Home Top (1440 x 150px)

‘Léocadia’ : extravagance et poésie

Les planches du théâtre Tournesol accueillent jusqu’au 3 juin encore ‘Léocadia’, une pièce rose de Jean Anouilh, mise en scène par Alain Plisson et interprétée par sa troupe d’acteurs amateurs. Quand la vie triomphe.

On connait surtout la face noire de Jean Anouilh, avec son ‘Antigone’ politique notamment, mais on connait beaucoup moins sa face rose, sa facette légère; d’ailleurs lui-même organisait ses œuvres en séries thématiques. Parmi ses "Pièces roses", ‘Humulus le Muet’, ‘Le Bal des voleurs’, ‘Le Rendez-vous de Senlis’ et ‘Léocadia’. C’est cette dernière qu’Alain Plisson a choisi de mettre en scène, avec sa troupe d’acteurs amateurs, passionnés de théâtre.
De la légèreté donc, et du divertissement, mais toujours de qualité et en toute subtilité. Peut-il en être autrement quand il s’agit d’Anouilh. Ou quand il s’agit d’Alain Plisson, cet assoiffé de théâtre qui continue, contre vents et marées, à monter une pièce chaque année, à défendre le théâtre francophone, les pièces éternelles, classiques ou moins classiques. A l’instar de ‘Léocadia’, qui est "une sorte de conte", comme il est écrit dans le catalogue explicatif et détaillé qui accompagne toujours les mises en scène d’Alain Plisson. Un conte profondément humain, poétique, où l’amour triomphe. L’amour le vrai, celui qui s’ancre dans la réalité de la vie, dans le soleil qui réchauffe, dans la douceur du chocolat chaud et la saveur des tranches de pain bien croustillantes.

Tout commence avec Amanda, une modeste modiste venue de Paris qui débarque dans un château bien étrange. C’est Madame la Duchesse d’Andinet d’Andaine qui l’a dénichée et c’est elle qui l’accueille. Dès les premières répliques, dès les premiers gestes, Josyane Boulos, alias la Duchesse, entortille les spectateurs dans la simplicité de son jeu, dynamique, drôle et contagieux à la fois. Et voilà que surgit sur scène Jacques Mokhbat, dans le rôle d’Hector, très peu loquace, puisque ses mots sont toujours entrecoupés par la Duchesse, mais tellement juste dans son silence même, sa présence sur les planches. Le décor est installé ; presque tout, dans le château, dans le parc, décor et employés, statuette, chauffeur, marchand de glace, garde, maître d’hôtel, patron de l’auberge… font fonction de "souvenirs". Nous sommes bien chez les "toqués", comme le dit Amanda.

Progressivement, les raisons de cette étrange folie loufoque émergent : Léocadia Gardi, cantatrice roumaine, fut le grand amour du Prince Albert Troubiscoï. Cette grande passion ne fut qu’éphémère, trois jours seulement, car Léocadia trouva la mort, étranglée dans un étrange incident de foulard, allusion à la mort de la danseuse américaine Isadora Duncan. Marqué par ce décès, le prince Albert n’arrive pas à faire son deuil. Aussi, sa tante la Duchesse, tente-t-elle d’y remédier en reconstituant dans son parc et son château tout ce qui avait présidé à cet amour. C’est là qu’intervient Amanda, recrutée justement parce qu’elle ressemble à la défunte. La Duchesse espère que sa présence dans le château rallumera la flamme du Prince qui se morfond, réveillera le "joli garçon qui dort derrière son chagrin". Dans toute sa spontanéité, Amanda se prête au jeu. Et la vie triomphe.
Malgré quelques longueurs, au début surtout, la mise en scène d’Alain Plisson garde toute la fraicheur de la pièce, portée par ses acteurs amateurs : Marie Morel, Josyane Boulos, Bassel Madi, Carlos Yammine, Jacques Mokhbat, Robert Martin, Alain Girardet, Cyril Jabre et Philippe Fayad. Ils donnent le meilleur d’eux-mêmes avec certaines scènes particulièrement extravagantes, où les mots dansent et pétillent comme ce "Pommerey Brut 1923". ‘Léocadia’ vous fait entrevoir la vie en rose, où pointe toutefois des pépites de vérité crue.

Nayla Rached

Articles Similaires

Article side1 (square shape or rectangular where the height is bigger than the width)
Article side2 (square shape or rectangular where the height is bigger than the width)