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Eduardo Mosri : ‘‘Les Libanais emmènent leurs racines avec eux’’



La diaspora est une richesse culturelle pour le Liban.
Faire connaitre certaines figures artistiques auprès du public libanais, c’est les attacher encore plus à la mère patrie.
L’Agenda Culturel rencontre certains de ces artistes, nés ou originaires du Liban, vivant au Brésil, en Colombie, au Canada, en France…
Quelle image ont-ils du Liban ? Comment intègrent-ils dans leur création à la fois leurs origines, leur vision actuelle relative à une autre société ?

Depuis 2015, le comédien Eduardo Mosri interprète Miguel Mahfouz, émigré libanais fraîchement débarqué au Brésil à la veille de la Première Guerre mondiale. Après avoir conquis et ému le public brésilien, la pièce, intitulée ‘Lebanese Letters’, part en tournée à travers le monde ; elle sera jouée à Beyrouth en mai prochain au Centre culturel libano-brésilien, offrant ainsi l’occasion au jeune acteur, également co-auteur du spectacle, de revenir sur la terre de ses ancêtres.


Seul en scène, vous campez le personnage de Miguel Mahfouz, librement inspiré par l’histoire de vos grands-parents. Racontez-nous l’écriture de la pièce…
Tout commence en 2009 lorsqu’à la suite du décès de ma grand-mère, je tombe sur un paquet de lettres écrites en arabe de sa main. Avec le dramaturge José Eduardo Vendramini, comme moi d’ascendance libanaise, nous décidons de faire traduire les missives de mon aïeule et de les adapter pour le théâtre. Nous avons recueilli en parallèle de nombreux autres témoignages - tous authentiques - d’immigrés libanais de la même époque que nous avons compilés pour écrire le personnage de Mahfouz.
A son arrivée à São Paulo, le marchand levantin doit batailler dur. Ce fut le cas de tous ceux qui choisirent de s’expatrier pour recommencer une vie ailleurs : apprendre une nouvelle langue, s’adapter à de nouvelles coutumes, tout en préservant traditions et liens familiaux. En me glissant dans la peau de Mahfouz, j’ai pu éprouver et mesurer les peurs et les souffrances que nos ancêtres ont endurées, mais aussi la ténacité dont ils ont fait preuve. Cela m’a servi de fil conducteur dans mon travail d’acteur comme dans ma vie personnelle.

Quel regard porte le nouvel immigré sur son pays d’adoption ?
Dans ses lettres, Mahfouz tente de convaincre sa femme restée au Liban de le rejoindre au Brésil. Il s’émerveille ainsi de l’étendue du pays - la ville de São Paulo étant à elle seule plus vaste et plus peuplée que tout le Liban ! – ou de la grande diversité de nationalités représentées dans la société brésilienne… comme de la luxuriance de la faune et de la flore. Le récit de Mahfouz n’a pas été sans rappeler leur propre histoire à bons nombres de spectateurs, fils ou petits-fils d’immigrés, de toutes origines, et il a suscité une très vive émotion parmi le public. A l’issue de la plupart des représentations de la pièce, les gens restaient pour échanger et partager leurs souvenirs, les yeux souvent remplis de larmes. J’ai le sentiment d’avoir rendu hommage à ces pionniers et accompli un nécessaire devoir de mémoire envers ces migrants du XXe siècle. Il nous faut célébrer tout ce qu’ils nous ont transmis.

Quel est justement l’héritage commun à tous les descendants d’immigrés ?
En sus d’une grande capacité d’adaptation et d’un sens aigu du relationnel, je remarque que tous ont des liens familiaux très serrés, le sens de la fête ; ils sont pointilleux avec certaines règles et manifestent parfois des réactions émotionnelles excessives… tous ces traits de caractère se mélangeant avec fougue, comme chez les Italiens, réputés pour avoir le sang chaud !
Pour ma part, j’ai peu ou prou assimilé les côtés séduisants et charismatiques de la culture arabe qui me sont fort utiles dans mon métier d’acteur pour construire mes personnages !
Au nombre de mes valeurs personnelles, héritées de ma famille, figurent la loyauté, l’honnêteté, la détermination et le devoir de tenir ses promesses…

En quoi votre métier de comédien vous permet-il de rapprocher les gens et les cultures ?
Dans nos sociétés globalisées et interconnectées, il est temps de dépasser préjugés et stéréotypes et de se poser sérieusement la question de la place de ’’l’étranger’’. Faire coexister les différences, apprendre à mieux se connaître mutuellement, accueillir la culture de l’autre relève de la responsabilité de chacun au quotidien. Sur les planches, mon rôle est d’inciter le public à réfléchir à ces questions. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai voulu monter cette pièce : elle est un excellent point de départ pour lancer le débat sur le dialogue des cultures !

Etes-vous déjà venu au Liban ?
Pas encore ! Mais je vais réaliser ce rêve : avoir enfin la joie de découvrir la ville-Phoenix, Beyrouth reconstruite, Beyrouth moderne d’aujourd’hui, comme les villages éparpillés de l’arrière-pays. Je veux visiter le lieu de naissance de mes grands-parents, c’est un besoin physique et émotionnel.

Qu’évoque pour vous le mot de diaspora ?
Le déplacement d’une population quittant sa patrie pour une vie meilleure. Ces migrations sont toujours d’actualité dans notre monde. Je fais cependant la différence entre immigrants et réfugiés. Les premiers partent de leur plein gré, c’est un choix, une décision librement consentie, un acte de liberté et d’indépendance. Tandis que les réfugiés n’ont d’autre choix que de fuir pour survivre. C’est une question de vie en ou de mort. La diaspora libanaise se compte aujourd’hui par milliers et elle est disséminée partout dans le monde. Rappelons qu’il y a davantage de Libanais au Brésil qu’au sein des frontières du Liban ! La culture libanaise, les traditions, les compétences et les talents de cette communauté influencent la société des pays d’accueil car les Libanais, quelle que soit leur destination, emmènent leurs racines avec eux !

Quels sont vos projets et vos rêves pour demain ?
Je travaille bien sûr d’autres rôles pour la télévision et le théâtre, mais je veux continuer d’être le porte-voix de Miguel Mahfouz… et pourquoi pas monter d’autres projets pour faire connaitre la culture arabe.

Propos recueillis par Cécile Massoud


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L’Agenda Culturel tient à remercier le centre culturel libano-brésilien, Brasiliban, et tout spécialement sa directrice Najua Kamel Bazzi, pour sa collaboration sur le dossier ‘Diaspora culturelle libanaise’ et la prise de contact avec les artistes brésiliens d’origine libanaise.


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