Le festival international de théâtre du Liban à Nabatieh : semer la culture et la joie

La ville sudiste de Nabatieh vit en ce moment une belle aventure culturelle à travers le déroulement du Festival international du théâtre du Liban organisé par Kassem Istanbouli, réalisateur et acteur, le théâtre Istanbouli et l’Association de Tyr pour les arts, avec le support des municipalités de Nabatieh et de Tyr, des ministères de la Culture et du Tourisme et de la Régie libanaise de tabac et tombac. L’événement marque la réouverture du cinéma Stars, fermé depuis 27 ans qui accueille ce festival du samedi 20 jusqu’au soir du 26 août avec un programme riche varié et original.

Samedi 20 août au soir, Nabatieh est en pleine effervescence ! Le Festival est lancé ! Ses rues s’animent avec un carnaval qui défile aux rythmes de la musique, de jeux sportifs et de scoutisme, à partir du centre de la ville jusqu’aux portes du cinéma Stars. Dans le hall une assistance nombreuse s’attarde devant une exposition de matériels cinématographiques anciens et de posters provenant des archives de cinémas arabes et étrangers. Dans la salle, aux premiers rangs de l’assistance les officiels ont pris place, ponctuant l’importance de cet événement. Un petit documentaire est aussitôt projeté sur la restauration de cinéma Stars par les élèves du théâtre Istanbouli et des volontaires.

Prenant la parole, la metteure en scène espagnole Anna Cendrero Alvares s’exprime au nom du célèbre écrivain espagnol Fernando Arabel, disant : ‘‘Hommage au Liban, à Nabatieh et au théâtre Istanbouli pour la réouverture d’un espace culturel à l’heure où l’on assiste à la fermeture de certaines salles de théâtre de par le monde. Tous mes vœux pour ce bel événement culturel qui défie les systèmes et j’espère qu’Arabel sera parmi vous un jour’’. Toutes les autres allocutions ont mis l’accent sur l’importance de cet événement exceptionnel qui confirme le rôle des jeunes, la nécessité du développement et du tourisme culturels.

Kassem Istanbouli parle à son tour de cette deuxième expérience : ‘’après celle de Tyr, réalisée par des jeunes et des volontaires et qui a prouvé qu’un projet culturel n’a pas besoin de financements énormes, mais de foi, d’amour et de compétences. Ce festival se démarque aussi par un changement d’équation du fait qu’il s’élance du sud vers la capitale’’.

Le Festival s’est ouvert par la pièce de théâtre ‘Sonata plomb’ de l’Irakien Hussein Joubar qui évoque le jeu de labyrinthe en temps de guerre et le langage des balles, une œuvre qui évoque l’absurdité de ce langage de plomb à travers un humour noir.

Création d’un vaste projet culturel au Sud
La veille de l’ouverture du Festival, Kassem Istanbouli a évoqué pour nous la genèse de ce projet affirmant : ‘‘le lancement de ce Festival international de théâtre du Liban à Nabatieh est intégré à notre projet initial qui remonte à 2008, où nous avions fait une première expérience dans la ville historique de Tyr en réaménageant et en rouvrant le cinéma Hamra fermé depuis 30 ans. Nous y avons présenté des spectacles, plusieurs festivals de cinéma, organisé des carnavals, un théâtre de rue. De même nous avons créé notre propre théâtre et un atelier d'art ou l'on forme des étudiants au théâtre au cinéma au dessin, à la peinture, le tout gratuitement, toutes nos activités sont d'ailleurs gratuites. Nous avons dès lors décidé de transposer cette expérience réussie à Nabatieh en y réaménageant et rouvrant le cinéma Stars’ fermé depuis 27 ans qui incarne l'histoire, l’identité et la mémoire de la ville’’.

Pour Istanbouli, le public pour ce genre d’activités existe à Nabatiyeh comme partout ailleurs dans le pays, mais précise-t-il, ‘‘il s'agit d'habituer les gens à se rendre au théâtre à assister à des films, à écouter de la musique, mais tant que vous ne leur présentez rien comment vont ils s'informer et s'intéresser au théâtre? Il faut qu'il y ait un lieu et des acteurs pour qu’il y ait un public. Le théâtre a besoin de ces trois éléments et le lieu peut être à ciel ouvert. Nous sommes ainsi dans la phase de création d'un vaste projet culturel au sud’’.

Le volontariat au service de la culture
Les préparatifs du Festival de théâtre à Nabatieh ont pris non moins de six mois nous assure Istanbouli. ‘‘Nous avons travaillé dans la limite de nos possibilités modestes avec la collaboration des étudiants du théâtre Istanbouli et de jeunes volontaires qui ont mis tout leur enthousiasme dans ce projet y travaillent avec amour. Car hélas ceux qui ont de grandes possibilités financières préfèrent investir ailleurs dans des projets lucratifs. Nous avons fait au mieux pour restaurer cette salle de cinéma de 700 places en préservant son identité et son aspect d’origine. Telle une église, elle incarne la mémoire culturelle et sociale de la ville. Dans les années 70 et 80, elle accueillait des gens du théâtre, des hommes politiques…et était un lieu de rencontre pour les fils de Nabatiyeh et de la région’’.

