C’était comment le concert ?

Un beau concert organisé, le 11 mars, en collaboration avec l’Institut français. Et pour trois raisons. D’abord le programme sucré avec les deux grands maitres autrichiens Mozart et Haydn, et surtout pour avoir eu le mérite d’introduire une œuvre des compositeurs libanais, à l’honneur, l’Adagio de Violaine Prince. Et pourtant c’est un concert qui se place dans le cadre du Mois de la francophonie 2106. Un vieux mélomane avisé assis à côté de mois n’a pas laissé échapper cette remarque, mais quand même Mozart et Haydn c’est universel.

Sous la baguette de Dr Walid Moussallem, président du Conservatoire national supérieur de musique, notre Orchestre philharmonique national, dans sa formation réduite (‘Baalbeck Chamber orchestra’) nous a introduit une nouvelle œuvre d’une compositrice libanaise résidente en France, Violaine Prince, intitulée Adagio pour orchestre à cordes. C’était sa création mondiale. Une œuvre proprement écrite selon les règles des grands maitres, dans la forme aria (A-B-A), faisant participer les différentes parties de l’orchestre dans un discours intime (surtout entre violons 1 et violoncelles qui se sont partagé le thème principal), à la manière d’une confession ou d’une prière sereine, peut-être un peu trop d’ailleurs. Bien que la modulation n’ait pas été fréquente, le lyrisme est présent, et l’œuvre a le mérite d’être sincère, loin de toutes complications fictives. Et c’est un atout majeur qui manque à beaucoup d’œuvres dites contemporaines où l’on dissimule son manque d’idées derrière un chaos intentionnel. A remarquer : La partie centrale plus agitée, dont l’attaque risquée a été bien surpassée par l’orchestre et son chef. L’œuvre mérite une deuxième audition pour mieux déceler les thèmes secondaires moins évidents que le beau et inspiré thème principal.

Delphine Bardin entre en scène et joue le populaire, 23e Concerto de Mozart. Monsieur le chargé de l’Institut français nous a parlé d’elle dans son allocution au début du concert comme étant une pianiste de haut calibre. Et elle l’a très bien prouvé. Les touches coulaient sous ses doigts comme de miel. C’est la haute classe. Une interprétation très bien articulée et superbement mozartienne, claire nette et précise… Un peu trop même. Et combien sa performance pouvait sublimer encore si elle arrivait un jour à taire toute timidité, et faire éclater au grand jour ses émotions les plus intimes. Le point fort de ce concerto, le célébrissime deuxième mouvement : ‘O tristesse profonde’, je ne sais de quelle détresse Mozart a puisé ce chef-d’œuvre. Avez-vous entendu un piano pleurer en souriant ? Ecoutez ce mouvement. Ce mouvement fut à juste titre bissé, bien qu’il ait été préférable de faire une petite pièce pour piano solo à guise de bis, au lieu de reprendre tout le deuxième mouvement…

Un mot sur le troisième mouvement. Les violons étaient un peu trop forts au-dessous de la flûte soliste dans l’exposition. Et il y a des moments où l’on sentait le piano voulant aller en avant, mais retenu par un réticent orchestre. Mais in globo, c’était une belle prestation.

Passons à la 104e de Haydn. Quel régal ! En effet, Moussallem passe pour devenir un spécialiste en Mozart et Haydn. C’est la plus accomplie des symphonies de Haydn, la plus équilibrée, la plus prévoyante, et sans doute la plus ‘beethovénienne’ (En fait c’est Beethoven qui est Haydnien et pas le contraire). Pour preuve, la quinte de l’intro qui rappelle la fameuse 9e, Une intro qui d’ailleurs fut exécutée à la perfection. Moment de suprême beauté. Dès l’attaque du premier thème au premier mouvement, on se souvient que Haydn est le compositeur de l’hymne national allemand. Le développement était un champ idéal pour démontrer le travail minutieux du chef en matière d’équilibre, un passage où chaque partie de l’orchestre se partageait à tour de rôle une cellule thématique. Ici le cor français, et par déviation à la règle, mérite un bon point. Je ne m’arrête pas sur les autres mouvements surtout le quatrième (dernier) et sa verve slave (croate) quasi gipsy, cependant au niveau effectif, il aurait été préférable d’augmenter les violons 1 qui parfois étaient surmenés par le reste de l’orchestre surtout en présence de 2 trompettes super sonores. Peut-être que 1 ou 2 violons en plus auraient marqué la différence.

Un bémol aussi à la 2e clarinette qui par moments surpassait en volume le chant (surtout la flûte).

Quant au cor français, instrument rare (en voie de disparition ?) j’espère que son assurance d’être indispensable ne le mène pas à se contenter de la médiocrité, parce que sa performance en général, est en dessous du niveau de l’orchestre, et la plus part du temps ‘out of tune’, sauf quelques exceptions rares. A surveiller… Quant aux autres musiciens, chapeau et respect notamment les flûtes, bassons, hautbois et évidemment les archets, fierté de l’orchestre.

Un mot final sur la direction ; les tempi très bien choisis, l’équilibre en général bien travaillé. J’espère que Dr. Moussallem continue à se spécialiser dans le répertoire Mozart et Haydn. Ce sera pour nous, auditeurs, toujours un régal.

I.K.

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