‘The Overseas Ensemble’ : une expérimentation musicale à mi-chemin entre le Liban et le Sri Lanka

Le 11 novembre, le Beirut Art Center accueille ‘The Overseas Ensemble’ – une performance musicale annonçant le pré-lancement d’un album issu de la collaboration entre un groupe de musiciens amateurs sri-lankais, installés au Liban depuis 6-7 ans, et le musicien et compositeur Paed Ponca. Initiée par l’italienne Ilaria Lupo, qui a étudié la photographie et la sculpture en Belgique, cette collaboration met en lumière les différents réseaux de production culturelle. Tour d’horizon du projet avec l’artiste.


Que pouvez-vous nous dire de ‘The Overseas Ensemble’ ?
Il s’agit d’un projet artistique que je définirais comme une sorte d’art multimédia. Il prend la forme d’un album musical avec une série de concerts. C’est un projet artistique né de la collaboration entre un groupe de travailleurs migrants du Sri Lanka, installés au Liban depuis 6-7 ans, et le musicien Paed Conca. Ils travaillent 6 jours par semaine mais se sont aménagés un studio de musique à Jounieh, dans la périphérie nord de la capitale où ils explorent de nouvelles possibilités musicales. Cette rencontre a attiré mon attention sur le rapport entre la migration et le système de restriction complexe qui concernent ceux qui en bénéficient.

Comment avez-vous eu l’idée de ce projet ?
Je fais une recherche sur l’espace public. Originaire d’Italie, je suis basée à Beyrouth depuis près de 5 ans. Ce projet fait partie intégrante de ma recherche qui a commencé en 2013 lors d’un voyage au Sri Lanka. En parallèle, j’ai lancé d’autres axes de réflexions sur des chantiers à Beyrouth. En mars 2014, j’avais invité Joe Namy pour la performance ‘Concrete Sampling’ au cours de laquelle des ouvriers présents sur place ont créé une performance musicale en live. Il y a un intérêt certain pour ces sortes de tensions sociales invisibles et underground. Dans ‘The Overseas Ensemble’, avec Paed Ponca, nous avons fait une recherche de déconstruction et de contamination sur la base d’une musique qui a une histoire très complexe, le Baila – mot portugais introduit au Sri Lanka à l’époque de la colonisation portugaise et qui a été contaminée par les mouvements africains. Après l’indépendance, cette musique a été réappropriée comme musique identitaire sri-lankaise. Ces mouvements de musique remettent en question les mouvements migratoires. Ces questionnements étaient à la base de notre travail avec Paed Ponca.

Comment avez-vous préparé cette performance ?
Déjà, cette performance n’est pas le lancement officiel de l’album. Le véritable lancement se fera probablement à Radio Beyrouth qui a produit ce travail de collaboration. Cette performance est le pré-lancement. Le véritable lancement se fera à Radio Beirut, qui a produit l'album. Ce projet a pour vocation de circuler dans des milieux différents, à être une plateforme de musique underground active sur la scène libanaise. Nous avons travaillé à partir du répertoire original du groupe musical qui est de la musique Baila. Paed Ponca a réarrangé, retravaillé et déconstruit les morceaux avec le groupe sri-lankais. Et, pendant trois mois, nous avons répété dans leur studio à Jounieh où le groupe de musique a exploré de nombreuses pistes expérimentales. Nous avons ensuite enregistré au Tunefork Recording Studio de Fadi Tabbal à Bourj Hammoud. Tous les musiciens expérimentaux et de la scène underground libanaise passent par-là, alors c’était important pour moi de passer par ces mêmes étapes. Cela nous permet de questionner les distances de productions culturelles dans une ville comme Beyrouth qui a une forte présence étrangère de migration et une histoire de diaspora, quelles sont les plateformes de production et de visibilité ?

Avez-vous rencontré des obstacles à la réalisation de ce projet ?
Je crois que l’on travaille avec une certaine sensibilité au Liban donc naturellement c’est un projet risqué mais j’ai constaté que le projet suscitait beaucoup de curiosité de tous les milieux sociaux. Il a été bien accueilli.

Qu’est-ce-que cela vous a appris ?
C’est ma deuxième collaboration avec un musicien, c’était très important très intéressant – cette collaboration complète la vision du projet. Je cherche à créer des projets qui puissent prendre différentes formes et pénétrer différents milieux, j’ai recours à la collaboration avec des musiciens et ma recherche touche plus les arts plastiques, mais la musique y est une nécessité. Elle est mon moyen d’infiltrer, de franchir les barrières.

Quel message avez-vous voulu faire passer ?
L’art n’a pas pour but de faire passer un message, je crois que si but il y a, ce serait plutôt celui de donner plus de visibilité à des choses invisibles qui sont pourtant là. Je travaille plus dans ce sens, aller creuser et ouvrir des espaces dans des situations tendues et conflictuelles. Quelque part l’art a ce pouvoir de s’infiltrer et de jouer, pour révéler, montrer des choses…

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