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Samer Mohdad : "Les meilleures photos sont dans ma tête, pas dans mes livres"

La galerie Platform 39 à Geitawi accueille l'exposition de Samer Mohdad ‘The Arabs, view from the inside’ jusqu'au 19 janvier. Une sélection de grands formats en noir et blanc issue de ses nombreux reportages entre les années 1980 et 2000 pour l'agence Vue, qui interroge le mon arabe et son identité.

Cinq livres, des dizaines de milliers de clichés pris depuis les dernières années de la guerre civile libanaise, jusqu'à l'Iran des gardiens de la révolution islamique en passant par l'Arabie saoudite ou le Yémen. Le tout publié dans des magazines comme Paris Match, Stern ou le New York Times. La carrière de Samer Mohdad, photographe pour l'agence Vue jusqu’en 2002, est celle d'un âge d'or de la presse magazine autant que celle du photojournaliste.
L'exposition ‘The Arabs, view from the inside’ a été montrée une première fois aux Etats-Unis en 2014, à Houston, dans le cadre de l'un des festivals majeurs de photographie, le Photofest. Cette année-là, la curatrice Karin Adrian von Roques souhaite illustrer la thématique de l'art contemporain arabe vu de l’intérieur. Samer Mohdad est l'une des têtes de gondole de l’événement. C'est la première fois que la photographie arabe fait l'objet d'une exposition d'une telle envergure aux États-Unis."Cela aurait été impensable quand j'ai commencé la photographie. La photo documentaire avec une approche artistique telle que je la pratique est rentrée par la grande porte dans l'art contemporain. Dans les années 1990, il y avait une séparation très forte entre photojournalistes et plasticiens. Notre travail était snobé. Aujourd'hui la photo qui représente la réalité est devenue un art contemporain majeur’’. Un changement de statut qui doit beaucoup à la Fondation arabe pour l'image, créée en 1997, dont il est l'un des instigateurs aux côtés de Akram Zaatari et Fouad El-khoury. Ces derniers ont fourni un gigantesque travail d 'archives en collectant, souvent chez les habitants, des centaines de milliers de photos, aux quatre coins du Moyen-Orient dont certains datent de la fin du XIXe siècle. S'y côtoient aussi bien des photos amateurs réalisées en Palestine que des portraits studios du photographe Hashem el-Madani, décédé cette année, dont on dit qu'il a photographié 90 % de la population de Saida.

‘’L'orientalisme n'a pas fait du bien au monde arabe’’
Le parcours de Samer Mohdad, 52 ans aujourd'hui, a commencé à la fin des années 1980. Il est alors étudiant en photographie à Liège, en Belgique, lorsqu'il reçoit une double commande de Stern et Paris Match qui lui demandent de retourner au Liban pour photographier les derniers soubresauts d'un conflit qui n'en finit plus. La commande est claire : le public veut voir le conflit aux premières loges. Samer fait un choix différent. Il capture des instants de vie : "je photographiais les gens qui continuaient d'aller au travail, à l'école, ceux qui continuaient à boire et à danser". La rédaction de Paris Match refuse ses clichés, pas assez sensationnalistes, et Stern, ne sachant qu'en faire, attendra un an avant de les publier. Mais la machine est lancée. Dès lors, Samer Mohdad va couvrir le monde arabe à sa manière, souvent sur le temps long et en dehors des sentiers battus. Les années suivantes, on le retrouvera dans tous les terrains d'actualité du monde arabe. Il suit les traces laissées par colonialisme français en Algérie, photographie les palestiniens de retour d'une manifestation à la frontière israélienne pour protester contre leur déportation. A chaque fois des histoires belles où violentes, toujours inoubliable. Comme cette fois où il se rend en Iran pendant la révolution islamique et rallie Téhéran au détroit d'Ormuz. Une semaine de trajet à trois dans une Toyota Corolla. ‘’Les meilleures photos sont dans ma tête, pas sur une pellicule ou dans un bouquin’’. Arrêté par les gardiens de la révolution, il parvient in extremis à conserver ses pellicules en les cachant dans la chambre d’hôtel de son traducteur.

A travers ses reportages, dont on découvre une sélection à la Platform 39, Samer Mohdad a essayé de dresser le portrait d'une identité arabe mixte et trop souvent dévoyée.‘’L'orientalisme des élites culturelles occidentales n'a pas fait du bien à l’identité arabe. Ce sont des gens qui prétendaient mieux connaître le monde arabe que ceux qui y vivaient. Des gens qui voulaient protéger l'islam comme si c'était un bébé phoque. La religion a pris une place trop importante dans notre région. Elle contrôle l'Etat au Moyen-Orient. Aujourd'hui, plus que jamais, il faut mettre en avant la culture. L'art, la poésie, l'architecture, c'est ça le monde arabe’’.

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