Sary Sehnaoui, homme orchestre

De passage à Paris où il travaille sur l’identité créative de son nouveau label, le DJ, cinéaste et ‘‘sound designer’, Sary Sehnaoui, qui vit à Berlin répond aux questions de l’Agenda Culturel.


Quel a été votre parcours ?
Rien ne me prédisposait à la musique. J’avais fait un peu de flûte dans mon enfance, mais je voulais être chirurgien ! A l’âge de 18 ans je quitte le Liban pour Toronto et là je fais la découverte du cinéma et des beaux-arts. C’est en fait par le cinéma que je suis venu à la musique.

De quelle façon ?
Tout d’abord les musiques à l’image m’ont toujours passionné. Je voyais bien qu’on pouvait changer du tout au tout sa perception d’une image selon la musique qu’on y mettait. En même temps que le cinéma, j’étais DJ, puis j’ai commencé à mixer les musiques jusqu’au moment où je suis arrivé à faire ma propre musique. J’ai réalisé alors que cela plaisait. J’arrivais à garder le public en haleine pendant plusieurs heures avec mes musiques.

Aujourd’hui le DJ est un artiste ?
Oui absolument car il ne suffit pas d’assembler et de sélectionner les musique, il faut créer quelque chose, surprendre l’auditeur l’amener vers une direction alors qu’il se dirigeait vers une autre.

Qu’avez-vous fait après le Canada ?
Je suis rentré au Liban, j’ai collaboré avec le groupe Lumi, réalisé des films publicitaires, des clips, ‘‘mixé’’ au Basement, jusqu’au moment où éclate la guerre de 2006 qui fait fuir la plupart des grosses boîtes de production vers l’Egypte ou le Maroc.

Et Berlin alors ?
C’est justement grâce à un film publicitaire pour la boîte de nuit le Basement que je suis repéré à Berlin. Le film est devenu le 5e projet le plus populaire en Allemagne ! Grâce à Facebook, alors que personne ne me connaissait sur place, nous sommes en 2008. En 2009, je repars pour Montréal et là des festivals m’approchent. Je me retrouve en train de me produire devant 4000 personnes, les choses prennent pour moi une autre ampleur et une autre dimension.

C’est à ce moment-là que vous commencez à réellement composer de la musique ?
Oui. Je découvre les joies du ‘‘live’’ et je décide que je veux aller plus loin.

Comment composez-vous ?
Je crée tous mes sons de A jusqu’à Z. Au début, je ne travaillais que sur ordinateur. Maintenant, j’utilise toutes sortes d’instruments de musique. Je possède aujourd’hui un mélange extraordinaire d’équipement vintage et d’instruments très actuels.

Comment définiriez-vous votre musique ?
Je dirais que c’est de la musique électronique basée sur le ‘‘live’’, avec des réminiscences de rock. J’utilise aussi pas mal de musique classique. C’est une musique qui possède bien sûr une grande part d’improvisation. Quand tous ces styles se recoupent, le mélange en devient étonnant et détonnant !

Vous pensez que la musique électronique c’est la musique de l’avenir ?
Et comment ! Elle déclenche une émotion formidable et elle fonctionne dans la réciprocité, selon qui l’on a en face de soi et dans quel état d’esprit l’on se trouve. L’art du DJ c’est de savoir sentir s’adapter donner et recevoir. Mais nous en sommes encore aux balbutiements. Les choses iront beaucoup plus loin. Nous sommes quasiment au Moyen-Age de la musique électronique ! A l’ère des troubadours et de la musique médiévale !

Pourquoi avez-vous choisi Berlin ?
C’est une ville innovatrice et expérimentale. La scène alternative y est très vivante. Quant aux Allemands, ils sont extrêmement branchés sur la technique. Concevoir un instrument avec eux est une expérience jubilatoire !

Quels sont vos projets ?
Plusieurs concerts en tant que DJ, un nouveau groupe, Dream Scoring, avec un musicien de Chicago et puis bien sûr lancer mon label pour être plus libre.

Propos recueillis par Zeina Saleh Kayali


Pour en savoir plus sur le travail de Sary Sehnaoui
www.djhear.com
www.soundcloud.com/hear
www.vimeo.com/eyehearprod

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