Simon Ghraichy : “Le devoir de l’artiste est de transmettre la paix”

A peine rentré de Bamako où il vient de donner un concert pour les soldats français et américains stationnés au Mali, et sur le point de repartir aux Etats-Unis où se profile pour lui une série de prestigieux concerts, Simon Ghraichy parle à l’Agenda culturel de son parcours, de ses aspirations et de ses projets.


Malgré son jeune âge, Simon Grhraichy, né en 1985, est loin d’être un talent en devenir. C’est au contraire un artiste totalement confirmé, au cursus impressionnant et que les salles de concerts à travers le monde commencent déjà sérieusement à s’arracher.

Libanais par son père, Mexicain par sa mère, ayant grandi en France, Simon Ghraichy se réclame des trois cultures dont il est très imprégné. Il nait au Liban, mais alors qu’il a quatre ans, ses parents partent pour la France puis pour le Mexique. Toutefois, c’est en France que Simon effectue sa formation musicale, son “formatage”, comme il dit. Tout d’abord au Conservatoire à rayonnement régional de Boulogne Billancourt, où il va rencontrer le grand compositeur libanais Naji Hakim dont il suit la classe d’analyse. Ensuite, au Conservatoire supérieur national de musique (CNSM) de Paris où Michel Beroff, pendant cinq ans, lui donne “le bétonnage nécessaire pour se lancer dans la carrière professionnelle”. C’est à partir de là, qu’indéniablement Simon Ghraichy décide de devenir concertiste.

Mais Simon, avide de voyages et de nouvelles découvertes, ne se contente pas de la formation que lui offre la France et il part pendant deux ans à Helsinki où, à l’Académie Sibelius, il se “familiarise avec la musique nordique”, puis pendant un an en Australie où, dans le cadre d’une résidence d’artiste avec la Fondation Steinway, il parcourt le pays pour une tournée de concerts destinée à promouvoir les compositeurs locaux.

C’est en 2009, quand Simon Ghraichy reçoit deux prix très prestigieux, le Prix Villa-Lobos au Brésil et le Prix Ponce au Mexique, que sa carrière opère un véritable tournant et commence à prendre forme, car à partir de ce moment-là, “les portes s’ouvrent” et il est invité à se produire comme soliste avec des orchestres latino-américains.

En 2013, Simon Ghraichy fait ses débuts au Liban avec l’Orchestre philarmonique. Il y joue une pièce qui lui est chère, le ‘Concerto n° 5’, dit l’Egyptien, de Camille Saint Saens, que le compositeur écrivit lors d’un séjour à Louxor, d’où son surnom. “Cette pièce exaltante et poétique me tient particulièrement à cœur”, dit le pianiste qui enchaine : “Rentrer jouer au Liban représente beaucoup moi, je suis sentimentalement très attaché à mon pays d’origine”. Simon Ghraichy est sensible au fait que, malgré la situation politique tendue, le public libanais soit très demandeur de musique : “La vocation du musicien est de transmettre l’art et la paix et de faire oublier aux gens leurs soucis quotidiens par la musique”.

Quand on parle de style avec Simon Ghraichy, son regard devient rêveur, et il dit que “pour se forger, il faut toucher à tous répertoires”. Le sien va des fugues de Bach aux sonates de Beethoven, en passant par les créations contemporaines ou encore le répertoire latino-américain, avec une prédilection toute particulière pour Liszt dont Simon a déjà enregistré les paraphrases d’opéras, et dont il prépare un enregistrement des œuvres tardives.

Et quid de la musique libanaise ? Simon Ghraichy, qui est très attiré par le concept de création d’œuvres, aimerait beaucoup pouvoir l’approfondir et, pourquoi pas, d’envisager un enregistrement qui lui serait consacré...

Zeina Saleh Kayali

[Photo : © Jean-François Meler]

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