‘Beirut Oratorio’ de Wassim Soubra

Par Zeina Saleh Kayali

Commande du Centre du Patrimoine musical libanais (CPML) et du festival Beirut chants, ‘Beirut Oratorio’ de Wassim Soubra était présenté en création mondiale à l’Assembly Hall.

Le concept consistait à se baser sur le poème de Nadia Tueni*, Beyrouth, et à tisser autour, une trame musicale composée d’une alternance de pièces pour piano, voix, violoncelle, clarinette et percussions.

Wassim Soubra, fils de Beyrouth, propulsé en Europe par la guerre du Liban, est visiblement bouleversé de se produire dans sa ville natale au cœur même de la salle où il a connu ses premiers émois musicaux. Ses doigts courent avec fluidité et sensibilité sur le piano et la musique coule, naturelle, comme une évidence.

À ses côtés, Bohdana Horeka au violoncelle, allie vélocité et profondeur, servant si bien le propos du compositeur, Francis Prost à la clarinette dont le timbre de velours, fait ressortir les couleurs chatoyantes de la musique de Soubra, Bruno Desmouillères aux percussions, présence tantôt discrète ou plus affirmée, rehausse le discours musical avec une remarquable dextérité.
Les mots de Nadia Tuéni sont portés avec finesse et créativité par la comédienne Cassandre Manet, qui se les approprie, joue avec eux et les restitue à un public retenant son souffle.

Et puis il y a la soprano Marie Daher. Comment est-il possible qu’une artiste libanaise aussi accomplie soit si peu connue au Liban ? Présence majestueuse, voix chaude et soyeuse, aigus scintillants, sons filés époustouflants, graves sonores et généreux, aussi crédible dans le style lyrique que l’oriental, elle a tout d’une grande. Et d’ailleurs c’est une grande.
Quel plus bel hommage pouvait-on offrir à notre ville ‘mille fois morte mille fois revécue’ que ce subtil mélange de musique et de poésie ?


 *Texte du poème de Nadia Tueni
‘‘Qu'elle soit courtisane, érudite, ou dévote, péninsule de bruits, des couleurs, et de l'or, ville marchande et rose, voguant comme une flotte qui cherche à l'horizon la tendresse d'un port, elle est mille fois morte, mille fois revécue.
Beyrouth des cent palais, et Béryte des pierres, où l'on vient de partout ériger ses statues, qui font prier les hommes, et font crier les guerres.
Ses femmes aux yeux de plages qui s'allument la nuit, et ses mendiants semblables à d'anciennes pythies.
À Beyrouth chaque idée habite une maison.
À Beyrouth chaque mot est une ostentation.
À Beyrouth l'on décharge pensées et caravanes, flibustiers de l'esprit, prêtresses ou bien sultanes.
Qu'elle soit religieuse, ou qu'elle soit sorcière, ou qu'elle soit les deux, ou qu'elle soit charnière, du portail de la mer ou des grilles du levant, qu'elle soit adorée ou qu'elle soit maudite, qu'elle soit sanguinaire, ou qu'elle soit d'eau bénite, qu'elle soit innocente ou qu'elle soit meurtrière, en étant phénicienne, arabe ou routière, en étant levantine, aux multiples vertiges, comme ces fleurs étranges fragiles sur leurs tiges, Beyrouth est en orient le dernier sanctuaire, où l'homme peut toujours s'habiller de lumière’’.



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