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‘Le Critère de Griffith’, bouscule l’image de la femme au Moyen-Orient

Du 26 février au 14 mars, Station présente ‘Le Critère de Griffith’, une performance artistique mêlant danse, vidéo, texte et musique. Réalisée par Danielle Labaki, cette création réunit sur scène trois talentueuses comédiennes qui, chacune, apporte son univers et son savoir-faire pour explorer, ensemble, les mécanismes de résistance de la femme. Caroline Hatem, une des artistes, nous raconte les coulisses de son expérience.


Vous présentez ‘Le Critère de Griffith’ à Station du 26 février au 7 mars. Que pouvez-vous nous dire de cette performance ?
Le Critère de Griffith est une installation théâtrale pluridisciplinaire et trilingue mêlant texte, vidéo, danse, musique, réalisée par Danielle Labaki, que nous avons spécialement invitée de France pour nous diriger. Venue de l'INSAS, et étant passée par la tradition de Grotowsky et d'Eugene Barba, Danielle tricote les matériaux qu'on lui amène, et tous les éléments de l'installation, pour les insérer dans l'espace non-théâtral qu'est Station Beirut, un lieu hybride qui accueille en général des expos et des concerts. Walid Abdelnour crée une très belle vidéo, Rayan Nihawi s'occupe de la lumière, et Marc Codsi du son. Tous pensent une pluralité d'espaces et d'expériences. Ainsi, le public pourra circuler dans l'espace autour de nous, s'il le désire, multiplier les points de vue, et d'écoute.

Quelle est l’histoire ou le thème de cette prestation ?
Nous avons voulu explorer le point de rupture : combien un matériau peut-il supporter, quelle est sa résistance intérieure, à quel moment se brise-t-il? Ce matériau étant, ici, plusieurs femmes. Nous sommes trois sur le plateau, mais nous représentons des milliers de femmes. Le sujet devient aussi celui de la puissance. Quels sont nos ressorts ? Comment activer la sorcellerie, nos forces profondes, magiques, pour nous renouveler, nous relever, et surtout, saisir la beauté, la solidarité, la splendeur. Plutôt qu'une histoire, je dirais que nous suivons un mouvement, avec ses rires, ses chutes, et un parcours de femmes qui circulent, désirent, subissent, s'élèvent.

Qui sont vos partenaires de scène ?
Camille Brunel est française, installée au Liban depuis plusieurs années, une magnifique comédienne que j'ai la chance de voir travailler tous les jours. Camille est aussi metteur en scène (elle a récemment monté Roberto Zucco au Centre Dramatique de Limoges) et auteure (sa pièce ‘Fouilles’ vient d'être éditée aux éditions Arcanes). Zalfa Seurat est cinéaste et comédienne. Sur ce projet, elle chante, joue de sa guitare, danse. Nous vivons un grand bonheur d'interprètes!

Quand avez-vous commencé les répétitions et comment travaillez-vous ?
Nous avons commencé à nous retrouver toutes les trois l'année passée, jusqu'à la rencontre avec Danielle. Elle est venue trois semaines en été pour une première étape de travail. Nous venons de reprendre la création au plateau : tout se fait comme par magie, à partir d'un texte, d'une musique, d'une vision (de comédienne, ou de Danielle). Ensuite vient le travail - la mise en place! Tout cela dans le studio de danse d'Alice Massabki que nous avons la chance d'occuper, avant d'investir l'espace à Station.

Comment Danielle Labaki, la réalisatrice de l'installation, vous guide-t-elle?
Danielle est partie de notre désir, de nos questionnements, d'une idée: ‘‘Des femmes comme nous, dans un autre temps, on les aurait brûlées’’. Comme nous, c'est-à-dire réfractaires à un certain ordre, et pleines d'appétit pour la vie, avec ce que cela implique dans une société conservatrice au Moyen-Orient. Nous étions aussi traversées de peurs liées à la guerre, aux massacres, à Daech, et j'en passe.
Or, en posant les bonnes questions et en tricotant à sa manière de sorcière, Danielle nous mène vers un résultat bien plus complexe, ouvert, en évitant tous les pièges (lourdeur, évidences, thèmes rabâchés sur les femmes et l'oppression). Dans un travail aussi éclaté, protéiforme, avec nos trois personnalités et nos trois langues, elle impose par ailleurs une grande rigueur et exigence, une leçon de maître.

Vous mêlez danse, vidéo, texte, et musique. Un art a-t-il plus de poids que l’autre ?
Nous sommes parties de textes, mais aussi de situations. Il s'agit de théâtre, tout de même, et Danielle provient d'une école du corps : les mots doivent jaillir du corps, voire de la terre en dessous! La vidéo a tout de suite pris une grande place, elle donne à voir le reste du monde, et ajoute une poésie extraordinaire. La musique est éclectique, de la musique Punk à Haendel, à des compositions originales... et la danse enfin s'est invitée, naturellement. Non, je ne peux pas dire qu'un art prime sur les autres!

Quelles sont vos influences artistiques ?
Kantor, Squat Theatre, Platel, Magazzini Criminali pour Danielle, mais aussi des figures d'artistes, d'écrivains qui nous inspirent, Marina Tsvetaeva, Duras, ou Patti Smith!

Quel message sur la place de la femme véhiculez-vous ici ?
Nous espérons éviter les clichés, le jugement. Presque sans le vouloir, nous transmettons une image de liberté, de vie plénière, complexe. Une femme est mère, gamine, un jour elle est splendide, un autre elle s'effondre, elle tente, elle échoue, elle résiste comme elle peut, puis elle écrit une chanson, elle fait sa valise, s'en va... Nous rappelons surtout que les ressources sont infinies, qu'elles résident dans la solidarité féminine, dans l'intuition, la nature, et la création artistique. Mais cela on ne le dit pas : on le donne à voir.

Ce message prend-t-il une dimension particulière ici au Liban ?
Le Liban est une société elle-même très complexe et multiple, où on peut regretter que les femmes ne prennent pas la pleine mesure de leur puissance. Elles préfèrent ne pas fâcher et se protéger. Mais nous ne jetons pas la pierre. Nous portons tous le poids de la filiation, de la peur au ventre, des contraintes. Cette installation est simplement un mode de survie, d'échappée et d'émulation amicale!

Votre performance a-t-elle vocation à être jouée en dehors de nos frontières ?
Oui, nous espérons tourner. Notre structure est très légère (pas de décors), et nous nous adapterons aux langues locales! Nous avons surtout l'ambition d'un projet de qualité, universel - en échappant justement à l'anecdotique et à la facilité.

Quels sont vos projets à venir ?
Camille et Zalfa écrivent ensemble un scénario, Camille monte un texte théâtral libanais, nous avons toutes des projets de jeu. Personnellement, je suis surtout professeur de danse..! Et plusieurs membres de notre équipe (Camille, Walid, Rayan, Jean-Noël le photographe) font partie d'un groupe informel qui monte des projets collectifs : expositions, concerts ou films documentaires... Nous sommes heureux de nous être trouvés.

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