Pour ce féru de théâtre et de cinéma de 30 ans, les gens ont soif de joie et nos régions ont grand besoin de cette joie. ‘‘Lorsqu’on voit les enfants, nous demander chaque jour quand est-ce que vous allez ouvrir la salle de cinéma, ceci nous donne de l'espoir, notre but est de créer la culture du volontariat au service de la culture qui est essentielle dans notre vie de tous les jours comme beaucoup d’autres choses. A Tyr, nous avons autour de 28 élèves dans le cadre de notre école de théâtre. Et au cours des deux dernières années, plus de 70 élèves ont participé à des sessions de formation en théâtre, cinéma et photo. Aujourd'hui trois d'entre eux poursuivent leurs études à la fac des Beaux-arts de l'UL. Nous en sommes fiers’’.

Diversités de thèmes et de langues
Le Festival s’est ouvert le samedi 20 et se poursuit jusqu’au 26 août avec deux représentations en dehors de Nabatieh, une à Beyrouth et l’autre à Tyr. Les participants viennent de différents pays et les pièces sont données dans différentes langues. ‘‘Notre objectif, affirme son organisateur, est de consolider le mouvement théâtral au Liban sud en regroupant des compagnies de théâtre indépendantes de par le monde avec de jeunes compagnies de théâtre indépendantes au Liban. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de connaître une langue pour comprendre le langage théâtral. La prestation, le jeu, la scénographie, les costumes, le décor… sont à eux seuls un langage… Puis, quand on présente une pièce en arabe à l'étranger, il faut que le public entende cette langue et apprenne à l'aimer... idem pour les pièces en langues étrangères jouées au Liban. Notre but est de faire connaître à notre public de nouvelles cultures. Il y aura des représentations en espagnol, en arabe, en anglais, en slovène, en perse, de la danse, du théâtre expressif, de la musique... Les thèmes sont très diversifiés entre drame, danse, théâtre interactif, carnaval de rue... On ne se limite pas à un seul aspect des écoles de théâtre’’.

Parade et sit-in à Tyr
Acteur et réalisateur libanais Kassem Istanbouli est natif de la ville de Tyr en 1986 de père libanais et de mère palestinienne de Akka. Son grand-père Hamid Istanbouli pêcheur de profession était aussi un hakawati (conteur), qui s’intéressait au cinéma et projetait des films sur le mur du hammam turc. Son père Mohammad Istanbouli travaillait à l’Electricité du Liban tout en s’occupant de la réparation des machines de cinéma. Kassem a donc baigné et grandi dans cette ambiance, ce qui explique son amour du théâtre et du cinéma. Diplômé de la Faculté des beaux-arts de l’Université libanaise section théâtre et cinéma en 2009, il obtient son master en 2014. Il a participé dès son plus jeune âge à différentes pièces de théâtre. En 2008, il a fondé à Tyr le théâtre Istanbouli, et fait parler de lui avec la restauration et la réouverture du cinéma Hamra à Tyr qui était resté fermé durant 30 ans. Plusieurs activités et festivals de théâtre et de cinéma furent organisés dans cette salle depuis lors, dont le festival du cinéma européen au Liban.

Mais il y a trois mois, le contrat de location de la salle de cinéma Hamra par le théâtre Istanbouli étant terminé, ses propriétaires n’ont pas voulu le renouveler disant qu’ils comptent eux-mêmes faire marcher cette salle. Mais souligne mon interlocuteur, ‘‘le cinéma est toujours fermé et nous allons faire un sit in pour dénoncer sa fermeture, car aujourd’hui il n’est plus permis qu’un lieu culturel reste fermé au Liban. On comprend que durant les années de guerre il y avait des cas de forces majeures, mais aujourd’hui cela est incompréhensible et les fils de Tyr sont tristes et déçus de voir cette salle fermée alors que nous sommes prêts à continuer à la faire fonctionner. L’ouverture de la salle et les activités qui s’y déroulaient ont contribué à placer Tyr sur la carte touristique et de développement de la région et le commerce autour d’elle s’était activé et avait prospéré. Le cinéma Hamra était comme l’un de nos enfants. Les gens étaient heureux. Nous espérons obtenir sa réouverture. De même que nous plaçons notre confiance et notre espoir dans le cinéma Stars cinéma qui vient d’ouvrir ses portes à Nabatieh’’.

Nelly Hélou

Consultez le programme en cliquant ici

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