Avec Lara Tabet, redécouvrir la frontière entre le réel et le lyrisme

Médecin spécialisée dans les pathologies cliniques et photographe, Lara Tabet possède un regard original sur le monde qui l'entoure. D'une tentative ratée de prendre des photos touristiques en Ethiopie, pays où a grandi sa mère, elle a développé un sens aigu de l'observation que ses études de médecine, puis son travail, ont aidé à influencer, la lançant sur la piste des frontières, non pas physiques, mais entre le réel et l'imaginaire, le public et le privé.

Lara Tabet a commencé sa carrière photographique en amatrice, avant de tenter une école spécialisée à New York, qui lui a permis de se lancer plus professionnellement. Elle est ensuite contactée par les photographes Elsie Haddad et Rima Maroun, qui pensent qu'elle est également photographe professionnelle, pour lancer un collectif. Malgré la confusion, le projet aboutit, et résulte en un collectif pour repenser l'urbanisme de la ville et le mouvement. En juillet 2012, une exposition collective à la galerie Janine Rubeiz lors de la Beirut Art Fair, ‘On Fleeting Grounds’, concrétise leur collaboration. ‘‘Cela m'a permis de trouver le fil de ce que je voulais dire, estime Lara Tabet. J'ai fini mes études de médecine, et ai commencé à travailler mes deux passions en parallèle. Ce sont deux branches différentes que je noue et qui déteignent l'une sur l'autre’’.

Ce qui l'inspire, la jeune photographe a du mal à l'identifier, préférant se référer à une idée symbolique : ‘‘Ce qui m'intéresse, c'est la frontière entre le réel et l’imaginaire, entre le public et le privé. J'essaye d'amener le public vers le privé, et vice versa, car j'aime bien penser la photo comme un outil de transgression. Par exemple, je vais dans des endroits publics où des choses privées se passent, comme avec ma série ‘Les roseaux’. C'est une ligne qui m'intéresse. Dans ‘Pénélope’, je transgresse l'espace privé de femmes et je vais même jusqu'à poser avec elles, en fouillant dans leur intérieur, leur mémoire...’’.

L'un de ses travaux les plus marquants est très certainement la série ‘Réconciliation’, dans laquelle elle se confronte au deuil récent de son frère. ‘‘Je l'ai réalisée très vite. C'est la mort de l'être aimé, qui m'échappait. J'ai confronté ses radiographies à des portraits, des paysages. J'avais l'habitude de traiter ses images médicales, qui sont devenues des marques mémorielles. Au final, c'était un acte réparateur’’. Ses images sont fortes, dépassant le réel pour se mêler à un lyrisme marqué. ‘‘Je suis pour les instants de rupture en photographie, à de l'onirique interrompu par le cru, ou du cru par quelque chose d'esthétisé, confirme Lara Tabet. Mon travail m'inspire bien sûr, pour son côté microscopique, avec lequel je travaille aussi en photo et qui me pousse au-delà d'une image lisse, à être dans la recherche, l'enquête, la causalité’’.

Ce qu'elle capture, c'est une sorte de ‘‘spectre entre la photo documentaire et la performance pour la caméra’’, à mi-chemin entre la réalité et la non-réalité. ‘‘Les événements traumatiques, dans le corps, dans la vie, sont mes principaux moteurs de recherche parce qu'ils constituent des moments de rupture et, qu'ils soient quotidiens ou passés, un moyen d'exorciser la peine’’.

Pendant Photomed 2016, elle sera exposée au Beirut Exhibition Center par la galerie Janine Rubeiz aux côtés de Myriam Boulos, pour un travail ‘‘plus personnel et intimiste’’ explorant la part d'asphalte de Beyrouth et ‘‘le rêve malgré tout’’, ainsi que les regards du quotidien, le machisme, la violence au quotidien. ‘‘J'ai une relation dystopique avec Beyrouth, d'amour-haine’’. Elle a décidé d'explorer cette relation au travers de plusieurs chapitres, de la famille au fantasme en passant par l'évasion.


Articles Similaires

Article side1 (square shape or rectangular where the height is bigger than the width)
Article side2 (square shape or rectangular where the height is bigger than the width)