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Route de Damas : le chant matinal des grillons et des marteaux piqueurs

Transport public au Liban ? Une vraie escapade… Chronique vagabonde d’une parisienne fraîchement arrivée à Beyrouth par la route de Damas.

Ça sent la friture et les gaz d’échappements. A la sortie de la ville d’Aley, clubs, banques, hôtels de luxe, fast foods américains s’empilent. Il est 8h00, le bus démarre en trombe pour rejoindre Beyrouth à une vingtaine de kilomètres. Pas d’horaires de départ ou de stationnement précis. On s’arrête dès que quelqu’un au bord de la route lève le bras, après l’avoir bombardé de klaxons. Portes et fenêtres ouvertes, le bruit sourd du vent se cogne aux parois des vitres qui tremblotent. Accélérations, freins nerveux du petit bus blanc qui dévale la montagne à grande vitesse.

Dehors, les à-plats de couleurs verte et ocre plongent notre regard vers la mer plus bas. Des immeubles blancs au loin se dessinent, légèrement floutés par la brume matinale ou la pollution. Beyrouth retenue par la mer, blottie au creux des montagnes.

Un concert de grillons, les pins verts aux troncs élancés, quelques immeubles abandonnés ; dans le bus personne ne lit. Et les panneaux publicitaires, immenses, certains recouvrent des bâtisses entières, premier écran de lecture inévitable. Déodorants, montres à diamants, solutions miracles contre la cellulite, la calvitie… la plus belle des coiffures, la plus belle des voitures, et les pectoraux gonflés, et le make up de star, pour le plus beau des mariages. C’est pas kitch, c’est fashion.

Le trafic se densifie, on arrive à l’entrée de Beyrouth, d’importants travaux nous ralentissent. La rumeur de la ville gronde : klaxons, 4x4 qui grincent, marteaux piqueurs, bras levés et cris aigus entre les voitures qui avancent mètre par mètre. La radio devient audible, le chauffeur à moustache chantonne le refrain. En écoutant la rengaine des ‘habibi’, j’imagine un chanteur brun à genoux, cheveux gominés en arrière, qui prie devant une belle femme lisse qui se dandine lentement en souriant, muette.

Sur les bas-côtés, les travailleurs syriens ont les cheveux remplis de poussière, certains sont accroupis à côté d’immenses échafaudages. Plus loin, les manitous s’activent pour creuser la future voie de circulation, et un homme noir en tenue verte rentre avec son balai dans le quartier de Hazmieh. Le soleil est déjà haut.

Et puis Beyrouth, la route de Damas s’efface. Immeubles de verre, tours d’ivoire, tours criblés de balles. Dans certains appartements squelettiques, du linge est étendu à l’intérieur, et des vendeurs en tongs poussent des chariots lourds de fruits au milieu des voitures. Les arrêts brutaux successifs fatiguent, crispent.

Terminus à Cola. Il est 9h00, l’air est agréable, les klaxons s’intensifient. Des grappes de fleurs blanches et violettes tombent sur les trottoirs cabossés de la capitale, frôlent les visages des passants pressés, sans même leur rappeler l’odeur fraîche du jasmin d’été.

Sophia Marchesin

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