. C'était en 2002. Je suis retournée au Liban en 2005 comme prévu après avoir obtenu ma maîtrise, mais entre-temps j'avais croisé des artistes en France, j'avais collaboré avec eux et avais envie de continuer à le faire. J'ai donc décidé d’amener des chorégraphes et danseurs français et étrangers résidant en France à donner des ateliers de danse à Beyrouth. C'est un projet qui a tenu la route pendant deux ans. Je faisais donc beaucoup d'aller-retour entre Beyrouth et Paris. Je sentais à ce moment-là (d'ailleurs, j'ai ce sentiment encore aujourd'hui) que j'avais un pied posé à Beyrouth et un autre à Paris, le grand écart, et ça me plaisait !
J'ai traversé les 4120 kilomètres qui séparent ces deux villes beaucoup, beaucoup de fois. Quand j'ai décidé de fonder une compagnie de danse contemporaine, je voulais qu'elle soit ici et là-bas dans et entre ces deux villes.
Son nom, 4120. corps : 4120 pour le nombre de kilomètres qui les séparent.
.CORPS : pour ce corps qui se pointe et se pose tantôt ici et tantôt là-bas.
J’ai aussi pris la décision quand j'ai fondé la compagnie que chaque création serait présentée en premier lieu à Beyrouth. Décision que j'ai tenue jusqu’à aujourd'hui, mais qui est assez coûteuse ! Je ne sais pas si j'y arriverai encore longtemps.

Quelle est votre vision de la danse et des messages que l'on peut véhiculer à travers le corps et les mouvements ?
Pour être sincère, je ne sais pas du tout si l'on peut véhiculer des messages à travers le corps ! En tout cas, personnellement je n'ai pas envie de le faire, et puis c'est peut-être beaucoup plus simple de transmettre verbalement les messages.
Il y a beaucoup de barrières et de tabous quand il s'agit du corps ; c'est le corps lui-même qui est ce message. Danser, pour moi, est un acte politique, fouiller le corps le travailler c'est déjà prendre parti. C'est un engagement à la fois physique et intellectuel. Je crois que la danse questionne le monde sous tous ses aspects : social, politique, culturel, religieux, psychologique... Si je m'interroge sur ce qui m'entoure à travers ma danse, c'est parce que je crois aux changements. Si je présente mon travail à un public, c'est parce que forcément j'ai quelque chose à dire, à partager à exprimer sur ce monde dans lequel je vis.

Quel sera le spectacle que vous présenterez au DansFabrik ?
Je vais à Brest avec ‘These shoes are made for walking’ ma dernière création que j'ai présenté à Beyrouth au théâtre al-Madina en septembre 2013. Je décris cette pièce pour deux danseurs (Dalia Naous et Nadim Bahsoun), comme des essais chorégraphiques sur les événements en cours dans le monde arabe. C'est le point de départ d'une recherche sur le mouvement que j'ai entamée il y a 3 ans et qui se propose de tenter d’amorcer le développement d'un langage corporel contemporain émanant de la dabké et de la danse orientale.

Avez-vous des projets au Liban dans les mois à venir ?
Al Mawred ALThaqafy (culture ressource) a sélectionné quelques artistes boursiers sur les dix dernières années pour proposer des projets artistiques. Je fais partie de ces artistes-là et je travaille en ce moment en collaboration avec le compositeur de musique Wael Koudaih (qui compose toutes les musiques de mes pièces) sur un projet qui questionne la danse la musique et la religion. Une partie de ce projet sera produite et travaillée au Liban, il y sera sûrement aussi présenté, mais nous n'avons pas encore fixé des dates.
En avril, je commence également la re-création d'un duo avec ma sœur Dalia Naous intitulé ‘33j’. C'est un duo qui a été créé en 2008 ; j'ai envie de le refouiller le retravailler et tenter de l'adapter à ma nouvelle recherche corporelle. Nous ferons ce travail à Paris puis à Beyrouth.

Lire aussi Les “lucioles” de Beyrouth à Brest pour le festival DansFabrik


‘These shoes are made for walking’
Concept et chorégraphie : Nancy Naous
Danseurs : Dalia Naous et Nadim Bahsoun
Composition musicale et sonore : Wael Koudaih
Scénographie : Cynthia Zahar
Costumes : Sidonie Floret
Lumières : Hagop Der-Gougassian


Festival DansFabrik de Brest
Du 17 au 22 mars 2014
www.dansfabrik.com

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