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La première école de cirque au Moyen-Orient… en Palestine

Une école qui enseigne les arts du cirque au Moyen-Orient ; c’est en Palestine qu’elle se trouve. Shadi Zmorrod, fondateur et directeur général de la Palestinian Circus School, raconte le "projet d’une vie".


Pour Shadi Zmerrod, que nous avons rencontré lors du Forum euro-méditerranéen de l’Eunic en Jordanie, le "projet d’une vie" était avant tout un rêve d’enfant. Un enfant qui avait tellement envie de faire partie d’un cirque. Les années s’écoulent et le regard de l’enfance s’estompe face aux nécessités de la vie. Shadi commence à travailler dans le domaine du théâtre, dans les pays arabes et européens. Mais à mesure que le temps passe, il se sent las du rôle du comédien à qui on colle un texte. Il commence à chercher d’autres moyens de communication. Il se tourne alors vers ce qu’il a appelé "l’improvisation corporelle dans le vide".

Une culture haute résistance
Shadi se sent attiré par l’idée du cirque, quand tout simplement sa mère lui rappelle sa fascination du cirque. Le rêve de l’enfance émerge à nouveau. Et entraîne une action : il fonde en 2006 une école des arts du cirque en Palestine. "C’était une idée folle au début. Même aujourd’hui, notre travail relève de la folie. Mais en même temps, du réel, sur le terrain en Palestine. En 2006, on avait beaucoup de défis à surmonter. Notamment le fait de savoir comment est-ce que la société palestinienne et arabe allait accepter l’idée d’un cirque. Une idée qui n’existe pas à la base dans nos sociétés, qui ne fait pas partie de notre culture. Le cirque était aussitôt associé aux animaux, aux hommes qui portent des justaucorps… Le grand défi pour moi était de prouver au public de mon pays que nous, en tant que Palestiniens, nous pouvons faire quelque chose qui reste palestinien et respecte les traditions, les religions et les coutumes qui existent en Palestine".

Si ce défi s’est effiloché au fil du temps, l’équipe de la Palestinian Circus School (PSC) a toujours quantité de défis à surmonter, à contourner. Des défis reliés essentiellement à l’occupation israélienne. Problèmes sécuritaires de tous genres, difficulté de déplacement d’une région à une autre, risque de ne plus pouvoir rentrer en Palestine, emprisonnement de certains étudiants, interdiction de travailler, refus d’octroi d’autorisations d’entrer à Jérusalem, équipement retenu durant de longs mois par l’occupation, impôts élevés sur le matériel… "En tant que Palestinien, je vis une vie de mensonge".

Le cirque comme besoin social
"Quand on a commencé à travailler l’idée, on ne savait pas exactement où on allait. C’était juste un rêve lancé dans l’inconnu, dans le vide. Peu à peu, l’idée s’est éclaircie. On a commencé à enseigner les arts du cirque, à utiliser le cirque comme moyen social. On insiste sur ce côté-là, sur le "Social Circus". Actuellement on est en train de créer une académie des arts du cirque qui ouvrira en 2014-2015 en Palestine", le temps de récolter les fonds nécessaires pour la construction de l’académie.
"Le bâtiment servira en même temps de centre culturel qui accueillera des spectacles de théâtre, de danse, de cirque, des concerts de musique… Il compensera l’absence d’un tel centre dans l’environnement de Birzeit où vivent et gravitent plus de 10 000 étudiants".

Depuis novembre 2001, la Palestinian Circus School a déménagé dans un ancien bâtiment historique au centre de Birzeit, offert pour une durée de 15 ans par Hanna Nasir, le fondateur de l’Université de Birzeit. Bâtiment qui a été rénové grâce à un don du gouvernement belge. Mais les travaux sont encore très nombreux, d’autant plus que les salles d’entraînement doivent avoir des proportions particulières : entre 9 et 15 mètres de hauteur. En attendant les entraînements se font dehors, dans le jardin, pour les élèves qui arrivent à se déplacer jusqu’à Birzeit. Parce qu’en raison des contraintes imposées par l’occupation, certains ne peuvent pas arriver jusqu’au siège de l’école. C’est pour cette raison que l’équipe du PCS se déplace elle-même plusieurs fois par semaine dans d’autres halls d’entraînement à Ramallah, à Jénine, au camp de réfugiés al-Fara’a… Aujourd’hui l’école compte plus de 150 étudiants, entre 10 et 30 ans, assure des cours régulières, des heures d’entraînement, d’apprentissage, présente des spectacles régulièrement, malgré tous les obstacles. L’idée du cirque s’est ancrée dans la société palestinienne, comme une nécessité presque.

Encore plus loin
Shadi Zmorrod ne cache pas sa fierté de voir certains de ses anciens élèves, aujourd’hui diplômés des plus prestigieuses académies des arts du cirque en France, en Italie, au Canada. En espérant que son académie à venir serait elle-même un jour habilité à le faire, quand l’art du cirque serait reconnu par le ministère de la Culture.
"Nous faisons pression et nous nous battons pour avoir ce droit", affirme-t-il. La première étape est enclenchée : constituer une école professionnelle qui offrirait aux étudiants un cursus complet, avec une année préparatoire et trois années académiques. "On ajoutera également la langue anglaise comme langue obligatoire, l’apprentissage des premiers soins et le management". Soit donc apprendre à un étudiant comment fonder sa propre troupe de cirque, sa propre école de cirque dans l’endroit où il le désire. Lui apprendre toutes les ficelles du métier. "Le but de l’académie est de propager les arts du cirque à un niveau professionnel, non seulement en Palestine. Notre but est de fonder des écoles de cirque dans le Moyen-Orient. Je me considère comme un générateur d’idée, ajoute Shadi Zmorrod. Il se peut que je fasse quelque chose prochainement au Moyen-Orient".


www.palcircus.ps

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