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’Newyesterday’ réinvente le passé

Présenté le 21 avril dernier au Hangar d’Umam, dans le cadre du festival de danse contemporaine Bipod, le spectacle de la compagnie turque Taldans interroge l'audience sur le caractère mouvant de la mémoire.


’’Que sont devenus nos souvenirs ?’’ se demandent en cœur et en écho Mustafa Kaplan et Filiz Sizanli, deux artistes turcs qui forment la compagnie Taldans. Leur spectacle, baptisé ’Newyesterday’ (le nouvel hier), est une réflexion sur le travail de mémoire, menée en collaboration avec le dramaturge et philosophe Camille Louis. Le concept : découvrir ce que deux âmes et deux corps différents, ancrés dans le moment présent, peuvent exprimer lorsqu'ils regardent en arrière. Ces deux entités distinctes se répondent, se complètent, à travers leurs deux approches, leurs deux manières de se souvenir et de faire émerger de leurs consciences ce qui reste et ce qui a disparu de leur passé commun.

Regarder l'âme fractionnée de la ville
Quel endroit au monde pouvait mieux se prêter à l'exercice que Beyrouth ? Dans la ville, ’’privée de mémoire commune mais remplie de souvenirs multiples’’, la recherche de l'héritage d'un passé toujours présent prend tout son sens. ’’Les gens vivent dans la ville, mais, à Beyrouth, la ville vit aussi dans ses habitants’’, assurent les artistes. La philosophie du spectacle de Taldans, fruit d'une collaboration vieille de quinze ans, s'est penchée sur les âmes multiples de la cité. Il s'agit alors de comprendre et de revisiter la dramatique histoire commune des quinze ans de guerre civile qui continuent de ’’percer’’ le présent de ses habitants. Et quel meilleur lieu pour présenter cette réflexion que le Hangar d’Umam, organisation non gouvernementale gardienne du temple des souvenirs meurtris de Beyrouth ? Dans les locaux dépouillés, sous la lumière crue, les bruits de la ville résonnent comme un écho présent du chaos passé.

Faire tomber les barrières intérieures
A travers leur danse délivrée de tout artifice superflu, les deux artistes se concentrent sur l'expression caractéristique de leur art : l'être vivant. Avec leurs corps, ils étudient celui de la ville mouvante, ’’organisée par de multiples circulations’’, comme autant de vaisseaux sanguins. Ils cherchent ainsi à ’’dépasser les barrières internes qui, au niveau politique, séparent les communautés, les rues et les perspectives’’. Puisque le passé n'est pas, intrinsèquement, une donnée objective et consensuelle, mais une ’’réalité instable et vivante’’ qui émerge de personnes elles-mêmes mouvantes car en évolution constante, la danse doit créer un nouvel espace. Celui d'une composition qui articule les corps et les temporalités, une nouvelle manière d'exister ensemble, celle d'une ’’politique du sensible’’.

Ce spectacle, qui mêle danse, philosophie, images d'archives et interaction avec le spectateur, peut surprendre par son caractère suggestif et non consensuel. Des corps, projetés volontairement contre un mur blanc, comme le présent, laissent des traces aussi sombres que les souvenirs qu'ils renferment. Des ’’post-it’’, qui égrainent les sentiments et émotions, les moments volés à l'oubli. Ne soyez pas étonnés par la tonalité de la chose, le slogan du Bipod nous aura averti ’’Ce n'est pas bizarre, c'est de la danse contemporaine’’.


> Consulter le programme complet de Bipod

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