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Hishik Bishik : une comédie qui porte en elle la mémoire de l’âge d’or des cabarets du Caire

Cinquante musiciens, chanteurs, danseurs et acteurs ont recrée sur la scène du Festival international de Byblos la magie et la joie de vivre des cabarets du Caire des années vingt aux années cinquante. Signée Hisham Jaber, cette production originale et audacieuse a été rehaussée par la présence de l’orchestre philarmonique libanais (OPL) sous la direction de Loubnan Baalbaki. Une belle fusion.

Sur scène un cabaret cairote : d’un coté le bar avec les deux chanteuses et le barman, de l’autre les musiciens et chanteurs avec leur tarbouche rouge un autre en chawich (gendarme) et un derviche tourneur. A l’arrière fond de la scène des projections celle de Farouk en premier qui se déforme puis d’autres séquences amusantes certaines en trois dimensions. En tout neuf artistes pour faire revivre l’âge d’or de ces célèbres cabarets sous la houlette du directeur artistique Hicham Jaber qui affirme : ‘‘nous avons voulu présenter au public une œuvre qui respecte la pensée et l’art et qui consacre en même temps la joie de vivre, cette joie qui est la condition pour s’affirmer et persévérer’’.

De fait après trois années de présentation continue et à succès au théâtre al-Madina à Hamra, Hishik Bishik a décidé de se transformer en une œuvre ayant un cachet d’opéra avec la présence de l’OPL sous la direction de Loubnan Baalbaki. Un choix audacieux. Car il fallait savoir bien doser entre un répertoire musical typique des cabarets cairotes, des acteurs joyeux sur scène de l’humour dans les dialogues, des costumes d’époque, le oud, l’accordéon, la percussion et un orchestre philarmonique qui accompagne ces prestations.

Nostalgie de la belle époque des cabarets cairotes
Le spectacle de deux heures de temps s’est ouvert à Byblos sur la célèbre chanson ‘Cocaine’ de Sayed Darwiche et s’est achevé par cet autre refrain connue de tous ‘al Ataba Kazaz wel selloum naylon naylon’ (le plancher est en verre et l’échelle en Nylon) qui marque le déclin de toute cette belle époque cairote dont plusieurs générations s’en souviennent avec nostalgie.
Sur scène les mêmes artistes qui se produisaient à al-Madina : Ziyad al Ahmadiyeh, Yasmina Fayed, Lina Sahhab, Randa Makhoul, Ziyad Jaafar, Samah Abi el Mouna, Bahà Daou, Roy Habib et Wissam Dalati. Mais tel que l’explique le producteur ‘‘il y a eu de multiples changements pour la soirée de Byblos et ceci nous a pris trois mois de travail’’.
La distribution de la première partie du spectacle a été réalisée par Nidal Abou Samra et reprend des refrains célèbres des années vingt à la fin des années trente avec des scènes de rivalités entre les chanteuses et la danseuse du ventre Randa Makhoul excellente et de l’humour.
Après un entracte de vingt minutes le spectacle reprend. La distribution de la deuxième partie signée Ziyad el Ahmadiyeh comprenait des chansons des années quarante à soixante dont le fameux refrain ‘Ya Moustafa Ya Moustafa’ initialement composé et chanté par le libanais Bob Azzam. Cette partie est bien plus vivante que la première grâce notamment à la comédienne et chanteuse Lina Sahhab qui emplit la scène interpelle le public disant ‘‘vous pensez que le hajj va chanter du Placido Domingo et moi-même la Callas ? Non ici on est pour s’amuser et se détendre’’. Il y a une scène de mariage, une chanson sur le baiser une autre bien connue ‘ma echrab el Chai’ (boire le thé)…. et toujours l’incontournable derviche tourneur dans une prestation remarquable envoutante.
Evidemment ceux qui sont habitués au dialecte égyptien étaient en mesure de gouter davantage aux dialogues et paroles des chansons, mais même si cela échappait à d’autres on appréciait la musique et les rythmes. Les chansons étaient populaires (Baladi), mais aussi de grands compositeurs égyptiens.
Hélas on se demande que sont devenus ces célèbres cabarets du Caire ?

Rôle de l’Orchestre philarmonique libanais
A Byblos Hishik Bishik a revêtu une dimension nouvelle et particulière avec la présence de l’OPL. ‘‘C'est de la folie et du surréalisme que l'orchestre philharmonique joue par exemple la chanson ‘Salamat Oum Hassan’ affirme le réalisateur mais le résultat est beau avec de nouvelles dimensions dans la musique et les chansons populaires au Moyen-Orient’’. Jaber ajoute que ‘‘l'orchestre constitue une des personnalités de l'œuvre’’.
C’est d’ailleurs ce que souligne aussi Loubnan Baalbaki qui a enchanté le public tout âge ayant emplit les gradins en cette belle soirée face aux rives de la Grande bleue. Notre mare nostrum !
‘‘Lorsque j'avais vu le spectacle au Métro al-Madina j'avais constaté qu'il s'agissait d'une œuvre artistique sérieuse et dense dans tout le sens du mot. Faire revivre les anciennes chansons les présenter dans un cabaret dans un décor et des costumes d'époque, est en soi un spectacle proche de l’Opéra et j'étais persuadé qu’on pouvait réaliser une production intéressante’’.
Pour lui dit-il ‘‘ce fut un défi musical qui ouvrira la voie à d'autres œuvres artistiques et l’interaction entre l'orchestre et la troupe était à son plus haut niveau’’. D’ailleurs l'orchestre a constitué une des personnalités de la présentation et a joué des morceaux d'œuvres d'opéra internationales de la Traviata et autres…
Certains attachés à la tradition ont trouvé à redire sur la présence de l’orchestre et préfèrent la formule cabaret. ‘‘Mais si on veut innover dans la vie et qu'on a un esprit créatif on apprécie au contraire ce mélange entre cabaret et orchestre souligne Baalbaki’’.

Entre passé et présent, ce fut une soirée agréable.

Nelly Helou

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